Il manquera 25 000 camionneurs au pays en 2023, selon RH Camionnage Canada

RH Camionnage Canada estime que, sans mesures concrètes, le nombre de postes de chauffeurs vacants atteindra la barre des 25 000 dès 2023, soit une augmentation de plus de 25 % par rapport à 2019.

La pénurie de chauffeurs aurait aussi entraîné un manque à gagner équivalant à environ 3,1 milliards de dollars pour l’industrie et des pertes de ventes d’environ 4,7 % en 2018, en raison du report d’expansions planifiées.

Ces statistiques ont été dévoilées dans le tout récent rapport d’information sur le marché du travail (IMT) de RH Camionnage Canada, intitulé La voie de l’avenir : Résoudre la pénurie de main-d’œuvre dans l’industrie du camionnage et de la logistique au Canada. Élaborée en partenariat avec le Conference Board du Canada et en collaboration avec plusieurs firmes de recherche renommées, des intervenants de l’industrie et d’autres spécialistes du domaine, cette étude approfondie mesure et sonde l’ensemble de l’industrie du camionnage et de la logistique pour fournir les analyses les plus éclairées à ce jour portant sur les importantes pénuries de main-d’œuvre et leurs conséquences négatives sur l’économie canadienne.

Parmi les thèmes principaux qui en ressortent, on retrouve la nécessité d’accroître le nombre de chauffeurs longue distance ainsi que le besoin d’augmenter la participation des femmes à l’industrie, d’élaborer des stratégies pour attirer les milléniaux de façon efficace et de cerner les meilleures pratiques permettant d’appuyer plus précisément le recrutement et l’intégration d’une plus grande diversité de talents.

L’industrie du transport par camion présentait un taux de postes vacants de 6,8 % en 2019, soit le double de la moyenne nationale, établie à 3,3 %, et le deuxième plus haut taux des industries canadiennes après l’agriculture. Parmi les préoccupations, on note également le taux moyen démesuré de postes vacants chez les chauffeurs longue distance, qui s’établit à 9,4 %. Alors que les chauffeurs de camion représentent 46 % de l’industrie, ils comptent pour 63 % des postes vacants de ce secteur.

Bison Transport, par exemple, compte 30 tracteurs stationnés faute de chauffeurs et plus de 40 emplois de chauffeur vacants, a déclaré la vice-présidente des ressources humaines et du développement du personnel, Linda Young, qui est également présidente de RH Camionnage Canada.

«La pénurie est encore plus grande là où nous avons des plans de croissance», a-t-elle ajouté, faisant plus spécifiquement référence aux activités de Mississauga, en Ontario.

Soixante et un pour cent des 352 employeurs interrogés par RH Camionnage Canada l’automne dernier ont déclaré avoir eu de la difficulté à combler les postes vacants de camionneurs au cours de la dernière année.

«Qui sait combien d’emplois canadiens auraient pu être créés», demande Mme Young.

Une grave pénurie

«La profession de camionneur au Canada fait face à une grave pénurie de main-d’œuvre, comme le confirme le grand nombre de postes vacants de chauffeurs de camion et le taux de chômage historiquement bas de la profession. La combinaison de ces tendances a exercé une pression à la hausse sur les salaires, en particulier dans le segment long courrier», indique le rapport.

Le taux de chômage des conducteurs de camion est passé de 6,6 % à 3,8 % entre 2016 et 2018, tandis que le taux de chômage global au Canada est passé de 7 % à 5,8 %.

«Cela indique que le bassin de chauffeurs de camion potentiellement disponibles s’épuise», peut-on lire. «Autrement dit, le taux de chômage des conducteurs de camion, déjà historiquement bas, approche d’un plancher connu sous le nom de niveau structurel de chômage. À ce niveau de chômage, il y aura toujours un certain nombre de chauffeurs routiers qui ne seront pas employables en raison de facteurs tels que les compétences et les décalages géographiques.»

Au cours des dernières années, le secteur du camionnage et de la logistique employait 3,6 % de la main-d’œuvre du Canada, soit un peu plus de 650 000 travailleurs.

Le nombre total de postes de chauffeurs de camion vacants au Canada a augmenté de plus de 138 % entre 2016 et les trois premiers trimestres de 2019, passant de 8 600 à 20 500 au cours de cette période.

Le processus d’embauche exige plus de temps que ce que les professionnels des RH avaient anticipé, et ces professionnels sont surchargés en raison de l’augmentation de la pression et de la frustration liées au recrutement, en plus de la nécessité de traiter des éléments de conformité de plus en plus complexes.

Les conclusions du rapport s’articulent autour de la pénurie de chauffeurs dans une optique «d’offre et de demande» et font état des mesures positives menées actuellement par le secteur, démontrant que l’industrie du camionnage d’aujourd’hui est bien différente de celle d’antan.

Le secteur du camionnage et de la logistique emploie 3,6 % de la main-d’œuvre canadienne, ce qui représente plus de 650 000 travailleurs. Les chauffeurs routiers comptent pour 300 000 employés, tandis que 90 000 personnes travaillent à l’expédition/réception. On compte aussi 70 000 chauffeurs de messagerie et 38 000 manutentionnaires dans les entrepôts et les centres de distribution. Les autres sont des gestionnaires, des superviseurs, du personnel administratif et du personnel comptable.

Alors que le nombre de chauffeurs routiers a augmenté de plus de 80 000 au cours des deux dernières décennies, le taux d’augmentation a ralenti pour atteindre en moyenne 4 100 conducteurs par an au cours de la dernière décennie, comparativement à 5 500 par an au cours de la décennie précédente.

Les petites entreprises seraient touchées de manière «disproportionnée», les postes vacants coûtant aux entreprises dont les revenus sont inférieurs à 1 million de dollars en moyenne 24,5 % des ventes, comparativement à 7,4 % pour les entreprises dont les ventes dépassent 50 millions de dollars.

Facteurs à l’origine de la pénurie

Les facteurs identifiés à l’origine de la pénurie de main-d’œuvre actuelle sont le vieillissement de la main-d’œuvre, les idées fausses sur l’industrie chez les femmes et les jeunes ainsi qu’un taux de roulement élevé.

«Bien que 63 % des recrues potentielles possèdent un diplôme d’études secondaires ou moins, beaucoup n’entrent pas dans l’industrie du camionnage en raison de la perception selon laquelle les coûts et le temps de formation sont prohibitifs. Et, nous perdons ces jeunes au profit d’autres professions [ex. construction], car ils perçoivent la capacité d’y œuvrer immédiatement», conclut le rapport.

Les défis des RH s’étendent même aux recruteurs eux-mêmes.

«Les sondages indiquent que les professionnels des RH s’enlisent dans des pressions de recrutement et des frustrations accrues, surmontées de problèmes de conformité plus complexes. Ces défis ont maintenant une incidence sur la capacité de garder de bons recruteurs au sein du personnel», analyse RH Camionnage Canada. «De plus, l’accent est davantage mis sur les approches de rétention innovantes. Ces efforts dédiés signifient moins de temps pour se concentrer sur l’expansion et les opérations actuelles.»

Alors que 12 % des travailleurs de la génération du millénaire envisageraient une carrière dans le camionnage longue distance, seulement 50 % des employeurs interrogés ont des plans officiels de recrutement dans ce groupe démographique, dit le rapport. Les idées fausses sur les coûts de formation, le délai d’obtention des diplômes et l’image de l’industrie étaient tous considérés comme des obstacles.

Selon le recensement de 2016 de Statistique Canada, 32 % des camionneurs avaient 55 ans ou plus, comparativement à 21 % du bassin de main-d’œuvre dans son ensemble.

«La bonne nouvelle, c’est qu’il existe un vaste bassin de milléniaux qui envisageraient le camionnage longue distance s’ils étaient approchés de la bonne façon», souligne RH Camionnage Canada.

Deux employeurs interrogés sur cinq ont également déclaré avoir adopté des stratégies pour conserver les conducteurs vieillissants, offrir des horaires de travail flexibles, réduire le travail physique et améliorer l’équipement.

Angela Splinter, PDG de RH Camionnage Canada.

Modification de la rémunération

En ce qui a trait à la rémunération, près des ¾ des chauffeurs de courte distance sont payés à l’heure, à une moyenne de 23,77 $ l’heure. Environ les deux tiers des conducteurs longue distance sont payés au mille, soit une moyenne de 0,53 au mille. Les autres formes de rémunération vont des taux forfaitaires au pourcentage des revenus et des salaires annuels.

Mais cela change.

«Nous devons prendre des décisions cruciales et nous arrivons à un point charnière», a déclaré Angela Splinter, PDG de RH Camionnage Canada. «L’offre de bons salaires dans un secteur en pleine croissance, le meilleur équilibre dans la conciliation travail-vie privée, les investissements dans de nouvelles technologies et dans la mise en œuvre d’initiatives favorables à l’environnement ne sont que quelques-unes des approches que nous mettons de l’avant. Nous devons faire encore mieux afin de surmonter les défis et assurer la stabilité et la fiabilité de notre réseau de transport par camion pour l’avenir.»

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 20 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News.

Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom.

Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun.

Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.

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