Le camionnage au cœur des consultations fédérales visant à améliorer les relations employeur-employé

Le gouvernement fédéral lance des consultations visant à améliorer les relations de travail afin de soutenir l’économie et les communautés canadiennes.

La ministre de l’Emploi, Patty Hajdu, souhaite obtenir des commentaires des employeurs, des syndicats et des groupes de travailleurs sur les délais de négociation collective, la formation et le soutien aux travailleurs touchés par l’intelligence artificielle, ainsi que sur la mise à jour des protections en matière de santé et de sécurité au travail.

Elle sollicite également des avis sur les moyens de renforcer les protections contre le vol de salaire, ainsi que sur les options permettant d’assurer le maintien des droits syndicaux lors du renouvellement des contrats.

«Nous devons veiller à renforcer les relations de travail partout au pays, tant pour assurer la continuité des activités que pour protéger les travailleurs», a déclaré Patty Hajdu lors d’une entrevue accordée à La presse canadienne vendredi.

«Il s’agit d’adopter une approche plus précoce et plus harmonieuse pour soutenir de meilleures relations, ce qui mène à des ententes conclues plus rapidement et à une plus grande stabilité pour les travailleurs, les entreprises et, en fin de compte, l’économie canadienne.»

(Photo : iStock)

Les consultations se dérouleront sous forme de tables rondes virtuelles et en personne, et des mémoires écrits seront acceptés jusqu’au 18 mai. Les commentaires recueillis seront publiés dans un rapport qui orientera les décisions politiques, a indiqué le ministère de Patty Hajdu.

Les consultations surviennent après plusieurs différends très médiatisés entre l’industrie et les groupes de travailleurs dans les secteurs du transport aérien et du camionnage.

En février, le ministère de Patty Hajdu a publié les conclusions préliminaires d’une enquête lancée six mois plus tôt à la suite d’allégations soulevées lors des négociations collectives entre Air Canada et le syndicat représentant ses agents de bord.

Plus de 10 000 agents de bord de Air Canada ont déclenché une grève en août 2025, perturbant les plans de voyage de milliers de passagers.

Au cœur de ce conflit de travail se trouvait une allégation formulée par la section Air Canada du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) selon laquelle les agents de bord n’étaient pas rémunérés pour certaines tâches, notamment les activités au sol.

Les employeurs des secteurs de compétence fédérale, comme le transport aérien, doivent rémunérer leurs employés au moins au salaire minimum fédéral.

Le ministère a indiqué ne pas avoir trouvé, dans la première phase de son enquête, de preuves que les pratiques de rémunération dans le secteur aérien ne respectent pas ces normes.

Toutefois, le rapport indique que les pratiques de rémunération pour de nombreux agents de bord à temps partiel et débutants méritent un «examen plus approfondi».

Patty Hajdu a indiqué vendredi espérer que ces nouvelles consultations permettront de s’attaquer à des irritants de longue date qui ont tendance à se transformer en obstacles lors des négociations.

«On oublie que ce n’est pas seulement une question d’employeurs et de syndicats. Le gouvernement du Canada doit aussi disposer d’outils solides pour aider à régler les différends, veiller à la tenue d’inspections proactives et faire en sorte que les travailleurs sentent que nous sommes en mesure de protéger leurs droits à des milieux de travail sécuritaires et à des pratiques équitables», a affirmé la ministre.

Les consultations sur le vol de salaire ciblent notamment le secteur du camionnage, a indiqué Patty Hajdu, en évoquant des différends entre les camionneurs et leurs employeurs.

Un comité de la Chambre des communes a lancé une enquête sur ce secteur en octobre dernier, après que certaines entreprises de transport ont classé des conducteurs comme des entrepreneurs indépendants plutôt que comme des employés.

«La triste réalité de cette fraude, c’est que les mauvais acteurs ne se contentent pas de gagner, ils sont aussi en train de prendre le contrôle de l’industrie et de la chaîne d’approvisionnement canadienne», a souligné Stephen Laskowski, président de l’Alliance canadienne du camionnage (ACC), lors d’une réunion du comité en octobre.

Il a indiqué que ces conducteurs sont «pratiquement indiscernables» des employés traditionnels, puisqu’ils ne possèdent ni ne louent leur véhicule et ont peu, voire aucun, intérêt financier dans l’entreprise. Les entreprises de transport peuvent toutefois utiliser leur statut d’entrepreneurs pour leur refuser des avantages sociaux.

«La seule différence, c’est qu’ils sont incités, contraints ou choisissent de s’incorporer pour tenter de se faire passer pour autre chose qu’un employé», a déclaré Stephen Laskowski. «Pour l’entreprise, cela sert de justification pour priver les travailleurs de l’ensemble de leurs droits liés au travail.»

Patty Hajdu a affirmé que ce type de classification peut «créer des situations vraiment dangereuses», certaines personnes travaillant en heures supplémentaires ou en violation des normes de santé et de sécurité, ce qu’elle a qualifié d’«abhorrent».

Elle a indiqué que les consultations pourraient mener à l’introduction de mesures législatives, mais qu’aucun échéancier n’est prévu pour le moment.

Pascal Chan, vice-président des politiques stratégiques et des chaînes d’approvisionnement à la Chambre de commerce du Canada, a déclaré dans un communiqué que ces consultations surviennent à un «moment charnière» pour l’économie.

«Bien que nous puissions chercher à investir dans des projets majeurs et à accroître notre capacité commerciale, tout cela n’aura aucune importance si nous ne parvenons pas à régler les arrêts de travail répétés qui ont nui à la réputation du Canada en tant que partenaire commercial fiable», a écrit Pascal Chan.

«Si nous voulons réellement devenir une superpuissance dans l’économie mondiale, en assurant la prospérité des Canadiens et des entreprises, nous devons apporter les changements qui enverront au monde le signal que le Canada est un pays qui livre toujours la marchandise.»


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