Le camionnage vu comme le propulseur de l’hydrogène au Canada

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MONTRÉAL, Qc – Un projet visant à démontrer la viabilité de l’hydrogène comme solution de rechange au diesel dans l’industrie du camionnage est en cours présentement en Alberta. Il s’agit d’un projet pilote, appelé Alberta Zero Emissions Truck Electrification Collaboration (AZETEC) et administré par l’Alberta Motor Transport Association, impliquant deux camions lourds transportant des charges de 63 500 kg (140 000 lb) entre Calgary et Edmonton, en Alberta.

Marcel Pouliot, vice-président, Industrie et Affaires réglementaires chez Trimac, en a présenté les détails durant une conférence virtuelle présentée dans le cadre de Sommet mondial de la mobilité durable Movin ’On.

Les camions doivent offrir une autonomie de 700 km entre les ravitaillements, seront exploités par Bison Transport et Trimac et tracteront des trains de type B et des combinaisons de remorques de 53 à pleine charge.

(Diapositive: Azetec)

Les deux premiers camions sont en phase de conception et seront déployés d’ici juillet 2021. Ils feront l’objet d’essais sur route jusqu’en décembre 2022, l’objectif étant d’augmenter la production de camions à pile à combustible électrique à hydrogène, et de développer l’infrastructure de ravitaillement requise dans l’avenir.

L’hydrogène sera produit à partir de gaz naturel albertain grâce à un processus de reformage du méthane à la vapeur. Le coût du projet sera de 17 millions de dollars, le gouvernement de l’Alberta injectant 7,5 millions de dollars dans le cadre de son programme de réduction des émissions de l’Alberta.

Les camions seront construits à partir de châssis-cabines de remplacement (glider kits) de Freightliner Cascadia. Ballard Power fournira les piles à combustible à hydrogène et les systèmes de stockage embarqués, Dana fournira les systèmes de transmission et de propulsion électriques et assemblera les tracteurs à sa filiale Nordresa de Montréal.

Jessica Lof, directrice de recherche, Économie de l’hydrogène à l’Université de Calgary, a indiqué que le programme vise trois objectifs: que l’industrie canadienne du camionnage réduise sa dépendance à l’égard des moteurs à combustion interne; fournir une solution crédible et convaincante au secteur du camionnage pour poursuivre le transport zéro émission; et que le camionnage serve d’ancrage nécessaire au développement et à la distribution de l’hydrogène au Canada.

«Nous devons rechercher des changements systémiques», a-t-elle déclaré. «Le Canada est bien placé pour tirer parti de ses ressources naturelles et pour être un producteur d’hydrogène.»

La méthode de reformage du méthane à la vapeur entraîne une réduction de 80 à 90% des gaz à effet de serre par rapport au diesel. Il peut également être produit à partir d’électricité renouvelable, mais à un coût plus élevé. Les coûts de production d’hydrogène doivent se situer entre 3,50 $ et 5 $ le kilogramme pour être concurrentiels avec le diesel à un prix avant taxe de 85 cents le litre. Mme Lof a précisé que l’hydrogène peut être produit en Alberta pour seulement 1$/kg.

«À moins de 30 $ le mégawattheure, la production d’hydrogène “vert” à faibles émissions est viable», a estimé Mme Lof. Pour étendre le projet à plus de 1 000 camions, des stations-service capables de fournir de une à trois tonnes d’hydrogène par jour devront être construites le long des principaux corridors de transport, a-t-elle indiqué.

Les spécifications des camions devront être différentes. Les pneus, par exemple, devront absorber des couples plus élevés, a ajouté M. Pouliot. Même la tarification sera affectée, alors qu’il faudra restructurer la surtaxe sur le carburant et les taxes sur le carburant traditionnelles.

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