Le Carrier Integrity Pact mettra en avant les transporteurs qui font les choses correctement
Alors que les routes canadiennes sont occupées par des transporteurs aux méthodes parfois discutables, George Krasulja, ancien directeur de la logistique chez TransX, souhaite faire ressortir ceux qui font preuve d’intégrité grâce au Carrier Integrity Pact (CIP).
«Comme vous le savez, l’industrie du camionnage et du transport n’est pas toujours perçue favorablement en ce moment en raison de certains mauvais acteurs», a déclaré George Krasulja, citant particulièrement en exemple le phénomène Chauffeur inc.
«Malheureusement, les mauvais acteurs se retrouvent mélangés aux bons, et il devient difficile pour les gens de déterminer qui respecte les règles et qui ne les respecte pas.»

D’où la création du CIP, qui se veut une désignation professionnelle, à la manière de celle d’un CPA ou d’un ingénieur professionnel, démontrant qu’un transporteur est conforme et respecte l’ensemble de la réglementation après un examen approfondi de ses activités.
«Ainsi, lorsqu’une personne verra le logo CIP sur une remorque, un camion ou même dans une signature de courriel, elle pourra avoir l’assurance que ce transporteur est passé par un processus strict de vérification», a expliqué M. Krasulja.
Il précise que cette initiative n’est pas une simple association faisant la promotion de la conformité et de l’intégrité dans le secteur du camionnage, mais plutôt une façon de les vérifier au sein de l’industrie.
«L’objectif du CIP est d’apporter quelque chose de positif au public et à l’ensemble de l’industrie, afin de rendre nos routes un peu plus sécuritaires», a indiqué George Krasulja. «Ce n’est pas une garantie absolue, mais c’est un outil supplémentaire qui permettra au public de dire : “Ce transporteur a été vérifié et nous savons qu’il respecte les règles.” C’est également utile pour les clients, parce qu’aujourd’hui ils ne savent pas toujours réellement avec qui ils font affaire.»
Une preuve d’intégrité complète
M. Krasulja a eu l’inspiration après avoir reçu un courriel, comme 149 autres membres de l’industrie, qui demandait de choisir deux entreprises soupçonnées d’utiliser le modèle Chauffeur inc. afin d’entreprendre des poursuites judiciaires contre elles.
«Je me suis dit : d’accord, il faut faire quelque chose concernant Chauffeur inc., mais simplement choisir deux entreprises et les poursuivre ne me semblait pas être une très bonne idée. La première question qui m’est venue à l’esprit était : comment savoir avec certitude qu’une entreprise utilise réellement ce modèle? On ne le sait pas.»
Un transporteur peut demander la désignation et remplir un formulaire portant sur tous les aspects auxquels une entreprise respectant les lois devrait être capable de répondre sans problème. Cette étape sera suivie d’un audit de ses activités, qui examinera notamment la gestion de la paie des employés, le recours aux travailleurs étrangers temporaires ainsi que d’autres éléments liés à la conformité.
Une fois l’ensemble du processus terminé, un représentant du CIP analysera la demande et décidera si la désignation doit être accordée ou non. Une tierce partie interviendra ensuite afin de s’assurer que toutes les demandes ont été évaluées de manière équitable.
De plus, chaque transporteur devra renouveler sa certification chaque année afin de démontrer que son engagement envers l’intégrité est maintenu.
Des frais initiaux de 5 000 $ par transporteur seront exigés (sans égard à la taille du parc de véhicules), auxquels s’ajouteront des frais annuels afin de couvrir les coûts liés aux audits continus et à l’administration du programme.
Depuis le début du projet, le CIP a beaucoup évolué. La première réunion du conseil d’administration aura lieu à la fin juillet et sept transporteurs se sont déjà engagés, faisant d’eux les transporteurs fondateurs.
M. Krasulja a également confirmé que le site web du CIP est en construction. C’est là que commencera le processus de demande pour les transporteurs et qu’il sera possible de vérifier si un transporteur possède une désignation CIP valide.
«Le site web sera probablement l’élément le plus important du programme, parce que c’est là que tout le monde ira. Ce sera en quelque sorte notre siège social virtuel.»

Percer le marché québécois
Le CIP est une initiative nationale qui vise l’ensemble du Canada, y compris le Québec. M. Krasulja reconnaît toutefois qu’il éprouve davantage de difficulté à y faire connaître la certification, notamment en raison de la barrière linguistique.
«Je suis un peu embarrassé de le dire, mais je ne parle pas français. C’est donc difficile pour moi, et je respecte pleinement le fait que beaucoup de Québécois souhaitent communiquer en français», a souligné M. Krasulja.
«J’ai essayé d’envoyer des courriels en français en utilisant des outils de traduction comme Google Traduction, mais je crains parfois que le véritable message ne soit pas bien transmis.»
Il travaille toutefois à la traduction des documents du CIP afin de mieux faire connaître l’initiative auprès de l’industrie québécoise.
«Je veux vraiment que le CIP fasse partie du Québec et qu’il respecte la langue et la culture québécoises», a-t-il indiqué.
M. Krasulja a également pris contact avec plusieurs transporteurs et associations du Québec. Si certains ont accueilli favorablement l’initiative, d’autres se sont montrés plus réservés.
«C’est peut-être parce que je n’ai pas transmis le bon message ou que je n’ai pas rejoint les bonnes personnes», a estimé M. Krasulja. Il espère qu’une meilleure communication et la disponibilité de documents en français permettront au CIP de gagner en visibilité et de susciter davantage d’intérêt au sein de l’industrie québécoise.
Soutien gouvernemental
Il a également présenté le concept à différents ordres de gouvernement, tant provinciaux que fédéral, et ceux-ci se sont montrés réceptifs.
«Le consensus était : “C’est la première fois que votre industrie ne vient pas nous voir pour nous demander quelque chose. Vous nous montrez plutôt ce que vous allez faire”», avait indiqué M. Krasulja à notre publication sœur Trucknews.
Il nous a confié que tout ce qui découlera du CIP sera public et qu’il cherche principalement à obtenir l’appui des gouvernements.
«Nous ne demandons pas aux gouvernements de modifier la réglementation. Nous ne demandons pas non plus aux gouvernements de financer le programme et nous ne faisons pas de lobbying pour obtenir du financement», a précisé M. Krasulja.
Il n’écarte toutefois pas la possibilité d’un partage d’information avec les gouvernements.
«Nous espérons que les gouvernements pourront utiliser le CIP comme un outil supplémentaire dans leur travail pour lutter contre Chauffeur inc. et contre ce type de mauvaises pratiques dans l’industrie.»
Le CIP a aussi reçu un accueil positif du Bureau d’assurance du Canada et de certains acteurs du secteur financier.
-À partir d’une nouvelle de James Menzies
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