Le cauchemar Covid d’une conductrice de camion

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Le 24 avril, la conductrice professionnelle Nicole Folz est sortie du camp de fortune COVID-19 aménagé dans un hôtel d’aéroport à Toronto, où elle était confinée depuis 14 jours, et elle est rentrée chez elle.

Cela a mis un terme à une difficile épreuve de deux semaines, durant laquelle Mme Folz est devenue le visage du camionneur face à la COVID-19, son cas mettant en évidence des lacunes de la part des gouvernements fédéral et provinciaux, dont plusieurs ont depuis été corrigées. Mme Folz a commencé à se sentir malade le 7 avril en livrant une cargaison en Caroline du Sud.

«Ce n’est que le lendemain matin que j’ai commencé à m’inquiéter», a-t-elle expliqué à notre publication-sœur Today’s Trucking le 23 avril, quelques minutes seulement après avoir subi ce qui s’avérait son deuxième test de COVID-19 négatif, après qu’un test effectué le 10 avril ait été déclaré positif. «J’ai eu mal à la gorge et de la toux, et c’est à ce moment que ma fatigue de la nuit (précédente) a commencé à être un facteur pour moi.»

Nicole Folz

Nicole Folz avait pris toutes les précautions demandées aux camionneurs et au public. Elle avait un désinfectant pour les mains dans le camion et se lavait fréquemment les mains. La femme de 26 ans a commencé à vivre dans son camion lorsque la pandémie a éclaté, de manière à ne pas attraper le virus sur la route et le ramener chez ses parents, sa sœur ou à sa jeune nièce.

«Je ne rentrais pas chez moi. Je restais dans mon camion, dans la cour, pour assurer la sécurité de ma famille», a indiqué Mme Folz.

Réalisant qu’elle avait peut-être contracté le virus, elle a pris des mesures supplémentaires pour assurer la sécurité des autres lorsqu’elle a terminé son voyage. Elle a laissé ses papiers à l’arrière de la remorque pour l’expéditeur et portait un écran facial. Lorsque quelqu’un est venu pour prendre une tête d’accouplement sur sa remorque, elle l’a averti de ne pas lui toucher et l’a attachée elle-même.

Entendant qu’elle n’était pas bien, son transporteur, Transport N Service, lui a trouvé une charge complète pour le voyage de retour plutôt que sa charge LTL précédemment prévue.

Une fois sa cargaison livrée et son voyage de retour chargé, les problèmes de Nicole ne faisaient que commencer. Un pneu de sa remorque a éclaté à Washington, en Pennsylvanie, et elle a dû faire appel à un service de dépannage routier depuis l’intérieur de la cabine, demandant de soumettre la facture par courriel pour éviter tout contact direct.

Mme Folz s’est demandé comment traverser la frontière sans mettre les douaniers en danger.

Elle a appelé Shelley Uvanile-Hesch, directrice de la Women’s Trucking Federation of Canada, qui l’a mise en contact avec Transports Canada. Ils ont fourni un numéro à un surintendant de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), qui a pu traiter son chargement à l’avance par courriel. Lorsqu’elle s’est approchée de la frontière, l’ASFC l’attendait.

Cette chambre est devenue la maison de Nicole pendant 14 jours. (Photo: Nicole Folz)

Nicole a été dirigée vers une guérite spécifique, où elle a tenu son passeport contre la fenêtre avant qu’on lui fasse signe de passer. Ensuite, elle a dû trouver un endroit où aller pour les tests et les traitements. Elle a passé plus de 70 appels téléphoniques à divers organismes de santé publique à la recherche d’une réponse et on s’est souvent relancé la balle. Le Vendredi Saint, Mme Uvanile-Hesch a appelé le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, et les choses se sont immédiatement mises marche pour aider Mme Folz. On lui a donné l’adresse du centre de soins de la région de Toronto et on lui a dit de se présenter immédiatement après avoir garé son camion.

L’établissement, qui ne peut être identifié, est géré par Santé publique Canada et la Croix-Rouge canadienne.

«Les deux organismes s’occupent de choses vraiment différentes», explique Nicole Folz. «C’était phénoménal. Quand j’étais encore vraiment malade, les infirmières venaient dans ma chambre deux à trois fois par jour, vérifiaient ma température et mes poumons, puis la Croix-Rouge m’apportait des repas trois fois par jour. Si j’avais besoin d’autre chose, comme d’ordonnances, ils les récupéraient à la pharmacie. Il y avait aussi une équipe d’assainissement qui venait dans ma chambre tous les jours, en combinaison de protection, et la nettoyait.»

Même la nourriture était bonne, dit-elle. Elle était servie par le Hockley Valley Resort. « Ce n’était pas de la nourriture d’hôpital », dit-elle en riant.

Le virus a fait des ravages sur le corps de Nicole. Elle décrit les douleurs articulaires comme si elle avait été «frappée par un train». Sa fièvre a duré plus d’une semaine.

«Je ne pouvais pas du tout m’en débarrasser», de dire Mme Folz. Il a fallu attendre quatre jours pour avoir le résultat du premier test, administré le 10 avril, lequel a confirmé qu’elle était positive à la COVID-19.

À compter du 20 avril, des tests rapides ont été rendus disponibles. Le premier test de contrôle de Mme Folz, effectué le 20 avril, a donné un résultat négatif le lendemain, mais comme les tests rapides sont plus sujets aux faux négatifs, elle a dû renvoyer un deuxième test négatif avant d’être libérée. Celui-ci a été effectué le 23 avril et, quelques heures plus tard, le deuxième négatif nécessaire pour être libérée a été fourni.

Nicole se sent beaucoup mieux mais elle souffre toujours de douleur et de fatigue. Elle ne prévoit pas de retourner au travail avant une semaine ou deux.

«Je suis impatiente de revenir», lance-t-elle. «Je ne m’étais jamais sentie aussi mal depuis que je conduis. Je préfère être sur la route. J’adore ce style de vie. Mais je ne pense pas que je pourrais conduire plus de trois heures à la fois en ce moment. Mon corps est très douloureux, je ne dors toujours pas bien parce que je ne peux pas me mettre à l’aise. Quand je ne fais pas les cent pas dans la pièce, je m’assois sur une chaise ou sur le lit. J’ai du mal à rester au même endroit trop longtemps. J’ai l’intention de rentrer à la maison et de bouger là où j’ai plus de place et de l’air frais.»

Le tracteur de Nicole Folz chez Transport N Service

Il s’agissait d’une expérience inédite pour Transport N Service. Shawn Backle, directeur des opérations, a indiqué que l’entreprise a pris plusieurs mesures pour s’assurer que ses chauffeurs restent en santé sur la route.

«Parmi nos initiatives, nous avons demandé à nos responsables du bien-être des conducteurs d’effectuer des contrôles et de contacter régulièrement tous nos conducteurs», explique-t-il. «Ça peut être aussi simple que de demander « comment ça va »? Cela donne aux conducteurs l’occasion de partager leurs expériences et nous permet de trouver des idées sur la façon dont nous pouvons résoudre certains des défis auxquels ils sont confrontés.»

La compagnie fournit du désinfectant pour les mains aux chauffeurs et travaillait à leur procurer des masques faciaux, dont la livraison était prévue pour la fin de la semaine. Les chauffeurs ont des tracteurs attitrés. Celui de Nicole a été mis à l’arrêt pendant une semaine et sera complètement désinfecté avant de retourner au travail.

«Les événements que Nicole a dû vivre ont été une occasion d’apprentissage pour plusieurs, y compris divers organismes gouvernementaux et notre industrie dans son ensemble», souligne M. Backle. «Nous sommes une entreprise tout à fait unique, et lorsque nos employés viennent au travail, ils sont souvent à des centaines ou des milliers de kilomètres du terminal d’attache.»

Rétrospectivement, Mme Folz réalise qu’elle n’avait peut-être pas suffisamment exprimé l’étendue de sa maladie, étant une «une personne très autosuffisante» qui essaie de ne pas demander d’aide.

«J’ai du mal à demander directement de l’aide, car je suis fière de ma capacité à faire avancer les choses», lance-t-elle. «Je connaissais ma limite. Si cela avait empiré par rapport à ce que je ressentais, je n’aurais pas hésité à garer le camion à un arrêt routier et à appeler une ambulance. Des infirmières de la santé publique me surveillaient sur le chemin du retour. Il ne peut pas y avoir de meilleure sensation que celle que j’ai ressentie en entrant dans la cour du terminal.»

«J’applaudis Nicole pour sa persévérance», de dire M. Backle.

S’il y a un conseil que Nicole donnerait aux autres routiers professionnels, c’est d’avoir un plan si jamais ils tombent malades sur la route. Les chauffeurs sont prioritaires en ce qui a trait aux tests, indique-t-elle, et des centres de récupération comme celui où elle réside existent pour ceux qui ne peuvent pas rentrer chez eux en famille. On lui a dit que son expérience a fait en sorte que l’information circule mieux de l’Agence de la santé publique du Canada vers les centres de santé provinciaux et régionaux, ce qui devrait permettre aux camionneurs d’obtenir plus facilement des réponses claires de la part de leurs autorités régionales de la santé sur où aller s’ils soupçonnent qu’ils ont contracté le virus.

«Je n’ai pas été assez proactive pour me dire, si je tombe malade, où vais-je aller?», constate Nicole. «Le conseil que je donnerais, c’est d’avoir un plan et de voir quelle est la procédure de votre entreprise.»

Mme Folz a partagé son expérience dans un article publié sur Facebook le 10 avril, ce qui lui a valu de recevoir un appel d’un responsable du ministère de la Santé de l’Ontario, qui lui a présenté ses excuses et a promis de prendre des mesures pour s’assurer que les autres camionneurs ne soient pas confrontés aux mêmes obstacles qu’elle.

Elle a également reçu beaucoup d’encouragements et de bons vœux de la part d’autres conducteurs et amis.

«Cela donne l’impression de ressembler davantage à une famille», dit-elle. «J’ai rencontré un bon nombre de conducteurs de l’entreprise, et chacun de ceux qui sont amis Facebook m’ont écrit des mots d’encouragement, comprenant que mon âme de gitane a hâte de reprendre la route.»

Par James Menzies

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