Le comportement, et non le kilométrage, détermine le risque d’accident de camion, selon Motive
Plutôt que de s’appuyer principalement sur les accidents passés et les déclarations de sinistres pour évaluer la sécurité, les flottes se tournent de plus en plus vers des indicateurs prédictifs comme les quasi-collisions, la fatigue, la distraction et d’autres signaux comportementaux captés par des caméras embarquées alimentées par l’IA. C’est l’une des principales conclusions du Motive 2026 AI Road Safety Report, publié le 8 janvier.
Selon Motive, pour chaque collision enregistrée, les flottes documentent désormais en moyenne sept quasi-collisions. Ces événements deviennent un indicateur clé du risque, puisqu’ils permettent aux responsables de la sécurité d’intervenir avant qu’un accident ne survienne, qu’une personne ne soit blessée ou que de le matériel roulant ne soit endommagé.
Baisse des décès sur les routes en 2025
En s’appuyant sur des données fédérales américaines, Motive observe que les tendances en matière de collisions en 2025 ont varié considérablement d’un État à l’autre. Plusieurs États névralgiques pour le transport de marchandises ont enregistré des baisses marquées, notamment la Floride (-42,6 %), la Caroline du Nord (-29,8 %) et le New Jersey (-24,8 %). À l’inverse, des hausses ont été notées au Rhode Island, au Montana (+13,5 %) et au Maine (+11,3 %). Fait notable, malgré une augmentation de 24,8 % du nombre total de collisions, le Rhode Island n’a signalé aucun décès.
Dans l’ensemble, la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) rapporte une baisse de 8,2 % des décès sur les routes américaines au premier semestre de 2025 par rapport à la même période en 2024. Il s’agit de la plus forte diminution semestrielle observée depuis plus de dix ans, et ce, alors même que les Américains ont parcouru 12,1 milliards de milles supplémentaires.

Pour Motive, ces données confirment qu’un kilométrage plus élevé n’entraîne pas automatiquement un risque accru de collision.
«Nos données suggèrent que ce qui a changé, ce n’est pas le comportement des conducteurs, mais la visibilité», explique Hamish Woodrow, responsable de l’analyse stratégique et de l’ingénierie des données chez Motive. «La conduite devient même plus exigeante, avec davantage de distractions liées aux téléphones, une circulation plus dense et une pression accrue sur les délais de livraison. Le risque a toujours existé. Ce qui a changé, c’est que l’IA permet désormais de l’anticiper plus tôt, de former les conducteurs de façon plus cohérente et d’intervenir avant que des comportements dangereux ne mènent à une collision.»
Les itinéraires et le comportement comptent plus que la distance parcourue
Le rapport s’appuie sur l’analyse de 1,2 milliard d’heures de données issues des caméras embarquées Motive AI Dashcam auprès de conducteurs professionnels aux États-Unis, au Mexique et au Canada. Il révèle que, bien que les flottes de transport et de logistique parcourent les plus longues distances, elles affichent aussi les taux de collision globaux les plus faibles.
À l’inverse, des secteurs comme l’agriculture, la gestion des déchets et le recyclage, ainsi que les services sur le terrain, présentent des risques de collision nettement plus élevés, même s’ils parcourent généralement moins de kilomètres sur autoroute. La somnolence demeure toutefois un facteur prédictif majeur des collisions, tous secteurs confondus.
Les conducteurs du secteur agricole affichent notamment les taux d’utilisation du téléphone portable les plus élevés, l’un des cinq comportements les plus fortement associés aux collisions. De façon générale, l’usage du téléphone atteint un pic en fin d’après-midi.
Motive souligne également que le tabagisme au volant, observé environ 3 800 fois par jour, constitue l’une des formes de distraction les plus sous-estimées. L’entreprise affirme avoir détecté plus de 1,3 million de cas de tabagisme l’an dernier. Comme l’utilisation du téléphone, fumer détourne les mains, les yeux et l’attention de la conduite, un risque amplifié lorsqu’il est combiné à la vitesse ou à la fatigue.

La fatigue et l’heure de conduite, des facteurs déterminants
La somnolence est particulièrement fréquente chez les conducteurs de nuit ou ceux qui commencent leur quart très tôt. Le risque augmente fortement entre 6h00 et 7h00, surtout lorsqu’il est combiné à une faible visibilité.
Selon le rapport, la conduite tard dans la nuit et tôt le matin présente les taux de collision les plus élevés. Le risque atteint un sommet vers 3h00 du matin, où il est près de trois fois plus élevé qu’à midi. Une autre hausse est observée autour de 1h00.
Le crépuscule constitue également une période critique, surtout après le passage à l’heure normale à l’automne, lorsque la nuit tombe plus tôt. C’est vers 18h00 que le nombre de collisions est le plus élevé, avec un taux environ 2,4 fois supérieur à celui observé en milieu de journée.
«Le risque associé à la conduite en soirée et tôt le matin n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est la constance avec laquelle il apparaît dans toutes les régions et tous les secteurs», souligne M. Woodrow. «La somnolence a toujours été un indicateur avancé du risque, mais elle a longtemps été difficile à mesurer.»

Les facteurs saisonniers jouent aussi un rôle important. Les taux de collision augmentent à l’automne et culminent en hiver, période marquée par une visibilité réduite, des conditions météorologiques plus difficiles et une charge de travail accrue liée aux Fêtes.
La conduite agressive et les différences régionales
La conduite agressive demeure l’un des facteurs de risque les plus dangereux. Les conducteurs impliqués dans des collisions présentent généralement des taux élevés et constants d’excès de vitesse, de virages serrés et de déviations de trajectoire. En octobre 2025 seulement, les conducteurs impliqués dans un accident étaient 25 % plus susceptibles d’effectuer des virages serrés ou des écarts de voie, et 7 % plus susceptibles de rouler à des vitesses excessives. Les collisions sont le plus souvent précédées d’une accumulation progressive de comportements à risque.
Toutefois, les comportements dangereux varient sensiblement d’une ville à l’autre.
Après avoir analysé les données de San Francisco (Californie), Austin (Texas) et Nashville (Tennessee), Motive a constaté que l’excès de vitesse est le comportement à risque le plus fréquent et le plus fortement corrélé aux collisions dans les trois villes. L’utilisation du téléphone portable figure également parmi les cinq principaux facteurs.
Nashville se démarque par une conduite particulièrement agressive sur autoroute. Les conducteurs y roulent près de deux fois plus vite que ceux d’Austin, et les suivis de trop près ainsi que les changements de voie dangereux y sont courants. Motive attribue ce phénomène à l’usage intensif des autoroutes inter-États, à la circulation rapide en périphérie et à une forte croissance démographique, des tendances qui devraient se maintenir jusqu’en 2026.
À Austin, les niveaux d’excès de vitesse sont également élevés, mais les comportements agressifs secondaires sont moins fréquents. Malgré cela, les conducteurs y présentent un risque de collision environ 20 % plus élevé que ceux de Nashville.
« Ce qui est intéressant, c’est la façon dont la vitesse se manifeste différemment selon les villes », note M. Woodrow. « À Austin, la vitesse constitue un risque majeur, mais elle est moins souvent associée à des manœuvres agressives, ce qui reflète probablement des routes plus larges et une circulation dominée par les navetteurs. »
À San Francisco, la densité urbaine crée un profil de risque distinct. Bien que la ville affiche le taux de collision le plus élevé des trois, la majorité des accidents surviennent à faible vitesse — en moyenne moins de 8 km/h, contre plus de 32 km/h à Austin et Nashville. Les conducteurs de San Francisco sont également 25 % plus susceptibles d’être impliqués dans une collision que ceux d’Austin, et les infractions aux arrêts obligatoires y sont 3,5 fois plus fréquentes qu’à Nashville.
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