Le transport de matières dangereuses sous la loupe de Camo-Route

C’est lors de son plus récent colloque, présenté le mercredi 9 novembre dernier, que l’Association du camionnage du Québec a reçu Camo-route afin de lui permettre de dévoiler les résultats de son diagnostic de chauffeurs de camions-citernes de matières dangereuses.

Les résultats, colligés auprès des acteurs de l’industrie, ont été dévoilés par Chloé St-Amand et Lydia Massimiani, respectivement directrice générale et coordonnatrice à la formation de ce Comité sectoriel de la main-d’oeuvre de l’industrie du transport routier au Québec.

Photo: Christian Bolduc
Camion-citerne roulant sur l’autoroute 40 en direction de Montréal. Photo: Christian Bolduc

Comptant pour 36% du contingent de l’industrie du transport par camion au Québec, le transport de marchandises dangereuses (TMD) a connu une croissance de 12% depuis 2009. Avec 3 122 entreprises comptant des employés et 2 889 indépendants, Camo-route constate que 98% de ces entreprises (avec et sans employés) comptent moins de 50 employés. Seuls 59 transporteurs ont entre 50 et 199 employés. Deux organisations emploient entre 200 et 500 personnes.

Oeuvrant majoritairement au niveau local et national, mais également à la grandeur du Canada et ailleurs sur le continent, les camions-citernes transportent surtout des liquides inflammables, des gaz inflammables, des matières corrosives ainsi que des matières comburantes et peroxydes.

Des salaires plus faibles…

Avec ce genre de risques, l’exigence de formation et de compétences, on peut présumer que les salaires des 10 650 chauffeurs faisant du TMD au Québec soient plus élevés que la moyenne. Au Québec, le taux horaire moyen est de 23,05$ pour 2022 comparativement à 19,05$ en 2016 et 21,70$ en 2018.

« Au Québec, le taux horaire est de 4% inférieur à ce que l’on trouve de comparable ailleurs au Canada », précise mme Massimiani. C’est peut-être ce qui explique, en partie du moins, que les postes à pourvoir ont pratiquement quintuplé depuis 2016. De 1 045 qu’ils étaient en 2016, ils sont 5 490 emplois à attendre un chauffeur en 2022.

…Pour des responsabilités accrues

Camo-route mentionne également que l’industrie du TMD compte, en ses rangs, entre 95% et 98% des chauffeurs ayant en poche un DEP (diplôme d’études professionnelles) ou plus. Si on compare ce pourcentage avec le reste de l’industrie du transport par camion, ce sont 53% des chauffeurs qui possèdent un DEP, 20% un DES (diplôme d’études secondaires) et 27% qui n’ont aucun diplôme.

Compte tenu des responsabilités associées à ce type de conduite, des exigences légales à respecter et des risques d’explosion lors d’une collision, il serait loisible de croire que les conditions de travail sont de meilleure qualité en TMD qu’ailleurs.

C’est vrai… et faux.

C’est vrai parce qu’il y a, d’abord, les formations théorique et pratique en entreprise, lesquelles se font sur plus ou moins une semaine pour les notions théoriques et entre deux et quatre semaines pour le volet pratique, le transporteur portera une attention particulière au comportement général du chauffeur.

Lydia Massimiani et Chloé St-Amand de Camo-route. Photo: Christian Bolduc

« C’est le critère le plus important pour 63% des employeurs: réussir une évaluation pratique de conduite de camions-citernes pour le TMD durant le processus d’embauche », précise mme Massimiani. Détenir une attestation de formation en TMD, laquelle est émise par un établissement de formation, un consultant ou un formateur externe, avoir fait un stage, une courte formation ou une formation spécifique sur les TMD sont autant d’acquis qui vont avantager le candidat avant et après son embauche.

La stratégie de recrutement

Avec des responsabilités particulières, des salaires pas toujours très compétitifs, une gestion des ressources humaines mal adaptée à la conciliation travail/famille, des compétences spécifiques exigibles – notamment le double métier de chauffeur et opérateur – les risques et la pression provenant des compagnies d’assurances, les chauffeurs, nous l’avons écrit précédemment, sont nombreux à bouder le TMD ou à le quitter après quelques années.

Les horaires, les conditions générales et les contraintes familiales, notamment, sont des justificatifs souvent soulevés par ces derniers pour réorienter leur carrière ou carrément changer d’industrie.

Pour remédier à ces problèmes récurrents, Camo-route propose, dans ces conclusions, quelques pistes de solutions: réduire les exigences liées à l’expérience de conduite en amont d’une embauche; bonifier la formation initiale offerte en institution scolaire et en entreprise; faire la promotion des avantages supplémentaires offerts par l’employeur, le cas échéant; rendre plus attrayantes les conditions de travail (salaire, horaire, conciliation travail/famille); bonifier l’utilisation des plateformes numériques afin de mieux recruter et valoriser le professionnalisme du TMD.

Chose certaine, les chauffeurs qui font du TMD tirent une grande fierté d’être au volant d’une cargaison qui doit absolument arriver à bon port.

Rédacteur professionnel depuis plus de 15 ans, Christian possède une expérience considérable à titre de journaliste spécialisé en transport, notamment à titre de directeur de la rédaction de L'Écho du transport, magazine aujourd'hui disparu, et de Transport durable magazine.

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