Le troisième lien, une totale absurdité

Notre préoccupation principale, en transport routier, est la fluidité de la circulation afin que les marchandises puissent atteindre leur destination dans les meilleurs délais et au meilleur coût possible. Ça c’est le principe fondamental de toute société dont l’économie est intégrée aux marchés régionaux, nationaux et mondiaux.

C’est aussi la raison principale pour laquelle nous observons avec attention tout le débat qui entoure la faisabilité et la pertinence du Troisième lien, ce projet de tunnels entre les villes de Québec et Lévis qui fait tant jaser dans les chaumières du pays depuis plusieurs années déjà.

Photo : Transports Québec
Le Troisième lien, formule à 6,5 milliards de dollars de la CAQ. Photo : Transports Québec.

Avec la campagne électorale qui bat présentement son plein au Québec, ce projet, évalué aujourd’hui à plus de 6,5 milliards de dollars, a l’ambition de désengorger les deux ponts qui enjambent le majestueux fleuve St-Laurent entre le nord et le sud.

Après un débat télévisuel houleux entre les cinq chefs jeudi soir le 15 septembre dernier, le premier ministre sortant, François Legault, a candidement avoué qu’il n’existe aucune étude sur la question.

Ce que l’on constate d’emblée est que le troisième lien, qui attise les passions dans notre Capitale nationale, pose plusieurs problèmes sérieux que les politiciens ne semblent pas enclins à vouloir régler avec autorité et crédibilité.

Nécessaire?

Est-il vraiment nécessaire de construire une nouvelle autoroute? Avec deux ponts déjà en fonction, Québec a une capacité de déplacement de 30 000 véhicules au quotidien. Or, à ce jour, entre 18 000 et 20 000 véhicules seulement traversent ces ponts à chaque jour de la semaine, dit Transport Québec. Il y a, certes, des embouteillages aux heures de pointe, mais le problème origine davantage des bretelles d’accès que de la capacité des ponts.

C’est là qu’il faut agir en priorité.

Il y a, ensuite, les coûts exorbitants qui sont rattachés au projet. Si on le compare au Pont Samuel de Champlain, qui a été reconstruit pour des raisons de sécurité (il menaçait de s’effondrer à moyen terme) au coût de 4,2 milliards de dollars et qui accueille, au quotidien, près de 150 000 véhicules dont quelque 12 000 camions, le Troisième lien est simplement indéfendable.

Éric Duhaime, qui est chef du parti conservateur du Québec et bruyant promoteur d’un troisième lien hors terre (par l’île d’Orléans), compare souvent Champlain au troisième lien pour justifier des investissements publics colossaux à Québec. Or, M. Duhaime confond plusieurs choses ici.

D’abord Champlain n’ajoute aucune capacité au réseau montréalais. Il n’y a toujours que six voies de circulation. Seules des voies de sécurité (2) et des voies réservées (2) ont été ajoutées pour des besoins liés au transport collectif et aux véhicules d’urgence.

Ce qui contraste avec le projet qu’il défend.

Il compare bêtement, ensuite, Québec et Montréal en disant que si ceux-ci ont pu avoir leur pont, Québec doit aussi avoir le sien. Sans vouloir tomber dans une inutile et puérile « guéguerre » Montréal/Québec, on fera remarquer à M. Duhaime que le Montréal métropolitain est, avec ses quatre millions d’habitants, le poumon économique du Québec.

Ce qui n’est pas le cas du Québec métropolitain qui, avec quelque 800 000 habitants, ne peut prétendre à un tel statut. Cela ne se justifie pas en termes économiques, financiers, environnementaux et sociaux.

Il faut également considérer l’étalement urbain, la stimulation de la demande pour encore plus d’autos solos, l’augmentation de la pollution atmosphérique et la réintroduction, à moyen terme, de congestions routières égales ou supérieures à celles vécues d’aujourd’hui.

Le pont Samuel de Champlain, à gauche, et l’ancien pont Champlain aujourd’hui démoli. Photo: Infrastructure Canada.

Mais comme le disait encore récemment l’ineffable candidat caquiste dans Lévis (tiens tiens), Bernard Drainville: « Lâchez-moi avec les GES. » Évidemment, M. Drainville et ses adeptes du nombrilisme infini n’ont rien à faire des quelque 8,7 millions de gens qui meurent prématurément, à chaque année, des conséquences de la pollution atmosphérique dans le monde.

Édifiant.

Quelques solutions

Mais revenons à nos moutons, si vous le voulez bien.

S’il existe aujourd’hui des solutions concrètes pour parer à la fuite par en avant de la crise climatique, elles ne résident certainement pas dans ce gaspillage éhonté de deniers publics.

Il y a le pont de Québec qui peut soit être revampé, soit reconstruit (un peu comme Champlain à Montréal) en l’adaptant aux contingences écoresponsables du XXIe siècle.

Ce n’est pas tout.

On peut ajouter, avec la collecte d’une taxe spécifique sur les transactions financières, un train ou un métro de surface à partir de Lévis jusque dans les centres névralgiques de Québec : l’administration publique, l’Université Laval, etc.

Avec des stationnements incitatifs souterrains à Lévis, on limite ainsi l’accès aux seuls véhicules immatriculés à Québec, aux camions de marchandises (alimentés aux énergies propres seulement) et aux autobus de passagers 100% électriques.

Une autre solution, et celle-ci peut également inspirer les élu.e.s de Montréal, est l’imposition d’une taxe de visite aux automobilistes qui entrent en ville sans y habiter. Stockholm le fait, en Suède, et ça fonctionne : plus de 40% des automobilistes ont délaissé l’auto pour les transports collectifs.

Mais pour cela, il faut rapidement penser, concevoir et construire des alternatives collectives valables qui réduisent notre bilan carbone. Et cesser de voir l’auto comme une vache sacrée en milieu urbain.

Nous ne sommes plus en 1950, quand même.

Rédacteur professionnel depuis plus de 15 ans, Christian possède une expérience considérable à titre de journaliste spécialisé en transport, notamment à titre de directeur de la rédaction de L'Écho du transport, magazine aujourd'hui disparu, et de Transport durable magazine.

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