Le vol de cargaisons prend de l’ampleur avec l’usurpation d’identité et les faux courtiers en transport

Les voleurs de cargaisons utilisent de plus en plus des identités de transporteurs usurpées, de faux courtiers en transport et des instructions de livraison trompeuses pour dérober des marchandises. Ces méthodes engendrent des risques qui vont bien au-delà des vols traditionnels par effraction dans les remorques et des vols d’équipement.

Joe Palmer, associé directeur de North Branch Insurance, a déclaré aux participants à la conférence annuelle de l’Atlantic Provinces Trucking Association (APTA), tenue le 22 octobre à Moncton, au Nouveau-Brunswick, que les transporteurs et les courtiers en transport doivent renforcer leurs procédures de vérification, améliorer la formation des chauffeurs et resserrer leurs contrôles opérationnels.

Il a indiqué que le nombre de vols de remorques signalés au Canada est passé de 570 en 2024 à 970 en 2025. Selon les estimations du Bureau d’assurance du Canada, les vols de cargaisons coûtent chaque année entre 5 et 7 milliards $ à l’économie canadienne, en tenant compte des pertes économiques indirectes.

Joe Palmer (Photo : Leo Barros)

Aux États-Unis, CargoNet a recensé 3 594 incidents de vol en 2025, représentant une valeur estimée à 725 millions $ en marchandises dérobées. La Californie, le Texas et l’Illinois ont été les États les plus touchés, tandis que les entrepôts et les relais routiers figuraient parmi les lieux où les vols étaient les plus fréquents.

Les aliments et les boissons figurent en tête des marchandises les plus ciblées par les voleurs. Les produits de la mer présentent un risque particulièrement élevé pour les transporteurs frigorifiques qui exercent leurs activités dans le nord-est des États-Unis.

M. Palmer a établi une distinction entre le vol traditionnel de cargaisons, qui comprend les effractions et les vols de remorques, et le vol stratégique, qui repose sur la fraude et l’usurpation d’identité.

Usurpation d’identité d’entreprises

Les criminels peuvent se procurer les documents d’identification de transporteurs légitimes, leurs certificats d’assurance et les renseignements relatifs à leurs autorisations d’exploitation, puis usurper leur identité pour répondre aux offres de chargement publiées par les courtiers en transport.

L’opérateur frauduleux peut ensuite confier le chargement à un transporteur légitime qui ignore la supercherie, en recourant à une double opération de courtage, puis détourner la livraison vers une autre destination. Lorsque l’expéditeur découvre la disparition de la marchandise, le fraudeur qui a organisé le transport s’est déjà volatilisé.

«Il y a des gens qui volent des cargaisons simplement en étant assis derrière leur ordinateur portable», a déclaré M. Palmer.

Une autre forme de fraude consiste, pour des intermédiaires frauduleux, à encaisser les paiements pour le transport de marchandises sans rémunérer le transporteur qui a réellement effectué la livraison.

M. Palmer a souligné que les courtiers qui gèrent d’importants volumes de marchandises et font régulièrement appel à de nouveaux transporteurs sont particulièrement exposés à ces risques, puisqu’ils ne peuvent pas connaître personnellement toutes les entreprises auxquelles ils confient leurs chargements.

Vérifier l’identité des transporteurs

Il a recommandé de vérifier l’identité des transporteurs de manière indépendante, en communiquant avec les entreprises à partir de leurs numéros de téléphone officiels plutôt que de se fier aux coordonnées fournies par une personne souhaitant obtenir un chargement.

La sélection des transporteurs exige également de vérifier leurs antécédents en matière de sécurité, leurs autorisations d’exploitation, leurs références et leur couverture d’assurance.

M. Palmer a averti que les certificats d’assurance ne garantissent pas nécessairement une protection adéquate des cargaisons. Certaines polices excluent les remorques laissées sans surveillance, les vols commis par des employés ou certaines catégories de marchandises, tandis que d’autres prévoient des plafonds de couverture moins élevés pour les chargements de grande valeur.

Il a notamment attiré l’attention sur les risques liés aux transporteurs assurés par l’intermédiaire de la Facility Association, dont la couverture d’assurance automobile n’inclut pas automatiquement les marchandises transportées. Des polices distinctes d’assurance des cargaisons peuvent comporter des conditions supplémentaires, notamment l’obligation de désigner individuellement les chauffeurs couverts.

Selon lui, les courtiers en transport doivent bien comprendre ces conditions avant de confier des chargements à un transporteur.

Une supervision adéquate de la direction

La responsabilité contractuelle constitue un autre sujet de préoccupation. M. Palmer a mis en garde contre le fait de laisser le personnel des ventes ou de la répartition signer des contrats de transport avec les clients sans qu’ils aient fait l’objet d’un examen approprié par la direction ou les responsables des affaires juridiques ou des assurances.

Ces contrats peuvent imposer des responsabilités qui dépassent les limites de la couverture d’assurance disponible. Les entreprises qui agissent comme courtiers en transport doivent également conclure des contrats appropriés avec les transporteurs auxquels elles sous-traitent des chargements.

M. Palmer a souligné que la prévention des vols de cargaisons doit mobiliser l’ensemble de l’entreprise, particulièrement les chauffeurs, les répartiteurs et le personnel responsable de la logistique.

Il a recommandé l’adoption d’une stratégie de «zone rouge», selon laquelle les chauffeurs doivent parcourir au moins 200 milles (321 km) après avoir pris possession d’un chargement avant d’effectuer leur premier arrêt.

(Photo : iStock)

«De nombreuses données montrent que les vols surviennent dans les trois premières heures suivant la prise en charge du chargement», a-t-il affirmé.

Les chauffeurs devraient planifier leurs itinéraires et leurs arrêts, éviter les habitudes d’arrêt prévisibles, maintenir une communication régulière avec le service de répartition et demeurer vigilants à l’égard des véhicules ou des individus suspects.

Ils devraient également éviter de divulguer le contenu de leurs cargaisons ou de publier sur les réseaux sociaux des renseignements concernant leurs chargements et leurs déplacements.

M. Palmer a expliqué que les voleurs recueillent des renseignements sur les transporteurs, les expéditeurs et les habitudes de transport afin de repérer des occasions de vol. Les inscriptions sur les remorques qui révèlent la présence de marchandises de grande valeur peuvent rendre les chargements plus attrayants pour les criminels.

Répartir les marchandises de grande valeur

Selon la nature de leurs activités, les entreprises pourraient envisager d’utiliser des connaissements génériques, de répartir les marchandises de grande valeur entre plusieurs chargements ou de recourir à des remorques leurres.

Il a également recommandé d’éviter, dans la mesure du possible, de laisser des chargements de grande valeur stationnés pendant la nuit.

La sécurité physique demeure essentielle, notamment grâce à des cours clôturées, verrouillées et bien éclairées, à des caméras de surveillance, à des accès contrôlés et à des barrières protégeant le matériel stationné.

Le suivi par géolocalisation devrait s’étendre au-delà du tracteur pour inclure les remorques et, lorsque cela est pertinent, les chargements eux-mêmes. L’utilisation de plusieurs dispositifs de suivi peut augmenter les chances de retrouver les marchandises volées si les voleurs découvrent et désactivent l’un d’entre eux.

M. Palmer a également encouragé les transporteurs à planifier leurs itinéraires et leurs horaires en fonction des risques de vol, notamment en utilisant les données de CargoNet pour repérer les secteurs où les vols de cargaisons sont en hausse.

Cybersécurité et préparation aux réclamations d’assurance

La cybersécurité constitue un autre élément important de la prévention, puisque les criminels obtiennent de plus en plus de renseignements sur les entreprises en infiltrant leurs systèmes informatiques.

M. Palmer a recommandé l’authentification multifacteur, le renforcement des procédures de vérification et la réalisation d’évaluations indépendantes des pratiques de cybersécurité.

Selon lui, le simple fait de remplir une demande d’assurance contre les cyberrisques peut aider les entreprises à repérer les faiblesses de leurs mesures de sécurité actuelles.

Les entreprises devraient également mettre en place des procédures pour vérifier toute modification imprévue des instructions de ramassage ou de livraison, afin que les chauffeurs et les répartiteurs puissent confirmer l’identité des personnes avec lesquelles ils communiquent.

M. Palmer a encouragé les transporteurs à collaborer avec les forces de l’ordre, les associations de l’industrie et les enquêteurs spécialisés, tout en partageant des renseignements sur les opérateurs suspects, les méthodes de vol et les corridors de transport à haut risque.

Listes de vérification en cas de vol de cargaison

Il a également recommandé de préparer des listes de vérification à utiliser en cas de perte ou de vol de cargaison, couvrant notamment la documentation à réunir, les communications avec les clients, la déclaration du sinistre à l’assureur et les obligations contractuelles.

Les réclamations liées aux cargaisons peuvent impliquer plusieurs expéditeurs, courtiers en transport et assureurs, ce qui les rend plus complexes que les réclamations pour dommages matériels.

Selon M. Palmer, l’objectif général est d’instaurer une culture de prévention visant à faire en sorte que l’entreprise ne constitue pas une cible facile pour les voleurs, en mobilisant les chauffeurs, les répartiteurs, la direction et le personnel responsable de la sécurité.

Cela nécessite une formation régulière, des procédures documentées et une application rigoureuse et constante des mesures de sécurité, plutôt que de compter uniquement sur le matériel roulant ou la technologie.

Pour les transporteurs et les courtiers en transport, cette approche repose sur la vérification des partenaires commerciaux, une couverture d’assurance adéquate, la sécurisation du matériel, la sensibilisation des chauffeurs et la mise en place de procédures claires en cas de disparition d’un chargement.


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