Les assureurs vont désormais au-delà de l’historique des sinistres pour évaluer le risque des flottes

Avatar photo

Les assureurs en assurance automobile commerciale ne se contentent plus d’examiner l’historique des sinistres des cinq dernières années au moment du renouvellement des polices. Ils veulent désormais voir comment les transporteurs utilisent les données de télématique pour améliorer le comportement des conducteurs, former leurs employés et réduire les risques au fil du temps.

Les panélistes réunis lors de la conférence Samsara Beyond, à Las Vegas, ont soutenu que les transporteurs tirent le meilleur parti des technologies de flotte connectée lorsqu’elles vont au-delà d’un simple outil de conformité réglementaire. Les tableaux de bord des conducteurs, les dossiers de formation, les événements détectés par l’intelligence artificielle et les vidéos peuvent tous servir à démontrer une solide culture de la sécurité, à repérer les risques opérationnels et à renforcer la position des transporteurs lors des négociations de renouvellement de leur assurance.

«Nous ne cherchons pas un seul indicateur en particulier», a expliqué Hobie Bond, responsable de la télématique et de l’Internet des objets (IdO) chez Zurich North America. «Ce qui nous intéresse, c’est plutôt un ensemble d’indicateurs et, plus important encore, la façon dont ils évoluent au fil du temps.»

L’amélioration compte davantage que la perfection

Même si les antécédents de sinistres demeurent un élément important, M. Bond affirme qu’ils ne racontent plus toute l’histoire. Plutôt que de se concentrer sur des événements isolés, comme les freinages brusques ou les alertes de distraction au volant, les assureurs recherchent des tendances et évaluent si celles-ci s’améliorent au fil du temps.

«Nous voulons comprendre bien plus qu’un simple oui ou non», a indiqué M. Bond. «Nous voulons mesurer l’efficacité. Et la meilleure façon d’évaluer cette efficacité, c’est d’observer l’évolution des résultats au fil du temps, idéalement en constatant une amélioration.»

Mais le facteur temps est également important, a-t-il ajouté. Un transporteur qui a installé des caméras et mis en place un programme de formation il y a seulement six ou neuf mois peut encore afficher des tendances de sinistres qui reflètent plusieurs années d’exploitation sans ces outils. Se limiter aux réclamations passées, sans tenir compte des récentes améliorations du comportement des conducteurs, peut donc donner une image déformée et incomplète du niveau de risque.

«L’assurance automobile commerciale connaît des difficultés. Collectivement, ce secteur n’est pas rentable depuis environ 15 ans. Les souscripteurs subissent donc une forte pression pour fixer les bons tarifs pour chaque client. Nous voulons être en mesure de distinguer les transporteurs en fonction de leur utilisation de la télématique et de l’efficacité avec laquelle ils l’intègrent dans la gestion de leur flotte», a-t-il expliqué.

De gauche à droite : Lisa Paul, Hobie Bond, Martin Sullivan et Dan Franck, responsable des partenariats mondiaux chez Samsara. (Photo : Krystyna Shchedrina)

Martin Sullivan, responsable de pratique chez Acrisure, a abondé dans le même sens. Il a toutefois ajouté que les dirigeants de transport devraient revoir leur façon de considérer leurs données de sécurité et les traiter comme un actif stratégique, dont l’importance dépasse largement le simple renouvellement de leur assurance.

«Les antécédents de sinistres ne reflètent qu’une fraction des répercussions réelles : la réputation de l’entreprise, sa capacité à décrocher de nouveaux contrats et le moral des conducteurs en font aussi partie. Les données de sécurité offrent une vision beaucoup plus complète de la situation.»

Martin Sullivan a également remis en question l’idée selon laquelle la conformité réglementaire et la sécurité sont interchangeables. «La conformité et la sécurité sont à peine liées. Être conforme est important, mais cela ne vous rend pas nécessairement plus sécuritaire», a-t-il souligné, expliquant que les assureurs veulent voir des preuves de la culture de sécurité d’un transporteur à travers des indicateurs précurseurs, comme les activités de formation, l’amélioration du comportement des conducteurs et la façon dont la direction réagit lorsqu’un incident survient, plutôt que de se fier uniquement aux historiques de sinistres et aux états des résultats

«Les données ne mentent pas», a affirmé Martin Sullivan. «Si vous formez réellement vos conducteurs, appliquez les mesures disciplinaires nécessaires et analysez vos itinéraires, les données démontreront une amélioration continue.»

Il a ajouté qu’être en mesure de démontrer ce type d’amélioration peut également ouvrir la porte à d’autres solutions d’assurance, notamment les captives d’assurance et l’autoassurance, ce qui permet aux transporteurs d’exercer un plus grand contrôle sur leurs coûts d’assurance.

Utiliser les données de télématique pour prendre des décisions

Toutefois, pour bâtir une telle culture de sécurité, les transporteurs doivent être en mesure d’interpréter les données qu’ils recueillent et de les utiliser pour orienter leurs décisions.

Lisa Paul, vice-présidente exécutive d’Alliant Insurance Brokerage, a indiqué que les indicateurs précurseurs d’accidents prennent toute leur valeur lorsqu’ils sont mis en relation avec les données sur les réclamations et les opérations. Cette approche permet aux transporteurs de repérer des tendances qui ne seraient pas apparentes à partir du seul historique des sinistres.

«Nous avons travaillé avec un client en analysant en détail l’ensemble de ses données opérationnelles», a-t-elle raconté en donnant un exemple à l’auditoire. «Et nous nous sommes rendu compte que tous les trajets de plus de 250 milles étaient problématiques pour lui.»

Même si ces trajets longue distance ne représentaient qu’environ 4% du chiffre d’affaires de l’entreprise, ils étaient responsables d’une part disproportionnée de ses sinistres.

Lisa Paul a expliqué que, dans ce cas, il était plus logique pour l’entreprise de se départir des camions et des conducteurs affectés aux trajets de plus de 250 milles, de confier ce travail à un partenaire et de concentrer ses activités sur le transport à courte distance, beaucoup plus rentable. Elle a ajouté que ce type d’analyse et de réflexion ne devrait pas être effectué uniquement au moment du renouvellement de la police d’assurance.

Selon elle, les courtiers devraient plutôt analyser les données de télématique et les réclamations avec leurs clients plusieurs mois avant l’échéance de leur police d’assurance. L’objectif est de déterminer quels itinéraires, quels véhicules et quelles activités sont à l’origine des sinistres, puis d’évaluer si des changements opérationnels pourraient améliorer à la fois la rentabilité de l’entreprise et son profil de risque aux yeux des assureurs.

«Notre objectif n’est pas seulement d’exploiter les données, mais aussi de les transformer en stratégies opérationnelles porteuses de succès. Ainsi, les directeurs financiers et les propriétaires d’entreprise peuvent mieux évaluer leur activité, fixer plus précisément le prix de leurs services de transport en fonction des réalités d’aujourd’hui, comme les conducteurs, les clients et les expéditeurs actuels, et prendre des décisions stratégiques éclairées », a conclu Lisa Paul.

La vidéo continue de rapporter

Les panélistes ont également discuté de l’impact des caméras embarquées sur le règlement des réclamations, soulignant qu’elles peuvent soit améliorer considérablement l’issue d’un dossier, soit permettre de rejeter complètement une réclamation lorsqu’elles démontrent que le transporteur n’était pas en faute.

M. Bond a relaté le cas d’un incident survenu en Californie, où un piéton a volontairement lancé une bicyclette contre un véhicule commercial avant de se laisser tomber au sol afin de mettre en scène une collision. Le conducteur du camion avait d’abord été arrêté pour délit de fuite. Les images captées par la caméra ont toutefois démontré que l’accident avait été simulé, ce qui a permis de disculper le conducteur et d’obtenir sa libération.

Lisa Paul a donné un autre exemple concernant un important transporteur de granulats à Hawaï. À peine dix jours après l’installation de caméras orientées à la fois vers la route et vers l’habitacle, un autre automobiliste a affirmé qu’un conducteur de cette flotte avait percuté son véhicule et blessé trois personnes.

Lisa Paul a raconté que l’expert en sinistres a pu consulter immédiatement les images vidéo, ce qui a permis de faire rejeter complètement la réclamation. Elle a ajouté que cet incident a aussi complètement changé la perception du conducteur à l’égard des caméras. Avant leur installation, il faisait partie des employés les plus opposés à cette technologie. Après avoir été blanchi grâce aux images, il a écrit au service de la sécurité de l’entreprise : «Je suis désolé, j’avais tort. Cette vidéo a clairement démontré que je suis toujours l’excellent conducteur que vous avez toujours dit que j’étais.»

Lisa Paul a également cité les résultats observés au sein des grandes flottes clientes d’Alliant Insurance Brokerage utilisant les caméras connectées de Samsara. Selon elle, ces transporteurs ont obtenu des taux de disculpation approchant les 28%, soit un résultat supérieur aux taux de 18 à 22 % rapportés dans de précédentes recherches de l’American Transportation Research Institute (ATRI).

Le véritable coût des collisions

Hobie Bond a ajouté que l’assurance automobile commerciale représente aujourd’hui une part beaucoup plus importante des coûts globaux d’assurance d’un transporteur qu’il y a une dizaine d’années. À l’époque, elle comptait généralement pour environ 15% de l’ensemble des primes d’assurance d’une flotte. Aujourd’hui, cette proportion approche plutôt les 25%.

C’est pourquoi les collisions impliquant des véhicules commerciaux peuvent également entraîner des réclamations en indemnisation des accidents du travail lorsque des conducteurs sont blessés. Or, ces dossiers sont généralement beaucoup plus graves et coûteux que la moyenne des accidents survenus en milieu de travail.

«Lorsqu’un accident de la route implique l’un de vos conducteurs et qu’une réclamation en indemnisation des accidents du travail en découle, cette réclamation est, en moyenne, deux fois et demie plus coûteuse», a expliqué M. Bond. Selon les plus récentes données du National Council on Compensation Insurance, les réclamations pour accidents du travail avec perte de temps les plus coûteuses aux États-Unis sont celles découlant d’accidents de véhicules automobiles, avec un coût moyen de 91 433 $ US par réclamation.

Par conséquent, réduire le nombre de collisions grâce à la formation des conducteurs, à la télématique et aux technologies de sécurité peut améliorer les résultats dans plusieurs catégories d’assurance, et pas seulement en assurance automobile commerciale. Selon Hobie Bond, les transporteurs ne devraient donc pas se limiter aux économies réalisées sur leurs primes d’assurance. Ils devraient plutôt évaluer le coût total du risque, qui comprend également les dommages aux véhicules, les indemnités versées aux travailleurs blessés, les frais juridiques, les temps d’immobilisation ainsi que les nombreux autres coûts indirects associés aux collisions.

Avatar photo


Donnez votre avis

Vos données ne seront ni publiées, ni partagées.

*