Les données des véhicules connectés peuvent avoir une valeur de renseignement pour des adversaires, selon un document fédéral
Un document interne du gouvernement met en garde que les données provenant d’un véhicule électrique avancé pourraient être utilisées pour suivre des personnes ou mener des activités de surveillance si elles tombaient entre de mauvaises mains.
La note de service de Sécurité publique Canada préparée pour répondre aux préoccupations entourant les véhicules chinois, invite les Canadiens à être conscients des risques pour la sécurité et la vie privée associés aux appareils numériques qu’ils achètent et utilisent.
Plus tôt cette année, le Canada s’est engagé à réduire son tarif douanier de 100% sur les véhicules électriques fabriqués en Chine à 6,1 %, avec un plafond annuel de 49 000 véhicules, en échange d’une réduction des tarifs douaniers chinois sur les produits agricoles canadiens.

La note indique que le Canada doit élargir et renforcer son économie en réponse à un environnement géopolitique en évolution, une démarche jugée nécessaire pour préserver sa souveraineté économique.
«En même temps, l’ouverture de nos marchés à de nouveaux acteurs peut accroître la présence de fournisseurs à haut risque. Les véhicules connectés, tout comme d’autres appareils intelligents ou connectés à Internet, recueillent d’importantes quantités de données sur les Canadiens, lesquelles peuvent avoir une valeur sur le plan du renseignement», indique le document. «Par exemple, un accès non autorisé aux données et aux systèmes des véhicules connectés pourrait être utilisé pour établir les habitudes de vie de certaines personnes ou mener des activités de surveillance de sites sensibles.»
La Presse canadienne a obtenu cette note de service grâce à une demande présentée en vertu de la Loi sur l’accès à l’information. Le document comprend des messages clés ainsi qu’une série de questions et réponses portant sur cet enjeu.
Le document souligne que les entreprises exerçant leurs activités au Canada doivent se conformer à la législation fédérale sur la protection de la vie privée, ou à ses équivalents provinciaux, qui établissent les règles encadrant la collecte, l’utilisation et la divulgation des renseignements personnels.
La note ajoute toutefois qu’il est important de rappeler que les lois sur la sécurité nationale de certains pays, comme la Chine, peuvent obliger les fabricants et les fournisseurs à transmettre des données à leur gouvernement ou à leurs autorités policières nationales.
«Le risque que les données canadiennes recueillies par les véhicules connectés soient consultées et exploitées augmente lorsque ces données sont transmises vers des administrations étrangères ou transitent par celles-ci, là où les cadres de gestion des données sont plus permissifs.»
Selon la note, les véhicules fabriqués en Chine et destinés au marché canadien sont assujettis aux mêmes règlements que les voitures et les camions produits dans d’autres pays. Le fabricant doit notamment certifier que chaque véhicule respecte les normes de sécurité prévues par la Loi sur la sécurité automobile du Canada.
«Toutefois, les technologies liées aux véhicules connectés présentent des menaces croissantes pour la sécurité, notamment au sein de la chaîne d’approvisionnement. Le gouvernement évalue actuellement ces risques afin de déterminer s’il est nécessaire de mettre en place des outils supplémentaires.»
Le document indique que des risques pour la sécurité sont également associés à toute une gamme d’autres appareils connectés, notamment les téléphones mobiles, le matériel de réseau, les caméras vidéo et les drones.
La note ajoute qu’il existe d’importants mécanismes de protection, certains déjà en place, d’autres nécessitant encore d’être élaborés et mis en œuvre, afin de réduire ou de gérer ces risques.
«Chaque Canadien doit également tenir compte des enjeux de cybersécurité, des répercussions sur la vie privée et de la fiabilité des appareils qu’il achète et utilise», indique le document. «À mesure que les menaces évoluent, nos outils doivent eux aussi évoluer.»
Selon le document, les technologies émergentes, comme l’intelligence artificielle, sont de plus en plus intégrées aux appareils connectés au Canada, y compris dans l’industrie automobile, ce qui accroît les capacités et la portée des acteurs malveillants dans le cyberespace. La note prévient que si ces technologies sont déployées sans que des mesures de sûreté et de sécurité soient intégrées tout au long de leur cycle de vie, le Canada pourrait devenir moins apte à se protéger contre les menaces.
La note indique également que la propriété étrangère des infrastructures, comme le cloud, qui soutiennent les appareils connectés peut présenter un risque pour la protection de la vie privée et la cybersécurité.
La note ajoute que la communauté canadienne du renseignement et de la sécurité évalue les menaces et formule des recommandations pour y faire face, notamment en émettant des «avertissements concernant certains fournisseurs à haut risque».
Louis-Carl Brissette Lesage, porte-parole de Sécurité publique Canada, a indiqué que Transports Canada a collaboré avec divers intervenants gouvernementaux, des fabricants et d’autres pays afin d’élaborer des lignes directrices et des outils en matière de cybersécurité des véhicules, établissant des pratiques exemplaires à l’intention de l’industrie.
À titre d’exemple, Transports Canada a publié en mars 2020 le document Vehicle Cyber Security Guidance for Canada, qui présente un ensemble de principes directeurs neutres sur le plan technologique afin de soutenir l’industrie, a indiqué Louis-Carl Brissette Lesage dans une réponse transmise par courriel à des questions des médias.
Il a ajouté que Transports Canada mène également des recherches sur les technologies émergentes liées aux véhicules et collabore activement avec ses homologues internationaux au sein de la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE-ONU) afin d’élaborer des normes réglementaires mondiales pour les systèmes de conduite automatisée, notamment en ce qui concerne la sécurité des véhicules.
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