Les entreprises associent l’IA aux licenciements, mais la réalité est plus nuancée
La seule chose dont N. Lee Plumb est certain à propos de son licenciement chez Amazon, c’est que ce n’est pas parce qu’il ne soutenait pas les projets d’intelligence artificielle de l’entreprise.
Responsable de la «mise en œuvre de l’IA» au sein de son équipe, M. Plumb affirme avoir utilisé de manière intensive l’outil de codage propulsé par l’IA développé par Amazon, au point d’avoir été identifié comme l’un de ses principaux utilisateurs internes.

Et pourtant, comme quelque 16 000 autres employés récemment congédiés, il a été touché par la vague de compressions attribuées, selon certains, à la volonté du PDG Andy Jassy de «rationaliser les effectifs grâce à l’intensification de l’utilisation de l’IA à l’échelle de l’entreprise».
L’IA comme argument boursier?
Mais la réalité est plus complexe. Selon M. Plumb, et plusieurs économistes, les entreprises pourraient instrumentaliser l’IA dans leurs communications, sans que cette dernière soit la cause réelle des licenciements.
«L’IA doit générer un retour sur investissement», souligne M. Plumb, qui a travaillé huit ans chez Amazon.
«Lorsque vous réduisez vos effectifs, vous démontrez de l’efficacité, vous attirez davantage de capitaux et le cours de l’action augmente.»
Amazon, de son côté, affirme dans un communiqué que l’IA n’est pas la raison principale de la majorité des réductions de personnel : «Ces changements visent à renforcer notre culture d’entreprise en réduisant les niveaux hiérarchiques, en améliorant l’appropriation des projets et en limitant la bureaucratie.»
Une transformation plus lente que prévu
Même pour les entreprises qui adoptent activement l’IA, les impacts sur l’emploi sont moins immédiats qu’on pourrait le croire.
«Nous ne savons tout simplement pas», déclare Karan Girotra, professeur à la Cornell University.
«Non pas parce que l’IA n’est pas puissante, mais parce qu’elle nécessite beaucoup d’ajustements. Et les gains de productivité qu’elle génère profitent souvent davantage aux employés individuels qu’à l’organisation dans son ensemble.»
Selon lui, les véritables réductions de personnel associées à l’IA exigeraient une restructuration organisationnelle importante, ce qui n’est pas forcément le cas actuellement chez Amazon, dont les coupes semblent plutôt liées à l’embauche massive post-pandémie.
Des cas où l’IA est mise en avant
Certaines entreprises ont toutefois cité l’IA de manière explicite. Pinterest a réduit ses effectifs de 15 %, affirmant vouloir réaffecter des ressources à des postes axés sur l’IA.
Expedia a suivi une logique similaire, bien que des postes spécialisés en IA aient également été éliminés.
Dow, quant à elle, a lié ses 4 500 licenciements à un plan stratégique misant sur l’IA et l’automatisation pour augmenter la productivité.
Mais selon Girotra, ces justifications sont souvent secondaires : «Ceux qui décident des licenciements doivent simplement réduire les coûts. C’est tout. Je ne pense pas qu’ils se soucient réellement de la raison qu’ils donnent.»
Un impact encore limité… pour l’instant
Un rapport récent de Goldman Sachs soutient que l’impact de l’IA sur l’emploi reste pour l’instant limité, malgré des effets potentiels dans des secteurs comme le marketing, l’infographie, le service à la clientèle et les technologies. Ce sont tous des domaines alignés avec les capacités actuelles des IA génératives, comme les chatbots ou les outils de production de contenu.
D’autres motivations à l’œuvre
Enfin, certaines entreprises ne font aucun lien entre IA et compressions. Home Depot, qui a annoncé la suppression de 800 postes au siège social d’Atlanta, explique cette décision par un désir de souplesse et de réactivité, et non par des objectifs d’automatisation.
« Ces décisions sont véritablement motivées par la rapidité, l’agilité, et la volonté de mieux répondre aux besoins de nos clients et de nos équipes sur le terrain », a indiqué le porte-parole George Lane.
L’Associated Press a contribué à cet article.
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