Modernisation de la 389 sur la Côte-Nord : optimisme et scepticisme

0

La ministre du Revenu national (Ottawa), l’honorable Diane Lebouthillier, et la ministre déléguée aux Transports (Québec), Mme Véronyque Tremblay, ont confirmé leur engagement d’investir 468 millions $ dans le programme d’amélioration de la route 389, qui fait 566 kilomètres entre Baie-Comeau et Fermont.

Le gouvernement du Canada versera plus de 183 millions $, la contribution du gouvernement du Québec s’élevant à 285 millions $, dont 190 proviennent de la Société du Plan Nord et 95 du ministère des Transports.

La route 389 est dans un état qui est décrié depuis plusieurs années par les intervenants du transport qui la fréquentent autant que par les services d’urgence qui sont appelés à y intervenir. Sa revitalisation annoncée « facilitera l’accès au territoire situé au nord du 49e parallèle », indique le communiqué émis en marge de l’annonce de l’investissement conjoint fédéral-provincial. Un meilleur accès à cette portion de la Côte-Nord vise à améliorer la qualité de vie des résidents ainsi qu’à soutenir l’activité minière qui s’y trouve déjà et celle qui pourrait s’y greffer.

La circulation est particulièrement pénible sur la 389 en conditions hivernales. Image : Radio-Canada/YouTube.

La nature des travaux

Selon les documents obtenus par Transport Routier auprès du ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports, les travaux à venir et qui doivent s’échelonner sur un horizon de 10 ans sont divisés en cinq projets distincts, qui seront réalisés en parallèle :

  • Projet A : de Fire Lake à Fermont (du kilomètre 478 au kilomètre 566) : nouveaux tracés et réfection de la route actuelle.
  • Projet B : Baie-Comeau à Manic-2 (du kilomètre 0 au kilomètre 22) : réfection de la route actuelle et nouveau tracé entre les kilomètres 0 à 4.
  • Projet C : secteur sinueux au nord de Manic-5 (du kilomètre 240 au kilomètre 254) : nouveau tracé.
  • Projet D : Manic-2 au nord de Manic-3 (du kilomètre 23 au kilomètre 110) : correction de courbes.
  • Projet E : nord de Manic-3 à Manic-5 (du kilomètre 111 au kilomètre 212) : correction de courbes.

Le voir pour le croire

Pour Norbert Demers, président de Transport OSI dont les camions empruntent la 389 sur une base régulière, l’annonce est une bonne nouvelle en soi, pour peu qu’elle soit suivie d’actions concrètes puisque, dit-il, ce n’est pas la première fois que les autorités gouvernementales s’engagent à revamper la 389.

« C’est du réchauffé », déclare-t-il au sujet de cette annonce. « Je fais partie du comité de la 389 depuis sept ou huit ans. Je m’y suis impliqué après avoir entendu une présentation de Jean Charest à Trois-Rivières », précise-t-il.

Ce comité compte notamment dans ses rangs des représentants de la SAAQ, de Contrôle routier Québec, d’Hydro-Québec, de Transport Morneau-SEGO, de la Sûreté du Québec et de la minière ArcelorMittal.

Ayant pris connaissance de la nature des travaux prévus, Norbert Demers demeure sceptique : « Ce sont toutes des choses dont j’ai entendu parler, pour lesquelles on m’a fait des présentations. Ce sont des projets dont ils font de petits bouts d’année en année », dit-il, admettant du même souffle que le dossier évolue. « Il y a des améliorations qui se font progressivement. Ils font de l’asphaltage, ils coupent dans le bois pour donner une meilleure visibilité dans les courbes. À bien des endroits, si tu rencontres un “wide load ”, il faut que tu te tasses. Tu cherches des places pour te tasser sinon tu vas te ramasser dans le ravin », témoigne le président de Transport OSI.

L’un des principaux problèmes serait la surface de roulement, souvent boueuse lorsque le gravier épandu s’enfonce dans le sol au passage des camions ou est projeté dans les fossés par le travail des niveleuses.

Le gravier de la 389 fait rapidement place à la boue suite au passage des camions et des niveleuses, selon Norbert Demers. Photo : Transport OSI.

Un autre irritant pour les transporteurs de matières dangereuses (matériel destiné aux explosifs utilisés par les mines) est la présence de plusieurs passages à niveau où ils ont l’obligation de faire un arrêt complet. Les entreprises minières utilisent en effet le mode ferroviaire pour le transport du minerai extrait, même si des camions sont utilisés pour transporter leurs pièces de rechange ou encore des produits chimiques destinés aux opérations de sautage.

Les accotements instables causent également des soucis. Les longues distances entre les points de service et le temps requis aux services d’urgence pour porter secours aux usagers de la route en panne posent aussi problème.

Les camions de Transport OSI et des autres firmes qui desservent le territoire via la 389 approvisionnent également les communautés plus au nord, comme celle de Fermont, en denrées alimentaires et autres produits de consommation courante.

« Le plus grand et urgent besoin de cette route, c’est le dernier sinueux, de Fire Lake au kilomètre 478 au kilomètre 566 qu’ils sont supposés faire très prochainement. C’est presque impraticable à certains endroits, tu cales jusqu’au différentiel. Ça prend des bulldozers pour te sortir de là. »

En plus des maux de tête liés à la sécurité des chauffeurs, l’état de la route causerait des coûts additionnels aux entreprises de camionnage qui l’utilisent. « À partir de Baie-Comeau, on paie nos chauffeurs à l’heure jusqu’à l’autre bout, en haut, peu importe le temps que ça prend. Même s’il a une crevaison ou qu’il reste pris, ce qui arrive pratiquement chaque fois, on paie le gars à l’heure », explique Norbert Demers. Selon lui, les rares compagnies de transport qui paient leurs chauffeurs à la distance sur la 389 sont celles qui sont peu familières avec elle.

Les aléas de cette route seraient particulièrement éprouvants pour les composantes mécaniques des camions et, si une panne survient, les frais de dépannage ou de remorquage seraient beaucoup plus élevés qu’ailleurs, en raison de la distance à parcourir. « Dans les taux qu’on facture, il faut mettre de 30% à 50% de supplément », déclare M. Demers au sujet des trajets effectués sur la 389. Il estime que, lorsque tout se passe bien, le trajet de 566 km en camion prend de sept à huit heures en raison des vitesses réduites.

Les Innus veulent être consultés

De son côté, le conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam dit se désoler de ne pas être reconnu par les gouvernements comme un partenaire de premier plan en lien avec les projets sur ce qu’il considère être son territoire ancestral, rapporte l’agence CNW.

« Malgré les nombreuses lettres qui ont été acheminées au cours des dernières années aux divers ministres responsables du dossier des transports au Québec, nos demandes sont toutes demeurées sans réponse », a déclaré le Chef Mike McKenzie. « On n’est pas contre le développement responsable sur notre territoire, pourvu que les gouvernements et les promoteurs nous considèrent comme de réels partenaires et opèrent dans le respect de nos droits », a-t-il ajouté.

Partager.

Laisser une réponse