Nouvelle stratégie de défense : des milliards en jeu pour la logistique et le transport au Canada
La nouvelle stratégie industrielle de défense présentée par la ministre de l’Industrie du Canada, Mélanie Joly, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, marque un virage majeur dans la politique économique fédérale. Si elle vise d’abord la souveraineté militaire, ses retombées dépasseront largement le seul secteur de l’armement. Pour les transporteurs routiers, les gestionnaires de flottes et les fournisseurs de composants, il s’agit d’un chantier qui pourrait redessiner des pans entiers des chaînes d’approvisionnement canadiennes au cours de la prochaine décennie.
«La sécurité nationale et la sécurité économique vont de pair», a affirmé la ministre devant les gens d’affaires montréalais. «On ne le fait pas pour les Américains, on le fait pour nous. Notre objectif est d’être en position de force et de ne plus être en situation de vulnérabilité.»

Le gouvernement prévoit 500 milliards de dollars d’investissements en approvisionnement et en infrastructures d’ici 2035 et se donne comme objectif la création de 125 000 emplois bien rémunérés. La part des achats effectués auprès d’entreprises canadiennes passerait de 43 % à 70 %, et 85 % des investissements seraient liés à de la recherche et développement réalisée au pays.
«On veut construire ici, développer notre propriété intellectuelle ici et créer des emplois ici», a insisté la ministre. Le message est clair : réduire la dépendance aux États-Unis et renforcer la capacité industrielle nationale. Pour le camionnage, cela pourrait se traduire par une hausse substantielle des volumes domestiques à transporter — acier, aluminium, équipements spécialisés, composantes mécaniques, systèmes électroniques et solutions technologiques.
Parmi les projets évoqués figurent 12 sous-marins, 15 destroyers, 6 navires de patrouille pour l’Arctique, 2 brise-glaces, des avions de chasse, des systèmes satellites et des contrats majeurs en munitions. Des entreprises comme Bombardier et CAE ont été citées en exemple pour illustrer les capacités industrielles nationales.
«Il n’y aura plus de tabou à soutenir nos entreprises canadiennes», a lancé Mélanie Joly, soulignant que l’approvisionnement fédéral doit aussi servir de moteur industriel. «Quand on investit l’argent des contribuables, on doit être capables de créer des emplois et des retombées ici.»
Une augmentation des commandes publiques destinées à ces grands donneurs d’ordres entraînera une pression accrue sur leurs réseaux de fournisseurs — et donc sur les besoins en transport interusines, en livraisons spécialisées et en logistique synchronisée. Pour les transporteurs, cela signifie des flux potentiellement plus importants, mais aussi des exigences accrues en matière de traçabilité, de conformité et de sécurité.
La stratégie repose sur trois principes : construire au Canada lorsque les capacités existent, établir des partenariats lorsque nécessaire et acheter à l’étranger seulement en dernier recours. Pour être considérée comme entreprise canadienne, une organisation devra générer au moins 70% de sa valeur au pays.
«Le but, ce n’est pas d’être une économie de succursales, mais une économie de décideurs», a résumé la ministre, insistant sur la volonté de développer des chaînes de valeur complètes sur le territoire canadien.
À Montréal, l’écosystème aéronautique et technologique a été présenté comme un atout stratégique pour capter ces investissements. Pour les transporteurs québécois et canadiens, cela pourrait signifier une intensification des échanges entre les pôles industriels, les installations portuaires et les grands corridors interprovinciaux.
Si la stratégie se concrétise comme annoncé, elle pourrait stimuler la fabrication locale, relocaliser certaines étapes de production et accroître les volumes à transporter au pays. Autrement dit, la défense pourrait devenir, indirectement, l’un des plus importants moteurs de croissance pour les chaînes d’approvisionnement canadiennes, et pour le transport routier qui en constitue l’épine dorsale.
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