Préparer vos chauffeurs pour les DCE

Steve Bouchard

Dire que 2020 a été une année de perturbations dans l’industrie du camionnage serait un euphémisme, surtout en ce qui concerne les chauffeurs qui ont été en première ligne depuis le début de la pandémie de COVID-19.

C’est pour cette raison et bien d’autres que les transporteurs et les gestionnaires de flotte veulent minimiser le nombre de facteurs externes qui perturbent leurs chauffeurs. Mais avec le règlement sur les dispositifs de consignation électronique (DCE) canadien, qui doit être cimenté dans les livres de droit en juin prochain, ceux qui n’ont pas encore renoncé aux fiches journalières papier devront faire face à un autre facteur perturbant leur gagne-pain.

Les flottes peuvent prendre plusieurs dispositions pour assurer à leurs chauffeurs une transition en douceur des fiches journalières papier aux DCE.

N’attendez pas l’entrée en vigueur du règlement

Selon l’un des plus importants transporteurs en Amérique du Nord, la clé de ce succès consiste à commencer la transition tôt pour s’assurer que les chauffeurs auront tout le temps nécessaire pour être correctement formés et se familiariser avec le dispositif.

«Nous avons également procédé à un déploiement échelonné par flotte afin de pouvoir apporter le soutien nécessaire aux chauffeurs qui avaient besoin d’aide», explique Stephanie Fensom, responsable de la sécurité chez Bison Transport. «Cela nous a également permis de procéder à des ajustements en cours de route si nous trouvions des lacunes, afin de rendre la poursuite du déploiement plus fluide. Toutes les deux semaines, nous avons ajouté une nouvelle flotte.»

André Bissonnette, responsable de la conformité des opérations chez Transport Y.N. Gonthier à Lévis, a chapeauté l’implantation des DCE dans deux flottes. Il rencontre chaque chauffeur un par un pour lui expliquer en détail le fonctionnement du système. «Beaucoup de paramètres peuvent être configurés», précise-t-il. «Une fois que les paramètres du système ont été simplifiés, et c’est très important de les simplifier, la formation des chauffeurs peut commencer. J’ai formé des chauffeurs de 74 ans qui font des États-Unis et qui n’ont même pas de téléphone intelligent. C’est sûr que les jeunes comprennent plus vite, mais pour les autres c’est réglé au bout d’une semaine ou deux.»

«Nous avons pris notre temps pour implanter le système. Nous avons commencé par regarder comment nos gens travaillaient. Nous avions le DCE, mais pas les chauffeurs. Ils n’étaient pas au courant. Cela nous a permis de faire des comparaisons entre les DCE et les fiches papier», explique Denis Côté, directeur de la sécurité routière au Groupe Guilbault.

Il insiste sur l’importance d’analyser les trajets, en particulier ceux qui n’offrent aucune marge de manœuvre, et de les modifier au besoin.

«Nous avons analysé nos routes et avons a fait quelques changements aux routes les plus serrées et les plus problématiques, mais c’était des changements mineurs», assure-t-il, ajoutant qu’aucun trajet n’a été annulé. «Il n’y a plus de porte de sortie avec les DCE, alors ça prend une bonne planification.»

Selon M. Côté, il faut compter environ six mois pour analyser les trajets en profondeur. Il suggère donc aux transporteurs qui n’ont pas encore adopté les DCE de s’y mettre immédiatement ou en janvier 2021 au plus tard.

«Les chauffeurs doivent se sentir encadrés et savoir qu’on est là pour trouver des solutions.»

Greg Munden, président de Munden Ventures à Kamloops, en Colombie-Britannique, est d’accord pour dire qu’une adoption précoce est importante pour une transition réussie vers les DCE.

Et, puisqu’il ne reste que huit mois avant l’entrée en vigueur du règlement sur les DCE au Canada, M. Munden dit que le temps est venu de faire le changement.

Identifiez les influenceurs internes

«Il reste suffisamment de temps pour faire une transition en douceur vers les DCE. Imposer à la hâte le changement aux chauffeurs en mai 2021 en vue d’une mise en vigueur au mois de juin va augmenter la pression sur tout le monde», croit M. Munden, qui recommande aux flottes de choisir des «influenceurs internes» qui maîtrisent la technologie ou qui ont déjà une expérience avec les DCE, afin d’aider les autres chauffeurs à faire le changement.

«La transition de certains d’entre eux vers les DCE permettra à vos autres chauffeurs de les questionner sur la nouvelle solution et de bénéficier d’une aide interne, de chauffeur à chauffeur, une fois qu’elle aura été mise en place à plus grande échelle.»

Chris Stepto, responsable de la sécurité chez Berry and Smith Trucking, se fait l’écho de cette approche.

«Impliquez d’abord certains des chauffeurs les plus à l’aise avec la technologie. Arrangez-vous pour que ces chauffeurs contribuent à la sélection et aux essais des fournisseurs de DCE», a-t-il déclaré. «Ils seront vos meilleurs arguments de vente auprès des autres chauffeurs. Ces chauffeurs permettront d’obtenir quelque chose de mieux pour l’entreprise et les conducteurs.»

Parlez-en à votre groupe de chauffeurs

M. Munden suggère également aux transporteurs de choisir judicieusement les DCE qui conviennent à leur flotte, et d’avoir une conversation avec leurs chauffeurs sur ce à quoi ils peuvent s’attendre de la transition.

«Ce serait une grosse erreur de surprendre les chauffeurs avec une transition rapide, sans avoir eu de discussions avec votre groupe de chauffeurs au préalable», prévient-il. «Personne n’aime le changement, et les entreprises peuvent faciliter la transition en dissipant l’essentiel des mythes qui sont associés aux DCE.»

L’éducation constitue une importante partie du processus.

Conservez une sauvegarde

James Mott est instructeur principal de Gennaro Transport Training et travaille avec Women Building Futures pour aider à enseigner aux nouveaux chauffeurs de classe 1 les tenants et les aboutissants des DCE. Il prévient que, même avec l’avènement d’une nouvelle technologie pour aider à suivre les heures de service d’un chauffeur, il est important de ne pas oublier de conserver une sauvegarde en cas de dysfonctionnement.

«Je crois vraiment que chaque conducteur de véhicule lourd, quelle que soit son expérience, devrait comprendre comment remplir la version papier des fiches journalières en cas de défaillance technologique. Aussi, les formateurs devront répondre à des questions concernant les DCE et expliquer pourquoi le nouveau système signalera des infractions qu’un chauffeur ne comprend pas», prévient pour sa part Chris Stepto.

Mettez en place des campagnes d’information

Dan Columbus, vice-président de la santé, de la sécurité et de l’environnement pour Westcan Bulk Transport, explique qu’en plus du déploiement progressif des DCE, on peut mettre en place des campagnes d’information qui comprennent des affiches, des sessions d’accompagnement, des réunions sur la sécurité ainsi qu’un programme de formation complet avec des éléments théoriques et pratiques.

«Sélectionnez des chauffeurs d’élite pour commencer à tester le nouveau système», recommande-t-il. «Ils deviendront des ambassadeurs et entraîneront les autres chauffeurs.»

N’oubliez pas les répartiteurs

Les répartiteurs ont également une influence directe sur les chauffeurs, étant donné la relation étroite qui existe entre les deux. Et, comme le souligne Stephanie Fensom, il est important pour les flottes de garder en tête que l’utilisation des DCE ne change en rien la réglementation sur les heures de service.

«Cela permet à un répartiteur d’avoir une vue en temps réel sur les heures de service des chauffeurs afin de soutenir le processus de planification», souligne-t-elle.

M. Munden pense que les transporteurs qui utilisent des fiches papier de manière légale ne verront peu ou pas d’incidence opérationnelle avec l’adoption des DCE.

Les répartiteurs, cependant, verront un changement positif.

«Les DCE vont rendre leur travail plus simple», assure M. Munden, «car ils auront accès à des données en temps réel sur les heures disponibles pour leurs chauffeurs et ils pourront jongler de manière proactive avec l’affectation des chargements aux chauffeurs qui disposent d’heures pour répondre aux besoins des clients.»

D’un autre côté, M. Munden souligne que les transporteurs qui ne respectent pas les heures de service verront leurs activités fortement affectées, et les répartiteurs qui incitent les chauffeurs à poursuivre leur trajet sous prétexte que «le chargement doit simplement arriver à destination» devront changer leur façon de faire.

Ceci, a-t-il dit, est une bonne chose.

«Pour les entreprises et les chauffeurs qui sont frustrés depuis longtemps parce qu’ils respectent la réglementation, alors qu’ils sont en concurrence avec ceux qui ne la respectent pas, les DCE représentent la meilleure occasion pour l’industrie d’avoir des règles équitables», de conclure M. Munden.

«Nous utilisons des DCE depuis plus de six ans. Aucun de nos chauffeurs ne reviendrait à des fiches journalières papier.»

Steve Bouchard

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 20 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News.

Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom.

Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun.

Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.

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