Schneider prévoit un resserrement de la capacité de camionnage, une hausse des tarifs et des occasions liées à l’autonomie

Schneider National s’attend à ce que le resserrement de la capacité de camionnage soutienne l’amélioration des tarifs de transport jusqu’en 2027, même sans reprise importante de la demande de fret, alors que le renforcement des mesures d’application de la réglementation et le resserrement des processus de vérification des transporteurs continuent de transformer l’industrie américaine du camionnage.

Lors de la conférence Morgan Stanley Laguna, le 15 septembre, Jim Filter, président et chef de la direction de Schneider, et Darrell Campbell, chef de la direction financière, ont expliqué comment le transporteur s’adapte à l’évolution des conditions du marché, notamment en réduisant son réseau de transporteurs approuvés pour ses activités de courtage de 60 000 à 14 000, en augmentant de façon ciblée la rémunération des conducteurs et en se préparant au déploiement commercial de camions autonomes.

(Photo : Schneider National)

M. Filter a indiqué que la demande de transport de marchandises demeure stable et que certains secteurs affichent une certaine vigueur, même si deux importants moteurs de cette activité, la production automobile et la construction résidentielle, n’ont pas encore montré de signes marqués d’amélioration.

Les changements les plus importants se produisent plutôt du côté de la capacité de transport.

«Nous n’avons pas nécessairement besoin d’une hausse de la demande», a déclaré M. Filter, expliquant que les réductions de capacité ont déjà créé de nouvelles occasions pour Schneider. Le défi immédiat de l’entreprise consiste à améliorer la productivité des conducteurs et à déterminer où investir pour accroître sa capacité.

Les expéditeurs préoccupés par la capacité de transport

M. Filter a indiqué que les expéditeurs sont de plus en plus préoccupés par leur capacité à obtenir des services de camionnage fiables à l’approche de la période de pointe du transport de marchandises.

«Je reçois même des appels», a-t-il souligné, faisant référence à des clients préoccupés par leur capacité à trouver des transporteurs pour acheminer leurs marchandises. Certains éprouvent des difficultés avec leurs transporteurs actuels et lancent de petits appels d’offres afin de sécuriser leur capacité de transport avant octobre.

M. Filter a attribué une grande partie de l’évolution de l’offre de capacité au renforcement de la surveillance de la formation initiale des conducteurs, des mesures d’application liées à l’immigration et de la manipulation des dispositifs de consignation électronique (DCE).

Il a indiqué que l’industrie avait absorbé environ 50 000 conducteurs longue distance supplémentaires sur une période relativement courte, certains étant entrés sur le marché avec des coûts d’exploitation que Schneider jugeait insoutenables.

Il a également soulevé des préoccupations concernant des DCE auto-certifiés de façon inadéquate qui permettent au personnel administratif de manipuler les registres des heures de service des conducteurs, notamment dans des entreprises où les répartiteurs sont établis à l’étranger.

M. Campbell s’attend à ce que les réductions de capacité liées au renforcement des mesures d’application de la réglementation se poursuivent en 2027, ce qui pourrait prolonger la reprise du marché du transport de marchandises au-delà de l’année prochaine. Après quatre années de conditions de marché difficiles, Schneider considère 2026 comme la première année de la reprise.

M. Filter estime également que les tarifs au comptant ont encore une marge de progression, ce qui pourrait permettre de réduire l’écart entre les tarifs au comptant et les tarifs contractuels lors des prochaines négociations avec les clients.

Le réseau de transporteurs de courtage réduit de 77%

Schneider a également considérablement réduit le nombre de transporteurs auxquels elle fait appel dans ses activités logistiques, en réponse aux vols de marchandises et aux préoccupations croissantes en matière de responsabilité.

M. Filter a indiqué que l’entreprise avait réduit son réseau de transporteurs approuvés pour ses activités de courtage, le faisant passer de 60 000 à 14 000 transporteurs, soit une diminution de près de 77%.

Cette initiative a d’abord été mise en place pour lutter contre le vol de marchandises, mais elle a des répercussions plus larges alors que les courtiers font l’objet d’une surveillance accrue quant aux transporteurs qu’ils choisissent.

M. Filter a expliqué qu’il ne suffisait plus de simplement vérifier l’autorisation d’exploitation et d’exclure les transporteurs ayant une cote de sécurité conditionnelle ou insatisfaisante. Schneider a donc mis en place des mesures de vérification supplémentaires afin de mieux protéger les marchandises de ses clients.

Il estime que d’autres grands courtiers pourraient devoir entreprendre des démarches similaires.

M. Campbell s’attend à ce que les exigences de qualification des transporteurs deviennent plus strictes, ce qui pourrait entraîner une hausse des coûts d’assurance et rendre la couverture inaccessible à certains transporteurs.

Les dirigeants ont également abordé les répercussions potentielles de l’affaire Montgomery, notamment une exposition accrue à la responsabilité pour les courtiers et, possiblement, pour les expéditeurs.

M. Campbell a indiqué qu’une plus grande clarté concernant l’obligation de diligence raisonnable et la sélection des transporteurs serait souhaitable, particulièrement compte tenu de l’incertitude créée par les litiges dans différents États.

Schneider estime que ces développements pourraient réduire davantage la capacité de camionnage, tout en incitant les expéditeurs à confier une plus grande part de leurs marchandises à de grands transporteurs disposant de leur propre flotte.

La rémunération des conducteurs commence à augmenter

Alors que la capacité se resserre, Schneider a commencé à augmenter de façon ciblée la rémunération de ses conducteurs.

Filter a fait état d’une amélioration de la productivité des conducteurs de l’ordre de 7 à 9 % au cours des premier et deuxième trimestres de 2026. Ces gains ont contribué à accroître les revenus des conducteurs tout en permettant d’augmenter la capacité de transport sans hausse correspondante du nombre de véhicules.

L’entreprise a commencé à mettre en œuvre des augmentations salariales ciblées au cours du deuxième trimestre, en mettant l’accent sur la rétention de ses conducteurs les plus productifs.

M. Filter a toutefois souligné que les clients doivent contribuer à financer cette hausse de la rémunération. À mesure que les expéditeurs recherchent davantage de capacité et acceptent des tarifs plus élevés, Schneider consacre une partie des revenus supplémentaires à la rémunération de ses conducteurs.

L’entreprise continue également d’investir dans l’amélioration de la productivité plutôt que de miser uniquement sur l’expansion de sa flotte.

Les camions autonomes pourraient se traduire par un plus grand nombre de conducteurs

À plus long terme, M. Filter a présenté une perspective intéressante sur le camionnage autonome : Schneider pourrait éventuellement employer davantage de conducteurs après le déploiement de camions autonomes qu’elle n’en emploie aujourd’hui.

Il envisage que les camions autonomes prennent en charge les trajets longue distance sur autoroute, tandis que des conducteurs humains assureraient les livraisons du premier et du dernier kilomètre. Ces emplois permettraient de plus en plus aux conducteurs de rentrer chez eux chaque jour, ce qui pourrait rendre les carrières dans le camionnage plus attrayantes.

Schneider a recentré ses partenariats en matière de technologies de conduite autonome sur Aurora et Torc, après avoir auparavant collaboré avec d’autres fournisseurs.

M. Filter s’attend à ce que les fabricants commencent à offrir des camions spécialement conçus pour la conduite autonome en 2027, faisant ainsi passer le défi de la validation de la technologie au développement de réseaux d’exploitation commercialement viables.

Il a comparé le camionnage autonome au transport intermodal, où la rentabilité repose sur un équilibre entre les mouvements longue distance et des réseaux locaux efficaces de collecte et de livraison.

L’entretien constituera également un élément crucial. M. Filter a souligné que les dépenses d’entretien d’un camion ayant parcouru de 700 000 à 800 000 milles (1,12 à 1,28 million de km) peuvent être environ cinq fois plus élevées que durant sa première année d’exploitation.

Les camions autonomes devront fonctionner presque continuellement afin de générer les avantages économiques attendus, ce qui rendra la fiabilité des équipements et la réduction des temps d’immobilisation particulièrement importantes.

Schneider se concentre donc sur la conception de son réseau, l’emplacement de ses terminaux et les infrastructures nécessaires à un déploiement à plus grande échelle, plutôt que de simplement multiplier les essais de démonstration.

(Photo : Schneider)

Les prix élevés du diesel favorisent le transport intermodal

Parallèlement, les prix élevés du diesel créent des occasions pour les activités intermodales de Schneider. M. Filter a relevé trois conditions favorables : des prix élevés du carburant, l’amélioration des tarifs du transport par camion complet et la bonne qualité du service ferroviaire.

Le transporteur limite toutefois délibérément la croissance de ses activités intermodales à ce que son réseau de camionnage de courte distance peut prendre en charge de façon rentable.

Du côté du transport par camion complet, les programmes de surcharge carburant de Schneider permettent généralement de compenser la hausse des dépenses en diesel, bien que des augmentations rapides des prix puissent entraîner un certain délai avant que les coûts supplémentaires soient entièrement récupérés.

M. Campbell a indiqué que l’entreprise maintient également une approche disciplinée en matière d’achat d’équipements. L’amélioration de la productivité des camions a réduit ses besoins en véhicules supplémentaires, tandis que les achats de remorques ont été réduits afin de maintenir un ratio plus serré entre le nombre de remorques et de tracteurs.

Schneider demeure intéressée par les acquisitions, particulièrement dans le secteur du transport dédié, mais M. Campbell a indiqué que l’entreprise ne conclura pas de transactions à tout prix simplement pour respecter son objectif précédemment annoncé de réaliser une acquisition tous les 12 à 18 mois.


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