Séminaire du CTCQ : comprendre l’importance de l’alignement
Un véhicule bien aligné est un véhicule en santé. Pourtant, de nombreux transporteurs ne prennent pas pleinement en compte l’importance de cette étape d’entretien. C’est afin de sensibiliser ses membres à cette réalité que le Comité technique du camionnage du Québec (CTCQ) les a conviés chez Camions BL, à Granby, pour un séminaire technique consacré à l’alignement.
Le séminaire se déroulait en deux volets : une présentation sur les bonnes pratiques en matière d’alignement, offerte par Daniel Houle, directeur de la formation et de la qualification au Comité paritaire de l’industrie des services automobiles (CPA) des Cantons-de-l’Est, suivie d’une démonstration pratique réalisée sur un camion.

Pourquoi aligner?
M. Houle a expliqué qu’un alignement adéquat procure plusieurs bénéfices, notamment une réduction de la consommation de carburant, une prolongation de la durée de vie des pneus, une diminution de la fatigue du chauffeur — particulièrement en longue distance — ainsi qu’une réduction du stress exercé sur les composantes de la suspension.
Il recommande de faire aligner un véhicule au moins une fois par année. «L’alignement est souvent préventif pour empêcher l’usure prématurée des pneus», a-t-il précisé, ajoutant qu’une erreur minime, comme une différence de réglage d’un huitième de pouce, peut entraîner un frottement important et accélérer à la fois l’usure et la consommation de carburant.
Il est important de considérer l’ensemble du véhicule, soit le tracteur et la remorque. «Ça fait partie d’un tout. Un peut avoir un effet sur l’autre, et vice-versa», a expliqué M. Houle. «Si le camion et la remorque ne sont pas bien alignés, tout va travailler plus fort.»

Le pré-alignement
L’alignement est un processus qui exige une grande précision, d’où l’importance d’une préparation adéquate lors du pré-alignement. «C’est une étape cruciale, mais souvent mise de côté», a souligné M. Houle.
Il est d’abord essentiel de bien comprendre la plainte initiale. «Pourquoi faut-il aligner ce camion? Si je ne le sais pas, je ne connais pas le problème. Le mécanicien doit comprendre sur quoi il travaille», a-t-il expliqué.
Le pré-alignement est également l’occasion de vérifier les bases du véhicule, comme la pression des pneus, l’état des suspensions et des essieux. Aligner des composantes usées ne donnera qu’un résultat temporaire et entraînera un retour rapide du problème. Ainsi, toute pièce défectueuse doit être remplacée avant l’alignement, faute de quoi le travail devra être refait.
M. Houle recommande notamment d’exiger un diagnostic préalable, de conserver un rapport d’alignement et de demander un suivi de l’usure des pneus. «Ce sont ces petites questions qui permettent de régler les problèmes plus rapidement, de maximiser les économies, d’étirer la durée de vie des pneus et de donner un répit à la personne assise derrière le volant», a-t-il indiqué. Il invite aussi les gestionnaires à faciliter le travail des mécaniciens, par exemple en précisant la marque des essieux.
Les paramètres d’alignement
L’alignement d’un véhicule repose sur plusieurs mesures clés :
- Déport latéral : ne doit jamais dépasser un quart de pouce
- Angle de poussée : doit être le plus près possible de 0 ou légèrement négatif
- Angle de ripage : doit être près de 0; sinon, il cause une usure prématurée des pneus et tire le camion de côté
- Carrossage : mesure non ajustable; hors spécification, elle indique un essieu avant croche ou des pièces défectueuses, entraînant une usure rapide des pneus
- Chasse : inclinaison du point de pivot de la direction, ajustable à l’aide de cales entre l’essieu et les lames
- Parallélisme : différence entre l’avant et l’arrière de la roue; il s’agit de l’ajustement le plus fréquent et de la principale cause d’usure prématurée des pneus avant, en plus de nuire à la stabilité
La procédure d’alignement est généralement similaire d’un véhicule à l’autre et comprend les étapes suivantes :
- Mesure du déport latéral
- Compensation des défauts de jante ou de position et fiabilisation des mesures
- Mesure de la chasse
- Ajustement de l’alignement de l’essieu de référence (habituellement le dernier essieu)
- Ajustement de l’angle de ripage
- Ajustement de la chasse avant
- Ajustement du parallélisme avant et centrage du volant
- Réalisation des apprentissages requis du véhicule
L’utilisation d’outils informatiques permet d’obtenir des mesures précises et de faciliter le travail. Toutefois, M. Houle rappelle de ne pas se fier uniquement aux codes de couleur. Une mesure en vert indique qu’elle se situe dans une tolérance, donc à la limite d’un dérèglement. Les spécifications des fabricants demeurent la référence idéale.
Le post-alignement
Une fois l’alignement complété, certaines vérifications demeurent essentielles, comme s’assurer que l’angle de braquage et le centrage du volant sont à 0, ou encore effectuer un essai routier pour confirmer que le problème est corrigé. Le rapport d’alignement constitue toutefois une étape incontournable.
Celui-ci comporte deux volets : les mesures prises avant l’alignement et celles relevées après les ajustements. « Avec ce rapport, vous avez toutes les mesures à l’entrée et à la sortie du véhicule. Les gestionnaires de flotte peuvent ainsi confirmer le travail effectué », a expliqué M. Houle.
Il a conclu en rappelant l’importance de porter attention aux petits détails pouvant affecter le comportement routier et l’usure des pneus, tout en gardant à l’esprit que des problèmes liés à la remorque — comme l’angle de poussée ou le ripage — peuvent générer les mêmes effets sur le camion.
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