SNC 2026 : célébrer ceux qui ont aidé l’industrie au fil des années
La Semaine nationale du camionnage sera cette année l’occasion de célébrer les travailleurs qui font rouler l’industrie, mais aussi de mesurer le chemin parcouru par un secteur qui a dû profondément se transformer au cours des dernières années.
La semaine cherche à démontrer comment les camionneurs contribuent au quotidien de la population, d’où le thème de cette année : « Le camionnage transporte tout ce que vous êtes ».
«Au-delà de ce qu’on est, tout ce qu’on achète, tout ce qu’on consomme, le camionnage contribue, bien sûr, à notre vie quotidienne, à nos habitudes», a déclaré Marc Cadieux, président-directeur général de l’Association du camionnage du Québec (ACQ), précisant que derrière les produits consommés, les marchandises achetées et l’activité économique se trouvent des chauffeurs, des mécaniciens, des répartiteurs et de nombreux autres travailleurs qui permettent à la chaîne d’approvisionnement de fonctionner.
Pour l’ACQ, qui supervise les activités et la promotion de la SNC, cette dernière représente également un moment privilégié pour revenir sur la résilience démontrée par l’industrie, souligner le rôle de la formation et réfléchir aux transformations de la main-d’œuvre ainsi qu’aux défis qui attendent le secteur.

Une résilience mise à l’épreuve
La pandémie de COVID-19 demeure un moment charnière pour l’industrie. Si la crise a entraîné son lot de restrictions et d’incertitudes, elle a surtout permis, selon Marc Cadieux, de mettre en évidence la capacité du camionnage à continuer de répondre aux besoins de la société dans des circonstances exceptionnelles.
Restrictions différentes d’une province à l’autre, accès limité à certains lieux publics et bouleversements des habitudes de travail : les transporteurs et leurs employés ont dû constamment s’adapter.
Plutôt que de retenir uniquement les difficultés de cette période, l’ACQ préfère y voir une démonstration de la résilience et de la force de l’industrie ainsi qu’un rappel de son caractère essentiel. «La COVID nous a appris qui on était et ce qu’on pouvait faire», a affirmé Marc Cadieux. «Elle a souligné la résilience, la force et la nécessité de cette industrie à répondre aux besoins d’une société.»
Cette capacité d’adaptation ne s’est toutefois pas limitée à la pandémie. Au fil des années, le camionnage a dû composer avec des transformations réglementaires, technologiques et sociales majeures.
L’arrivée de la télémétrie en est un exemple. Pour des chauffeurs longtemps habitués aux fiches journalières papier, le passage aux outils électroniques n’a pas toujours été simple. Pourtant, plusieurs de ceux qui ont connu cette transition ne souhaiteraient aujourd’hui plus revenir aux anciennes méthodes. Même constat avec l’arrivée des transmissions automatisées, qui ont elles aussi modifié les habitudes derrière le volant.
Des anniversaires importants
La SNC 2026 sera également l’occasion de souligner plusieurs anniversaires, en premier lieu celui de l’ACQ elle-même, qui célèbre ses 75 ans cette année. Au fil de son évolution, l’association a été aux premières loges des changements qu’a connus l’industrie du camionnage au Québec. «Ça va être encore un autre moment pour rappeler tout le cheminement, tout ce qui a été accompli, la mission qu’il y a aussi», a indiqué Marc Cadieux.
Il a ajouté que, même s’il fait partie de l’ACQ depuis 25 ans, les dossiers dans lesquels l’association est impliquée ne sont plus les mêmes aujourd’hui. «Même moi, il y a 25 ans, quand je suis arrivé, il y a des choses, il y a des initiatives dans lesquelles l’ACQ n’était pas impliquée, mais il y avait des défis d’industrie qui n’existaient pas non plus sous le même enjeu.»
Mais l’ACQ n’est pas la seule à célébrer. En effet, deux acteurs importants de la formation professionnelle en camionnage, le Centre de formation du transport routier de Saint-Jérôme (CFTR) et le Centre de formation en transport de Charlesbourg (CFTC), célèbrent cette année leurs 50 ans.
Au-delà de la formation initiale des futurs chauffeurs, les deux établissements entretiennent depuis longtemps des liens étroits avec les entreprises et les organisations de l’industrie, dont l’ACQ. «C’est vraiment en synergie qu’on travaille ensemble», a souligné Sébastien Roy, directeur adjoint du CFTR.
Ils participent notamment à la formation continue et à l’adaptation des compétences aux changements réglementaires et technologiques. Cette collaboration permet également de faire remonter les besoins des entreprises afin d’adapter les programmes de formation aux réalités du terrain.
«Tout au niveau des bourses à nos étudiants, la visite d’assureurs, la visite d’autres associations de camionnage d’autres provinces, c’est à travers l’Association du camionnage qui nous amène des gens chez nous. Ça fait que c’est une situation gagnant-gagnant», a fait valoir M. Roy.
L’évolution des méthodes d’enseignement permet également de mieux couvrir un vaste territoire, notamment en région, où se trouvent des entreprises plus petites. La formation en ligne prend ainsi une place croissante parmi les outils utilisés pour répondre aux besoins du secteur.
«Notre créativité a fait qu’on s’est déployé encore plus. On a répondu aux besoins par de nouveaux types de formations, de nouvelles façons d’enseigner. Notre formation en ligne prend vraiment de l’ampleur et est de plus en plus utilisée», a expliqué Véronique Bradley, directrice adjointe du CFTC.
Les deux centres ont aussi joué un rôle dans plusieurs dossiers structurants pour l’industrie, notamment dans les initiatives destinées à faciliter l’entrée des jeunes dans la profession. Un apport que Marc Cadieux tient à souligner.
«Toutes les autres provinces, je ne dirais pas qu’elles nous jalousent, mais elles nous envient d’avoir des centres de formation d’excellence comme ceux qu’on a», a-t-il expliqué. «Sans les centres et si on n’avait pas eu des gens qui avaient mis leur grain de sel, leur expertise et leur caractère institutionnel, je ne sais pas où on en serait aujourd’hui.»
Une main-d’œuvre qu’il faut désormais attirer… et retenir
Bien que la SNC serve surtout à célébrer les camionneurs, c’est aussi un moment pour prendre en compte les différents enjeux qui touchent le milieu. Et si le Québec dispose de très bons établissements de formation pour les chauffeurs, il est tout aussi important de savoir retenir ces derniers dans l’industrie.
L’idée qu’un diplômé puisse arriver dans une entreprise, recevoir les clés d’un camion et être immédiatement autonome ne correspond pas à la réalité. Même bien formé, un nouvel employé doit poursuivre son apprentissage sur le terrain et s’adapter aux réalités de son employeur.
Les méthodes de recrutement et de gestion de la main-d’œuvre ont considérablement évolué au cours des dernières décennies. Les attentes des nouvelles générations ont changé, tout comme le rapport entre employeurs et employés. « On n’embauche plus, on ne maintient plus et on ne retient plus des employés par les mêmes façons dont on le faisait dans le passé », a déclaré Marc Cadieux.
Le défi est d’autant plus important que le vieillissement de la main-d’œuvre demeure une préoccupation. «On disait il y a déjà plus de cinq ans qu’ils avaient une moyenne d’âge de 55 ans; ils n’ont pas rajeuni», a-t-il ajouté.
L’industrie cherche depuis plusieurs années à améliorer son image et à rejoindre de nouveaux bassins de travailleurs par différentes initiatives, notamment en matière de rétention de la main-d’œuvre féminine et de diversité en emploi.
L’immigration représente également un autre élément important de l’équation. «On a grandement besoin de l’immigration, et légale», reconnaît Marc Cadieux.
Certains transporteurs accompagnent les nouveaux arrivants dans différentes étapes de leur établissement au Québec, aidant le chauffeur et le reste de sa famille. Cet accompagnement peut aller de la recherche d’un logement à l’ouverture d’un compte bancaire, en passant par l’inscription des enfants à l’école ou simplement la découverte des commerces et des habitudes de vie locales.
Harmoniser les règles sans compromettre la sécurité
Si la main-d’œuvre constitue l’un des grands défis du camionnage, l’environnement réglementaire canadien représente un autre chantier majeur. Il est non seulement question du phénomène Chauffeur inc., qui continue de se propager au pays et qui est devenu l’ennemi public numéro un de l’ACQ, mais également de l’harmonisation des règles provinciales.
Malgré l’existence d’un marché national, les transporteurs doivent toujours composer avec des différences importantes entre les règles provinciales, particulièrement en matière de masses et dimensions.
Pour l’industrie, cette situation constitue un frein à la fluidité du commerce intérieur. «Traverser un pays avec autant de règles en masse et dimension pour te rendre d’un bout du continent à l’autre, il faut se le dire, c’est une aberration. C’est absurde», a soutenu Marc Cadieux.
La volonté politique d’éliminer certaines barrières interprovinciales semble toutefois prendre davantage d’importance. Dans un contexte où le Canada cherche à renforcer son économie intérieure, l’harmonisation des règles du transport routier pourrait devenir un élément important de cette stratégie.
Mais harmoniser ou assouplir certaines règles ne signifie pas diminuer les exigences partout. Marc Cadieux souhaite parallèlement que les autorités se montrent plus rigoureuses en matière de formation, de compétences et d’accès aux permis de conduire. «Il faut s’assouplir sur certaines choses, mais il faut se renforcer sur d’autres choses. La sécurité, l’accès aux permis : on est supposé avoir une norme qui est fédérale, mais on ne l’applique pas tous de la même façon.»
Les différences entre les systèmes provinciaux soulèvent notamment des préoccupations lorsqu’un chauffeur obtient un permis dans une province avant de chercher à le faire reconnaître ailleurs. La qualité de certaines formations et la possibilité que des conducteurs insuffisamment préparés puissent accéder à la profession préoccupent les représentants de l’industrie.
Cette réflexion mène à une autre revendication : la création de mécanismes permettant aux provinces de mieux partager leurs renseignements, notamment par la création d’un registre national qui permettrait aux autorités de connaître plus facilement le statut d’un conducteur suspendu dans une autre province.
Une approche similaire est évoquée pour les entreprises problématiques qui cessent leurs activités avant de réapparaître sous une autre identité, un phénomène associé aux transporteurs dits « caméléons ». L’objectif serait donc double : faciliter les activités des transporteurs conformes en éliminant certaines barrières réglementaires inutiles, tout en resserrant le filet autour des entreprises et des conducteurs qui ne respectent pas les règles.
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