Sur le siège du passager avec une classe 1 en poche

Lorsque je lui ai parlé, elle était sur le siège passager du camion que son conjoint conduisait. Son permis de classe 1 en poche, mais interdite de prendre le volant.

Aurélie, 34 ans, d’origine française, est arrivée au Québec en octobre 2021 avec son conjoint Cédric, camionneur en Europe depuis 2006. Ils ont commencé les démarches pour immigrer au Québec au printemps 2019.

«Nous nous sommes rendus à Paris à l’occasion des journées Québec en France, où nous avons rencontré trois compagnies de transport. Notre souhait était de devenir tous deux camionneurs», de dire Aurélie, qui n’était pas routière en France.

Les trois compagnies ont répondu favorablement et le couple a porté son choix sur l’une d’elles, dans la région de Québec.

Ils ont commencé les démarches afin d’obtenir un permis de travail fermé d’une durée de deux ans pour Cédric. Ils ont reçu le Certificat d’acceptation du Québec en mars 2020, vendu leur maison en France, loué une maison ici et fait toutes les démarches administratives pour quitter la France et s’installer au Québec. Tout ça en pleine pandémie. Les dédales administratifs sont trop nombreux et complexes pour les énumérer ici. Je dirai simplement qu’immigrer au Québec peut ressembler à la maison qui rend fou d’Astérix.


Ayant obtenu un permis de travail, Cédric a été engagé et a pu rouler ici. Pendant ce temps, grâce à un permis d’études, Aurélie a complété son DEP en Transport par camion au CFT de Charlesbourg et obtenu son permis de classe 1 en septembre 2021.


«Nous avons directement entamé les démarches pour demander un permis de travail ouvert, qui serait relié au permis de travail de mon conjoint, pour avoir les mêmes dates de validité pour rester sur le territoire québécois.» La demande a été déposée le 5 septembre 2021.

«Nous avons reçu le 21 décembre 2021 une réponse négative, ma demande de permis de travail était refusée.»

Aurélie Becker (Photo: courtoisie)


La raison du refus, dit-elle, c’est que le métier de camionneur ne correspond pas aux classifications admissibles (0, A ou B) de la classification nationale des professions. Il est dans la catégorie C.


«J’ai fait l’erreur de demander un permis ouvert, qui m’aurait donné le droit de travailler dans n’importe quelle compagnie», constate-t-elle aujourd’hui. «J’avais demandé un permis ouvert pour éviter trop de frais à la compagnie pour laquelle je veux travailler. J’ai entamé des démarches pour un permis Jeunes professionnels ou, si ça ne fonctionne pas, un permis fermé. Maintenant, je dois attendre encore et encore.»


C’est compliqué parce qu’il y a deux niveaux de gouvernement impliqués et que la cohésion n’est pas toujours là. Mais le véritable problème, c’est que camionneur n’est pas reconnu comme un emploi qualifié. Si tel était le cas, tout serait beaucoup plus simple : le candidat aurait accès à la résidence permanente s’il parle français, accès à un permis de travail ouvert, etc.


Si la classification du métier de camionneur passait de C (postes intermédiaires qui requièrent généralement un diplôme d’études secondaires ou une formation en milieu de travail) à B (emplois techniques ou spécialisés qui requièrent généralement un diplôme collégial ou une formation d’apprenti), il serait beaucoup plus facile de recruter des camionneurs à l’international.

Comme vous le constatez, c’est le niveau d’études qui décide de la qualification, et non la pénurie de camionneurs. «Ce métier connaît aujourd’hui une importante pénurie de main-d’œuvre mais, pourtant, nous devons essuyer un refus concernant cette demande de permis de travail», déplore Aurélie.


Ce qui l’horripile le plus, outre le fait de ne pas pouvoir gagner sa vie comme camionneuse bien sûr, c’est qu’il est écrit dans sa lettre de refus qu’elle «n’est pas une personne dont le travail permettra de créer ou de conserver de l’emploi, des avantages ou des débouchés importants pour les citoyens canadiens ou les résidents permanents».


On a donc ici quelqu’un qui est installé au Québec, qui a décroché un permis de classe 1 grâce à un DEP obtenu à un des deux centres de formation en transport gouvernementaux, mais qui doit s’assoir sur le siège du passager et se contenter de regarder son conjoint conduire.

À voir tout ça, quelqu’un qui ne connait pas l’industrie pourrait facilement penser que les camionneurs ne sont pas qualifiés, pas utiles et pas rares.

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 25 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News.

Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom.

Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun.

Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.

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