Télétravail obligatoire… lorsque possible

Nicolas Trépanier

Selon ce qu’a décrété le premier ministre du Québec François Legault, le télétravail n’est plus seulement favorisé, il est obligatoire «lorsque possible» jusqu’au 8 février prochain – au plus tôt.

Cette décision a été prise dans le but de ralentir davantage la propagation de COVID-19 alors que tout le Québec, sauf les Terres-Cries-de-la-Baie-James et le Nunavik, se retrouve en alerte maximale (c’est-à-dire en zone rouge).

Qu’est-ce que cela implique pour les entreprises de camionnage?

Cette obligation ne s’applique évidemment pas aux chauffeurs, qui doivent tout de même respecter une série de mesures sanitaires s’ils travaillent en équipe, par exemple, ou lorsqu’ils se rendent à l’atelier pour des réparations.

En ce qui concerne les employés de bureau, leur présence doit être limitée au strict minimum par l’employeur si le télétravail n’est pas possible. «Mais si ça peut être fait, l’employeur doit le faire», explique Nicolas Bégin, porte-parole pour la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). «Le télétravail est obligatoire en vertu de la Loi sur la santé et la sécurité du travail.»

Il ne semble y avoir aucune liste officielle des tâches visées par le décret mais, en théorie, pratiquement tout le volet administratif d’une entreprise se prête au télétravail, y compris la répartition et la comptabilité.

Une exception s’applique toutefois aux travailleurs dont la présence est jugée nécessaire, par l’employeur, pour la poursuite des activités de l’organisation. Cette règle laisse donc place à l’interprétation, comme c’est souvent le cas depuis que l’état d’urgence sanitaire a été déclaré.

Mais une chose est sûre, votre interprétation devra concorder avec celle de la CNESST en cas d’inspection. «La CNESST poursuit ses inspections et interviendra si les règles ne sont pas respectées», prévient Nicolas Bégin, ajoutant que des mesures pourraient être prises contre les compagnies qui n’en font pas suffisamment pour imposer le télétravail à leurs employés de bureau.    

Marc Cadieux, président-directeur général de l’Association du camionnage du Québec (ACQ), reconnait qu’il est difficile de déterminer ce qui doit être considéré comme «nécessaire». Il nous a révélé avoir discuté longuement avec le ministère des Transports et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation pour expliquer la nature des emplois dans l’industrie.  

Marc Cadieux (photo: ACQ)

«Certaines choses se font en télétravail, mais d’autres aspects sont beaucoup plus difficiles à aborder quand on n’est pas au bureau», de dire M. Cadieux, ajoutant que cela dépend beaucoup de la taille de l’entreprise et de la manière dont celle-ci est équipée. «Dans certains cas, la répartition peut se faire à distance mais ce n’est pas tout le monde qui possède les infrastructures nécessaires.»

À la lumière des commentaires que nous avons obtenus, l’organisation et la réalisation du télétravail semblent effectivement plus difficiles pour les flottes de petite taille.

L’ACQ encourage tout de même ses membres à favoriser le télétravail de manière générale, et M. Cadieux estime que la plupart des entreprises de camionnage ont réussi à s’adapter. D’ailleurs, jusqu’à présent, il n’a eu vent d’aucune plainte contre des transporteurs et d’aucun rapport défavorable de la CNESST. «Les entreprises ont mis en place des façons de faire différentes et bien des choses vont rester après la pandémie», conclut-il.

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