Tirer profit de l’expérience américaine

Steve Bouchard

Les entreprises canadiennes qui transportent des marchandises au sud de la frontière ont acquis une expérience précieuse en matière de dispositifs de consignation électronique (DCE) au cours des deux dernières années.

Grâce à cette expérience, elles peuvent s’attendre à peu ou pas de changements dans leurs activités lorsque la réglementation canadienne sur les DCE entrera en vigueur. En juin 2021, les affaires continueront comme si de rien n’était.

Voici quelques-unes des principales leçons que certains transporteurs canadiens ont tirées après avoir utilisé des DCE des deux côtés de la frontière.

Certaines flottes connaissent bien les DCE et ont tiré des leçons de leur expérience. (Photo: Bison Transport)

Agissez maintenant et encadrez les chauffeurs

«Il faut être proactif, pas réactif. Et ne pas attendre au mois de mai pour faire le changement », avertit André Bissonnette, responsable de la conformité des opérations chez Transport YN Gonthier. «Pour le chauffeur, ça ne va pas changer grand-chose au final. Mais pour tout le reste, oui. Il faut arriver préparé et savoir où on s’en va avec ça, au lieu de réagir.»

André Bissonnette le répète : l’encadrement des chauffeurs est très important, et il faut quelqu’un pour répondre à leurs questions.

«Les DCE étaient vus d’un mauvais œil au début, mais tout le monde aime ça maintenant. Notre préoccupation numéro un, c’est de garder les chauffeurs heureux et en santé à la fin de la semaine. Les DCE, c’est une vraie belle invention!»

Assurez-vous que le DCE peut différencier les règles sur les heures de service  

Puisque la réglementation américaine sur les DCE a été la première à être adoptée, de nombreux fournisseurs de DCE ont adapté leurs produits pour se conformer à la réglementation américaine sur les heures de service, créant une certaine confusion lorsque les chauffeurs circulaient au Canada.

«On a remarqué des petites lacunes du côté des fournisseurs [de DCE], des autorités et des chauffeurs. Mais pas de problème majeur, juste des petites affaires à raffiner», indique André Bissonnette.

«Les règles canadiennes ne fonctionnaient pas correctement parce que la machine essayait d’appliquer davantage de règles américaines au Canada», explique Chris Stepto, responsable de la sécurité chez Berry and Smith Trucking. Même les contrôleurs routiers ont eu du mal à comprendre comment lire les systèmes lorsqu’ils ont fait leur apparition.

Cela, d’ajouter M. Stepto, souligne l’importance de choisir un dispositif qui mettra en application les réglementations canadiennes et américaines lorsque nécessaire.

«La leçon la plus précieuse que nous ayons apprise, c’est qu’il faut trouver un système qui fonctionne bien», dit-il. «Il y a beaucoup de fournisseurs, mais cela ne signifie pas que les dispositifs sont faciles à utiliser ou qu’ils appliquent les règles correctement.»

Confirmez que le dispositif est certifié pour la juridiction

L’une des principales leçons que les organismes de réglementation canadiens ont tirées du déploiement des DCE aux États-Unis, c’est qu’il faut adopter une approche différente en matière de certification.

Alors que les États-Unis ont choisi d’opter pour l’auto-certification – laissant aux fournisseurs le soin de confirmer que leurs dispositifs sont conformes aux spécifications techniques – le Canada exigera que les dispositifs soient certifiés par une tierce partie agréée.

Cela se traduira par un beaucoup plus petit nombre de DCE certifiés, puisque certains fournisseurs pourraient ne pas chercher à obtenir l’approbation supplémentaire.

«La majorité de notre industrie voulait s’assurer que les DCE permettraient à tout le monde de fonctionner sur un pied d’égalité et dans le respect de la réglementation sur les heures de service», explique Stephanie Fensom, responsable de la sécurité chez Bison Transport. «Nous sommes extrêmement heureux que le règlement canadien sur les DCE nécessite un processus de vérification par tierce partie pour chaque fournisseur.»

Chris Stepto est d’accord, ajoutant qu’il y a plusieurs fournisseurs de DCE qui ne devraient pas être sur le marché.

«Peu importe le système que vous développez, il y a des gens qui découvriront comment le déjouer», a déclaré M. Stepto. «Il est donc important d’avoir un bon programme de sécurité ainsi que le soutien des propriétaires et de la direction pour que cela fonctionne. Il est important pour les compagnies à la recherche d’un fournisseur de DCE qu’elles effectuent des vérifications de références auprès d’entreprises réelles qui utilisent déjà un système. Posez beaucoup de questions.»

Découvrez les fonctionnalités supplémentaires des DCE grâce à l’expérience

Plus vous utilisez un dispositif, plus vous en apprendrez sur ce qu’il peut faire. Les transporteurs qui ont adopté les DCE il y a plusieurs années récoltent aujourd’hui les fruits de cette expérience, ce qui met en évidence l’importance de faire la transition le plus tôt possible.

Thomas McKee, vice-président des services aux chauffeurs pour Payne Transportation, indique que le règlement américain et l’adoption rapide font en sorte que ses chauffeurs sont prêts et qu’il n’y aura pas de perturbation des activités de son entreprise une fois que le règlement canadien entrera en vigueur, en juin 2021.

Au lieu de consacrer ses ressources à l’adoption des DCE et à la formation des chauffeurs et du personnel à leur utilisation, Payne Transportation exploite tous les avantages offerts par la nouvelle technologie.

«Grâce à notre fournisseur de services télématiques, nous avons maintenant la possibilité de compiler des informations et des données immédiatement à portée de main», souligne M. McKee. «Il est difficile de ne mentionner qu’un seul avantage.»

Du point de vue de la responsabilité, Payne Transportation utilise des données afin d’identifier les chauffeurs qui pourraient avoir besoin d’accompagnement professionnel pour corriger des comportements de conduite spécifiques.

«Les enquêtes sur les accidents nous fournissent maintenant des détails tels que la vitesse en temps réel, la voie sur laquelle nous roulions, le port de la ceinture de sécurité, les données sur la marche au ralenti, et la liste continue», de dire M. McKee. «Nous ne voudrions jamais revenir à ce que les choses étaient avant les fiches journalières électroniques.»

Tenez compte du fait que les DCE suivent les temps exacts

Un DCE voit le monde en noir et blanc. Il suit le temps à la minute près.

Dan Columbus, vice-président – Santé, sécurité et environnement chez Westcan Bulk Services, admet que cela peut parfois être frustrant.

«Les infractions comptées à la seconde près, et même à la minute près, sont uniquement d’ordre technique et n’ont aucune incidence directe sur la fatigue générale du chauffeur, ni sur sa capacité à utiliser le véhicule en toute sécurité», argue-t-il.

Selon l’approche adoptée pour déterminer les horaires, cette pression pourrait amener les chauffeurs à recourir à des mesures extrêmes – comme des excès de vitesse, une conduite irrégulière ou la sélection de lieux de stationnement dangereux – pour rester conformes.

Les délais très serrés doivent être pris en considération lors de toute activité de planification de voyage, pour s’assurer que les chauffeurs ont la possibilité de se rendre en toute sécurité là où ils doivent aller.

 

Steve Bouchard

Steve Bouchard écrit sur le camionnage depuis plus de 20 ans, ce qui en fait de loin le journaliste le plus expérimenté dans le domaine au Québec. Steve est le rédacteur en chef de l’influent magazine Transport Routier, publié par Newcom Média Québec, depuis sa création en 2000. Il est aussi le rédacteur en chef du site web transportroutier.ca, il agit comme rédacteur conseil du magazine L’automobile et il contribue aux magazines Today’s Trucking et Truck News.

Steve rédige aussi le bulletin électronique de Transport Routier, Les nouveautés du routier, et il participe à l’élaboration des stratégies de communication pour le salon ExpoCam de Montréal, propriété de Newcom.

Steve est détenteur d’un permis de conduire de classe 1 depuis 2004 et il est le seul journaliste de camionnage au Québec à avoir gagné des prix Kenneth R. Wilson de la Presse spécialisée du Canada, l’or et l’argent deux fois chacun.

Steve a occupé la présidence et la présidence du Conseil du Club des professionnels du transport du Québec et il représente les médias au comité des fournisseurs de l’Association du camionnage du Québec. En 2011, il a reçu le prestigieux prix «Amélioration de l’image de l’industrie» remis par l’Association du camionnage du Québec.

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