Débat des chefs : l’ACQ appelle à un «sursaut de conscience» sur la question de la main-d’œuvre
L’Association du camionnage du Québec (ACQ) a vivement réagi au débat des chefs, regrettant notamment un décalage entre les propos des chefs et les réalités économiques du Québec ainsi que le peu d’importance accordée à la question de l’immigration.
L’ACQ a pointé du doigt la place très restreinte, soit 10 minutes, accordée à la question de l’immigration lors du débat des chefs du 23 septembre, estimant que les travailleurs étrangers constituent un levier important non seulement pour l’industrie du camionnage au Québec, mais également pour l’économie québécoise dans son ensemble.

«Dans un contexte marqué par une guerre tarifaire avec nos voisins transfrontaliers, par un resserrement progressif des mesures visant les travailleurs étrangers temporaires et le déclin démographique de la population québécoise, l’ACQ regrette un débat au contenu abstrait et rappelle que la stabilité des processus d’accueil et de rétention de la main-d’œuvre étrangère qualifiée, désireuse de travailler et de payer ses impôts sur le sol québécois, sera un levier déterminant pour soutenir la vitalité et la compétitivité de l’économie québécoise», a indiqué l’ACQ dans un communiqué de presse.
Marc Cadieux, PDG de l’ACQ, voit cette tendance des politiciens de renier la question de l’immigration comme une peur de bousculer certains électeurs. «On a toujours peur de parler de l’accessibilité de la main-d’œuvre. On ne s’engage pas dans l’aspect : comment on va répondre aux besoins de la main-d’œuvre?», a remarqué M. Cadieux. «On dirait que les politiciens ont tellement peur de fournir des chiffres, puis de perdre une portion de l’électorat.»
Marc Cadieux s’attriste du fait que, lorsque la conversation politique porte sur l’immigration, seuls les aspects négatifs, comme le stratagème Chauffeur inc., ressortent, sans que soient considérés les aspects plus positifs, notamment les retombées économiques.
«Le problème qu’on a avec l’immigration, c’est qu’on mélange tout», a-t-il affirmé. «Dans le grand “I” d’immigration, il n’y a pas juste du négatif; il y a du positif, il y a du vital, puis il y a de l’essentiel là-dedans pour la société de demain.»
L’Association a mis de l’avant des données préoccupantes sur la situation de la main-d’œuvre dans le camionnage au Québec, notamment un important déficit de chauffeurs dans toutes les régions de la province, ainsi que le fait que 51 % des détenteurs de permis de classe 1 ont 55 ans et plus.
Marc Cadieux a d’ailleurs mentionné une étude publiée par le Regroupement des chambres de commerce du Grand Montréal, qui fait notamment état des défis démographiques du Grand Montréal, dont le vieillissement de la main-d’œuvre. «On est tous conscients que la démographie actuelle ne pourra jamais répondre dans les années à venir», a-t-il indiqué, ajoutant que les travailleurs étrangers permettent notamment de pourvoir des postes moins recherchés par une partie de la main-d’oeuvre.
L’ACQ souligne également que de nombreuses entreprises ont grandement investi dans la rétention des travailleurs étrangers, mais que ces derniers ne savent pas combien de temps ils pourront continuer à travailler au Québec. Cette incertitude incite les entreprises à la prudence, freinant ainsi l’embauche et le développement de projets durables.
L’ACQ appelle donc à un «sursaut de conscience» de la part des chefs des partis afin de faire émerger des solutions claires et durables permettant d’accompagner sereinement les travailleurs étrangers déjà présents, tout en assurant, de façon concertée et encadrée, l’accueil de nouveaux travailleurs qualifiés afin de répondre aux besoins urgents de main-d’œuvre.
«Le débat des chefs ne nous a pas permis de dégager une vision claire ni des mesures concrètes susceptibles d’avoir des effets tangibles sur le tissu économique et industriel du Québec. C’est préoccupant», a déclaré Marc Cadieux dans un communiqué de presse.
«Nous appelons à un sursaut de conscience : les candidats à la chefferie doivent prendre la pleine mesure des enjeux liés à la main-d’œuvre et s’élever au-delà des déclarations sensationnalistes pour proposer des solutions à la hauteur des réalités de nos entreprises.»
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