Immigration : le camionnage montréalais particulièrement exposé aux défis démographiques
Une nouvelle étude sur l’immigration et l’avenir démographique du Grand Montréal, réalisée par Aviseo Conseil pour le Regroupement des chambres de commerce du Grand Montréal, avec l’appui de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), met en lumière les enjeux de main-d’œuvre qui pourraient notamment toucher le transport et l’entreposage.
L’étude, qui s’appuie entre autres sur une modélisation économique et un sondage auprès de 470 entreprises, met en garde contre une éventuelle contraction de la population active combinée à une augmentation du nombre de personnes à charge par rapport à la population en âge de travailler.
Pour le camionnage, les données témoignent déjà d’une importante contribution de l’immigration. Dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal, 33% des personnes travaillant dans le transport et l’entreposage sont des immigrants permanents, comparativement à 27% pour l’ensemble des travailleurs.
Le transport et l’entreposage figure ainsi parmi les secteurs présentant les plus fortes proportions de travailleurs immigrants permanents.

Plus de 1 300 postes vacants chez les conducteurs
En moyenne en 2025, le groupe professionnel réunissant les conducteurs de camions de transport et de véhicules de transport en commun comptait 1 356 postes vacants dans le Grand Montréal. Cela représentait 2% de tous les postes vacants de la région et plaçait cette catégorie au neuvième rang des 15 groupes professionnels comptant le plus de postes à pourvoir.
Selon les diagnostics d’Emploi-Québec repris dans l’étude, 48% des professions du Grand Montréal devraient se trouver en déficit ou en léger déficit de main-d’œuvre en 2029. Le domaine des métiers, du transport et de la machinerie fait partie de ceux où les professions en pénurie devraient être plus nombreuses que celles en équilibre ou en surplus.
L’immigration temporaire contribue également à ce bassin de travailleurs. L’étude indique que 14% des nouveaux permis de travailleurs étrangers temporaires examinés concernent les métiers, le transport et la machinerie.
142 000 habitants de moins d’ici 2051
Selon le scénario de référence présenté par les chambres de commerce, le Grand Montréal pourrait perdre environ 142 000 habitants d’ici 2051, dont plus de 113 000 dès 2035. Le recul toucherait particulièrement les personnes de 20 à 64 ans, soit le principal bassin de travailleurs.
Le ratio de dépendance démographique, qui mesure le nombre de jeunes et de personnes âgées par rapport à la population en âge de travailler, passerait parallèlement de 51,7 en 2025 à 63,2 en 2051.
«Le Québec ne peut pas se permettre le déclin démographique de sa métropole, encore moins lorsqu’il s’accompagne d’une hausse aussi importante du ratio de dépendance», affirme Jean-Denis Charest, PDG de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal.
Les chambres rappellent que la croissance démographique du Québec entre 2022 et 2024 a entièrement reposé sur l’immigration. Une contraction du bassin de travailleurs du Grand Montréal pourrait également avoir des répercussions sur les chaînes de valeur des différentes régions québécoises.
Les entreprises se tournent vers l’immigration
Le sondage montre que 85% des entreprises interrogées embauchent ou prévoient embaucher des personnes immigrantes et que 77% considèrent leur contribution comme liée au maintien de leurs activités courantes. Le manque de travailleurs disponibles localement constitue la principale motivation invoquée.
Les chambres estiment par ailleurs que les changements fréquents aux règles d’immigration compliquent la planification du recrutement et des investissements.
«Le Québec doit se donner une vision commune de son avenir démographique», soutient Isabelle Dessureault, présidente et cheffe de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
Mieux arrimer immigration et besoins de main-d’œuvre
Le Regroupement des chambres de commerce du Grand Montréal demande notamment au gouvernement d’adopter des politiques et des seuils d’immigration permettant de renverser le déclin démographique projeté, de tenir des États généraux sur l’avenir démographique du Québec, d’établir un cadre permettant d’évaluer la capacité d’accueil et de mieux arrimer l’immigration aux besoins du marché du travail.
Les chambres proposent notamment de prioriser une immigration économique, qualifiée et francophone, d’accélérer la reconnaissance des compétences dans les secteurs prioritaires et de favoriser la rétention des personnes déjà établies au Québec.
Elles considèrent également l’immigration et l’amélioration de la productivité comme des leviers complémentaires. L’automatisation, les investissements technologiques et l’accès à une main-d’œuvre qualifiée pourraient ainsi contribuer à répondre au vieillissement démographique tout en préservant la compétitivité des entreprises.
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