Camionnage canadien : 54 % des dirigeants prévoient une amélioration des affaires
Plus de la moitié des dirigeants d’entreprises canadiennes de camionnage s’attendent à une amélioration de leurs activités au cours de la prochaine année, même si la hausse des coûts d’exploitation, l’incertitude commerciale et les défis liés à la main-d’œuvre continuent de peser sur le secteur.
Selon un nouveau sondage de RH Camionnage Canada (RHCC) réalisé par Abacus Data, 54% des répondants s’attendent à une amélioration des conditions d’affaires au sein de leur organisation, tandis que 26% prévoient qu’elles resteront à peu près les mêmes et que seulement 9% anticipent une détérioration.
Les résultats témoignent d’un changement notable de perception depuis la dernière édition du sondage, réalisée en 2024.
Depuis, l’optimisme quant à l’état de l’industrie du camionnage au Canada s’est accru, même si 96% des répondants demeurent préoccupés par la hausse des coûts d’exploitation et que les inquiétudes à l’égard de l’administration Trump sont passées de 58 à 91 %.

Le sondage mené auprès de 57 hauts dirigeants de l’industrie du camionnage, entre le 17 août et le 24 septembre, révèle une hausse de l’optimisme à l’égard de l’état du camionnage au Canada. Ainsi, 63% des répondants se disent plus optimistes quant aux perspectives de l’industrie, comparativement à 27% en 2024. À l’inverse, la proportion de répondants pessimistes a reculé, passant de 67 à 37 %.
«Il y a peut-être davantage de confiance à l’interne. La situation est plus stable au sein des entreprises, plus stable au Canada, mais la tempête continue de se préparer autour de nous», a déclaré David Coletto, fondateur d’Abacus Data, qui a présenté les résultats lors d’un webinaire de RHCC le 1er octobre.
La hausse des coûts d’exploitation demeure la préoccupation la plus répandue, citée par 96% des répondants, soit légèrement plus que les 92% enregistrés en 2024. L’administration Trump arrive au deuxième rang des préoccupations, inquiétant 91% des gestionnaires de flotte, contre 58% auparavant. Les craintes liées à une récession ou à un ralentissement économique au Canada ont également augmenté, atteignant 82%. Par ailleurs, 79% des répondants ont mentionné la pénurie de chauffeurs de camion qualifiés, tandis que 74% ont cité la formation des chauffeurs, en légère baisse par rapport aux 79% enregistrés deux ans plus tôt.
Alors que les flottes s’attendent à une amélioration de leurs activités au cours des 12 prochains mois, leurs intentions d’embauche deviennent elles aussi plus positives.
39% des répondants prévoient augmenter leurs effectifs au cours de la prochaine année, comparativement à 25% qui ont déclaré avoir accru leurs effectifs au cours des 12 mois précédents. Par ailleurs, 49% s’attendent à ce que leurs effectifs demeurent stables, tandis que seulement 11% prévoient une diminution.
Toutefois, cet optimisme n’est pas partagé également dans l’ensemble de l’industrie. Les dirigeants d’entreprises fortement dépendantes du commerce transfrontalier se montrent nettement moins optimistes que ceux dont les activités sont peu exposées au transport de marchandises avec les États-Unis, a indiqué M. Coletto.
Mark Seymour, PDG de Kriska Transportation Group (KTG), une entreprise établie en Ontario, et président de la Truckload Carriers Association (TCA), partage ce constat.
«La direction que prend le pays n’est pas favorable à mon entreprise, du moins telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, parce que mes activités dépendent actuellement beaucoup trop du transport de marchandises de part et d’autre de la frontière», a-t-il affirmé lors du webinaire.

M. Seymour a ajouté qu’alors que le Canada cherche à réduire sa dépendance envers son principal partenaire commercial, KTG doit également réfléchir à la façon dont son modèle d’affaires devra évoluer. Il estime néanmoins que l’entreprise se trouve aujourd’hui dans une meilleure position qu’il y a deux ou trois ans.
«Parce qu’au cours des deux ou trois dernières années, nous avons été forcés de nous améliorer, de devenir plus efficaces, d’éliminer le gaspillage et de réduire les coûts, puisque nous avions complètement perdu le contrôle sur les prix», a expliqué M. Seymour. Il a toutefois ajouté que ces améliorations ne signifient pas nécessairement que les flottes sont en croissance. «Si, pour certains, aller mieux signifie devenir plus gros, je ne pense pas que quiconque dans notre secteur se vante d’avoir pris de l’expansion. Mais si aller mieux signifie simplement survivre, alors c’est différent.»
Le potentiel de transport de marchandises généré par les grands projets canadiens d’infrastructures et de mise en valeur des ressources a également été évoqué comme une autre source d’optimisme.
65% des répondants estiment que l’accent mis par le gouvernement fédéral sur les grands projets de construction, de gaz naturel liquéfié, d’exploitation minière, d’infrastructures portuaires et autres aura un effet positif sur leur organisation au cours des cinq prochaines années, dont 23% qui s’attendent à un impact important. Toutefois, 25% des répondants ne prévoient aucun impact.
«Mais seule une petite minorité de dirigeants ont jusqu’à présent intégré cet optimisme et ces attentes à leur planification. 19% nous disent avoir pris en compte, dans leur planification d’affaires, les besoins en transport de marchandises ou en main-d’œuvre que ces projets pourraient générer», a indiqué M. Coletto. Il a ajouté que 33% des répondants travaillent actuellement à l’élaboration de plans en ce sens, tandis que 39% n’ont pas encore envisagé cette possibilité.
Selon lui, cet écart pourrait refléter les doutes qui persistent quant à la réalisation concrète des projets annoncés : «Il y a certainement eu beaucoup d’annonces concernant ce que nous allons construire, mais jusqu’à présent, les travaux n’ont encore commencé pour aucun de ces projets.»
Les entreprises pourraient vouloir obtenir des preuves concrètes de la réalisation de ces projets avant d’investir dans la main-d’œuvre, le matériel roulant et la capacité nécessaires pour les soutenir, a ajouté M. Coletto.
M. Seymour abonde dans le même sens, soulignant que cette incertitude complique la planification à long terme. «Il faut du temps et un engagement ferme pour élaborer une solution», a-t-il fait part à propos des projets gouvernementaux prévus.
En ce qui concerne la planification à long terme de façon générale, M. Seymour affirme que KTG continue de planifier pour l’avenir, mais réévalue ses plans «au moins une fois par mois afin de déterminer quels éléments doivent être ajoutés ou retirés».
Les chauffeurs et les techniciens demeurent les plus difficiles à recruter
Même si ces occasions de transport de marchandises se concrétisent, trouver suffisamment de travailleurs pour répondre à la demande demeure un défi.
67% des répondants ont indiqué que les postes de chauffeurs salariés sont très ou assez difficiles à pourvoir. Les techniciens et mécaniciens suivent à 58%, puis les voituriers-remorqueurs ou chauffeurs contractuels à 46%. Les répartiteurs, le personnel des opérations ainsi que les superviseurs et gestionnaires se situent tous à 44%. Par ailleurs, 39% des répondants ont déclaré éprouver des difficultés à pourvoir les postes liés à la sécurité et à la conformité, tandis que 19% ont signalé des difficultés de recrutement pour les postes en technologie, en données et en systèmes.
Interrogés sur les facteurs qui dissuadent les travailleurs d’intégrer l’industrie, 70% des dirigeants ont identifié la rémunération comme un obstacle majeur. Le coût de la formation et de l’obtention des permis arrive ensuite, à 65%, tandis que 61% ont évoqué le temps passé loin du domicile et l’équilibre entre le travail et la vie personnelle.

M. Seymour a indiqué que KTG ne fait actuellement pas face à une pénurie de main-d’œuvre. Son besoin le plus pressant est plutôt de disposer d’un volume de marchandises à transporter plus prévisible et plus rentable. Il entrevoit toutefois un problème de main-d’œuvre à plus long terme, à mesure que les employés actuels vieillissent et que l’industrie peine à assurer leur relève.
«Nous avons besoin de davantage de contrats où nous pouvons fixer les prix, plutôt que de devoir accepter ceux qui nous sont imposés», a-t-il souligné.
«Nous aurons un problème de main-d’œuvre à l’avenir parce que nos travailleurs vieillissent. Certaines personnes ne veulent plus travailler aussi dur ni passer autant de temps loin de chez elles. Ainsi, les postes que nous devons pourvoir ne le sont pas, ou bien, devrais-je dire, nous ne serons pas en mesure de les pourvoir au rythme qui sera probablement nécessaire dans l’avenir. Nous devons donc nous en préoccuper sérieusement. Comment pouvons-nous atténuer ce problème? En attirant davantage de gens vers ces métiers.»
Mais attirer de nouveaux travailleurs n’est pas chose facile, puisque la réputation de l’industrie demeure un point faible : 60% des répondants estiment que l’image publique du camionnage s’est détériorée au cours des deux dernières années.
Néanmoins, 84% des répondants estiment qu’il est nécessaire d’attirer l’attention du public sur les défis auxquels fait face l’industrie, même si cela risque de nuire à son image à court terme.
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