C’est confirmé : 103,5 heures de formation de base obligatoire pour les chauffeurs de partout au Canada

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L’information qui circulait depuis quelques jours et dont Transport Routier avait fait état a été confirmée : le programme pancanadien de formation de base obligatoire pour les chauffeurs de véhicules commerciaux s’alignera sur les règles actuellement en vigueur en Ontario, soit 103,5 heures avant de pouvoir obtenir un permis de classe 1/A.

Il faudra ajouter 8,5 heures pour obtenir la permission d’opérer des camions à freins pneumatiques. Cette décision découle de la réunion de vendredi dernier des ministres provinciaux et fédéral responsables des Transports et de la sécurité routière.

Ces normes minimales relatives à la formation des routiers sont présentées sous forme préliminaire dans le Code canadien de sécurité, dont nous avons obtenu copie via le Conseil canadien des administrateurs en transport motorisé (CCATM).

Il convient de préciser que si la nouvelle norme est d’envergure nationale, sa mise en place et son application relèvera des provinces et territoires.

Les 103,5 heures se diviseront en 36,5 heures de formation en classe (maximum de 15 étudiants à la fois), de 17 heures en cour de stationnement de remorques (maximum de quatre étudiants à la fois) et 50 heures derrière le volant.

Pas plus de quatre étudiants seront admis en cabine pendant la formation pratique, et seulement si le camion a été conçu pour accueillir ce nombre de passagers. Et chaque étudiant ne sera crédité que pour le temps qu’il a passé derrière le volant, pas comme passager.

Pour la formation en freins pneumatiques, 6,5 heures en classe et deux heures en cour de stationnement seront exigées.

Bien qu’il puisse y avoir de légères différences de définitions d’une juridiction – province ou territoire – à l’autre, reconnaît le document préliminaire, « Les éléments seront néanmoins en phase avec la norme nationale de formation de base », peut-on aussi y lire.

Les cursus des cours devront être alignés sur la norme professionnelle nationale pour les chauffeurs de véhicules commerciaux, telle qu’élaborée par RH Camionnage Canada.

Bel accueil au Québec – Impact sur les assurances

Si la norme nationale s’aligne sur les 103,5 heures déjà en vigueur en Ontario depuis juillet 2017, certaines provinces faisaient déjà mieux.

C’est bien sûr le cas du Québec, dont les centres désignés par le ministère de l’Éducation (CFTR et CFTC) procurent une formation de 615 heures. L’Alberta offrait déjà 113 heures de formation et la norme est déjà de 121,5 heures au Manitoba.

Le cabinet du ministre des Transports du Québec est manifestement satisfait de la tournure des événements. « Cette nouvelle mesure viendra encadrer non seulement les écoles, mais aussi les connaissances et compétences de base pour conduire un véhicule lourd », indique Florence Plourde, attachée de presse du ministre François Bonnardel en réponse à nos questions.

« Cela pourrait permettre une amélioration possible du bilan routier. Il s’agit d’une bonne nouvelle pour l’équité entre les entreprises du Québec et d’ailleurs au Canada », ajoute-t-elle.

Pour le président-directeur général de l’Association du camionnage du Québec (ACQ), Marc Cadieux, le seul fait qu’il existe désormais une norme nationale est en soi une bonne nouvelle. « C’est quand même tout un exercice de faire l’unanimité entre les provinces pour répondre à une industrie qui n’était pas encadrée dans d’autres provinces, » dit-il en entrevue.

M. Cadieux ajoute que la nouvelle norme fédérale représente également une amélioration par rapport à la situation qui prévalait dans les centres de formation privés au Québec. « Au privé, c’était aléatoire. C’était une zone très grise dont il était difficile d’apprécier la qualité des formations données, » dit-il.

Il demeurera ainsi deux classes de chauffeurs au Québec, ceux formés au privé avec une norme minimale de 103,5 heures et ceux formés aux établissements désignés par le ministère de l’Éducation qui prodiguent 615 heures et où recrutent en très grande majorité les transporteurs, entre autres pour des questions d’assurances, estime le patron de l’ACQ.

« En effet il y a un écart [entre le privé et le public ], mais c’est un choix d’industrie de recruter où tu veux recruter. Quand les compagnies d’assurances évaluent les transporteurs pour analyser leur risque, elles regardent ces choses-là, explique M. Cadieux.

« Les assurances apprécient beaucoup dans leurs audits de voir lorsque les chauffeurs ont été formés dans des centres de formation [désignés par le ministère de l’Éducation]. Ils le savent et ça a fait partie des discussions qu’on a eues avec les assureurs quand on les a rencontrés », ajoute-t-il.

Ces propos trouvent écho chez le consultant Jacques Alary, président de J.J. Alary Plus et chroniqueur maison à Transport Routier.

« Pour les écoles privées, ce sera préférable à la situation actuelle puisqu’il n’y a présentement pas de critères », dit-il. M. Alary se questionne cependant sur l’importance que donnent les différents intervenants au nombre d’heures de formation par rapport au cheminement global d’apprentissage des futurs routiers. « Comment va-t-on mesurer si le candidat a atteint les objectifs fixés? », se demande-t-il.

Selon M. Alary, il doit y avoir équilibre entre le temps de formation active et passive. « Le tout doit passer par un programme bien défini et une méthode permettant de bien évaluer les compétences. »

Au lendemain du carambolage monstre de La Prairie causé par des rafales de neige, il remarque par ailleurs que la saison pendant laquelle la formation a lieu a aussi un impact sur les habiletés d’un apprenti routier. « Croyez-vous qu’une formation en été a les même bénéfices qu’en hiver? Sentir la glace dans un livre n’a pas la même signification pour moi que la glace sous les roues en hiver ou lors d’un verglas », rappelle M. Alary.

Pas de passe-droits pour formations antérieures

Il est à noter que, partout au pays, un cours entamé dans une province sans y avoir été complété ne pourra pas être appliqué aux 103,5 heures d’une autre province ou territoire. Les détenteurs d’une classe de permis inférieure à la classe 1 ne pourront pas non plus court-circuiter la norme des 103,5 heures obligatoires.

De telles situations ont attiré la critique en Ontario par le passé.

Formateurs et matériel roulant

Les formateurs de classe 1/A devront détenir au moins trois ans d’expérience documentée à titre de détenteur de cette classe de permis avant de pouvoir postuler, leur dossier de chauffeur en faisant la preuve. Les antécédents criminels seront aussi étudiés par la juridiction pour laquelle ils comptent œuvrer.

Eux-mêmes devront avoir reçu une formation d’instructeur menant à leur certification à ce titre, en plus de suivre des épisodes périodiques de formation continue.

Les formations aux apprentis chauffeurs devront être prodiguées à bord de camions à essieu moteur tandem attelés par sellette à une semi-remorque d’au moins 45 pieds de longueur. L’ensemble articulé devra être d’un poids nominal brut d’au moins 4 600 kg (10 141 livres) et doté de des systèmes de freins entièrement pneumatiques.

Le temps de formation pratique devra inclure des périodes où la remorque est chargée et d’autres où elle ne l’est pas, en plus d’épisodes de conduite sans aucune remorque (bobtail).

Les transmissions manuelles et automatiques seront autorisées pendant les formations mais les recrues ayant appris sur automatique ne pourront conduire que ce type de véhicule en vertu du permis qui leur sera éventuellement accordé.

Aucune disposition spécifique à l’égard des transmissions manuelles automatisées ne figure à la note préliminaire citée plus haut.

Ce texte a été mis à jour pour y inclure les commentaires du cabinet du ministre François Bonnardel.

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