Six outils pour aider les transporteurs à identifier et réformer les chauffeurs à risque

Qu’est-ce qui peut permettre d’identifier, pour un transporteur, un chauffeur de camion à haut risque ? Son attitude désinvolte face au danger? Son comportement erratique sur la route? Ses lacunes techniques et professionnelles ? Sa résistance au changement ? Le nombre d’accidents, de contraventions et d’accrochages à son dossier ? La négligence dans sa ronde de sécurité? Les distractions au volant ? Ses problèmes personnels?

Il faut d’abord distinguer deux grandes catégories de chauffeurs à haut risque : celui qui est perfectible et celui qui est incorrigible. « Durant ma carrière, je n’ai pas vu souvent des chauffeurs dont la conduite était intentionnellement à risque, » nous dit le directeur du Service de prévention du transport et de la logistique pour les flottes de dix camions et plus chez Northbridge Assurance, Éric Morasse.

Nous allons donc concentrer nos efforts sur les conducteurs à risque qui sont réformables.

Comment détecter un chauffeur à risque

Il existe aujourd’hui des moyens très précis pour savoir si un chauffeur a un comportement routier à risque – on pense ici au nombre quantifiable d’accidents et de contraventions, mais également aux rapports d’inspection et aux plaintes du public à propos de son attitude derrière le volant – d’autres aspects exigent l’apport d’instruments technologiques embarqués qui collectent et mesurent des données précises sur sa conduite.

Photo : Istock

Des données, qui sont enregistrées et transférées du camion vers les ordinateurs du transporteurs, serviront ensuite à analyser le comportement de chaque chauffeur. On propose ensuite des correctifs afin que la conduite atteigne les standards optimaux de sécurité et d’efficience.

La télématique

Ces outils technologiques, la télémétrie et la télématique, qui permettent de recueillir une quantité impressionnante de données sur la conduite, le comportement et les lacunes du chauffeur: les vitesses excessives, freinages brusques, accélérations prononcées et virages raides sont des données qui peuvent être enregistrées, transférées, colligées et analysées par une personne à l’interne.

La prévention

Corriger une lacune importante dans la conduite d’un conducteur à risque, c’est notamment par la prévention proactive qu’un transporteur peut y arriver. Avec l’aide de son assureur, il va détecter, lors du processus d’embauche, le candidat intéressant qui, malgré tout, a pris quelques mauvais plis au fil du temps.

« Il est plus efficace, précise M. Morasse, de travailler sur les lacunes d’un chauffeur si le transporteur a un protocole d’intégration à l’interne. Il peut alors, en entrevue ou lors du test sur route, détecter et réduire le risque en amont. »

Des mauvaises habitudes de conduite, donc, qui peuvent se coupler avec des problèmes personnels et altérer sa concentration, son calme et sa sérénité au volant.

Chez Northbridge Assurance, on utilise une charte développée par l’ATRI (American Transport Research Institute) pour accompagner les transporteurs et les chauffeurs dans leur analyse du risque. Cet organisme étasunien a calibré certains événements et violations importants au code de la route afin d’évaluer le risque, sur une période de 12 mois, qu’un chauffeur soit impliqué dans une collision.

« Si un chauffeur se rend coupable, par exemple, de conduite dangereuse, le risque qu’il cause un accident augmente, selon l’ATRI, de 114%. Il est donc important de travailler, grâce à la télémétrie, sur les déclencheurs qui causent les risques d’accidents.

Mais ce n’est pas tout.

L’Évaluation

Lorsqu’il y a une inquiétante récurrence dans les données, le chauffeur sera alors rencontré. C’est le cas chez Transport Grayson. Réjean Fontaine, qui était jusqu’à tout récemment responsable de la conformité pour le transporteur de Danville avant de se joindre à la compagnie Attrix technologies, a sa façon de faire :

« Quand je constate qu’un chauffeur récidive dans sa conduite à risque, je le rencontre pour lui faire part des points à améliorer, » nous disait ce gentil colosse lors d’un entretien téléphonique un peu plus tôt cette année pour notre dossier télématique. Je peux alors décider de lui faire suivre un cours d’appoint avec un de nos formateurs afin de corriger cette lacune préalablement identifiée. »

La caméra de bord

La caméra de bord est un autre objet technologique qui peut servir à corriger les mauvaises habitudes au volant. Elle peut vérifier si un chauffeur est souvent distrait par l’utilisation de son cellulaire au volant, notamment par les reflets de son écran durant la nuit, mais aussi s’il conduit prudemment – bonne vitesse, distance suffisante, concentration, prévoyance lors des changements de voies, des manoeuvres arrière et dans les virages, conduite préventive, gestion de la fatigue, etc.. S’il y a un accident, sa caméra permettra aussi de le disculper devant un tribunal. Ou pas.

Pour Mélanie Simard, qui a conduit des camions aux États-Unis six années durant avant de se spécialiser en sécurité et conformité chez Isaac Instruments, la caméra lui a probablement sauvé un séjour en prison. « Sans une caméra qui filme la route devant moi, l’accident provoqué par un automobiliste lors d’une entrée d’autoroute m’aurait causé bien des problèmes avec la justice américaine. Je n’étais pas dans le tort, et la caméra en a fait une éloquente démonstration. »

Photo : Christian Bolduc

Renforcement positif… et financier

Il est finalement nécessaire, pour que le chauffeur collabore pleinement à son perfectionnement professionnelle, que l’attitude du transporteur soit positive, constructive et respectueuse. Avec la pénurie de main-d’oeuvre qui frappe le pays, les compétences d’un chauffeur doivent être valorisées et bonifiées.

La patience est donc de mise.

Que ce soit par des formations d’appoint à la conduite préventive avec un formateur, des séances vidéo qui repassent en revue certains aspects du Code de la sécurité routière et/ou des incitatifs financiers, de coûteuses formations lors de l’intégration et plus tard peuvent aussi être accompagnées d’incitatifs financiers.

M. Morasse mentionne d’ailleurs que de plus en plus de transporteurs sont prêts à partager les réductions de primes avec leurs chauffeurs si les réclamations diminuent substantiellement. Du côté de M. Fontaine, les incitatifs financiers touchent la conduite préventive autant que la consommation réduite en carburant.

La valorisation de l’apprentissage continu et des compétences professionnelles des routiers demeure, à ce jour, le meilleur moyen pour que la réputation du camionnage soit optimale.

Rédacteur professionnel depuis plus de 15 ans, Christian possède une expérience considérable à titre de journaliste spécialisé en transport, notamment à titre de directeur de la rédaction de L'Écho du transport, magazine aujourd'hui disparu, et de Transport durable magazine.

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