Investissement Québec mise sur la productivité et l’innovation pour traverser l’incertitude économique

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Dans un contexte marqué par les tensions commerciales, la volatilité des marchés et les défis de productivité, Investissement Québec entend jouer un rôle central dans le développement économique des entreprises québécoises.

Réunis lors d’une Grande Rencontre de la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud (CCIRS), Bicha Ngo, présidente-directrice générale d’Investissement Québec, s’est entretenue avec Shawn Desmarchais, président de Groupe Produlith, et Michel Robert, président de Groupe Robert. Ensemble, ils ont dressé un portrait des défis auxquels font face les PME québécoises, tout en mettant en lumière les investissements réalisés en productivité, automatisation et innovation.

Mme Ngo a rappelé que la société d’État a profondément transformé son offre de services au cours des dernières années.

«Nous sommes patients, nous sommes flexibles. Nous sommes là quand l’entreprise a le vent dans les voiles, mais nous sommes également là quand elle a le vent de face», a-t-elle affirmé.

Depuis 2020, l’organisation a notamment renforcé ses services d’accompagnement technologique, d’exportation et d’attraction d’investissements étrangers.

De gauche à droite, Jean-François Lévesque, PDG de la CCIRS, Bichan Ngo, Michel Robert et Shawn Desmarchais (Photo : David Simard-Jean)

Miser sur la productivité

La productivité demeure la priorité numéro un d’Investissement Québec. Selon Bicha Ngo, plus de 8 milliards de dollars ont été injectés depuis 2016 dans des projets visant à améliorer la productivité des entreprises québécoises, dont 6 milliards de dollars depuis 2020.

«Plus une entreprise est productive, plus elle est compétitive», a-t-elle soutenu.

L’automatisation et la modernisation des installations étaient d’ailleurs au cœur des discussions avec les entrepreneurs présents.

Shawn Desmarchais, dont l’entreprise manufacturière est spécialisée dans l’emballage cartonné et flexible, a expliqué que Groupe Produlith a entrepris d’importants projets d’automatisation au début de la pandémie.

«On se croirait vraiment dans un film tellement tout est automatisé», a-t-il raconté en évoquant ses nouvelles installations.

Selon lui, ces investissements permettent non seulement d’augmenter l’efficacité opérationnelle, mais aussi d’attirer une relève plus jeune.

«Les gens entrent dans nos usines, voient que c’est propre, moderne, quasiment “cool”. Ça attire du talent.»

De son côté, Michel Robert est revenu sur le centre de distribution automatisé de Varennes, un projet de plus de 200 millions de dollars financé en partie par Investissement Québec.

«C’était important pour nous d’avoir un soutien gouvernemental, de la patience et de la confiance en nos idées entrepreneuriales. C’était une belle collaboration», a souligné Michel Robert, ajoutant que cette collaboration dure depuis plusieurs années.

Un contexte économique instable

Les discussions ont également porté sur les nombreux défis auxquels les entreprises québécoises doivent faire face depuis cinq ans, notamment la pandémie, l’inflation, la hausse des taux d’intérêt, les tensions géopolitiques et les tarifs douaniers, qui ont forcé plusieurs entreprises à revoir leurs stratégies.

Michel Robert a notamment décrit les impacts des tensions commerciales sur les opérations nord-américaines de Groupe Robert.

«Notre activité internationale, ça a été comme un électrocardiogramme», a-t-il lancé, en décrivant les fortes fluctuations du marché causées par les tarifs sur l’aluminium et les perturbations des corridors commerciaux.

Il affirme également que l’entreprise a dû composer avec l’explosion des coûts du carburant.

«Tu envoies une facture de transport de 500 $, puis une surcharge carburant de 400 $. Ça fait mal», a expliqué Michel Robert.

Diversifier les marchés

Face à l’incertitude entourant le marché américain, plusieurs entreprises québécoises cherchent désormais à diversifier leurs débouchés.

Selon Investissement Québec, les entreprises accompagnées à l’international ont généré plus de 3 milliards de dollars de ventes hors Québec au cours des cinq dernières années.

Mme Ngo affirme toutefois que plusieurs entreprises québécoises amorcent déjà un virage vers une diversification de leurs marchés afin de réduire leur dépendance aux États-Unis.

L’organisation observe également un intérêt croissant pour les marchés canadiens, européens et asiatiques. Ces deux derniers marchés demeurent toutefois plus complexes à explorer, malgré le travail réalisé avec les délégations du Québec à l’étranger pour soutenir les entreprises dans leur expansion internationale.

«Développer une relation d’affaires en Europe, ça prend trois à cinq ans. En Asie, c’est encore plus long», a expliqué Bicha Ngo, ajoutant que le reste du Canada devient une option plus accessible pour plusieurs entreprises.

Relève et repreneuriat

Le repreneuriat représente un autre enjeu important pour les PME québécoises.

«L’enjeu aujourd’hui, c’est qu’il y a beaucoup d’entreprises à vendre, et il y a plusieurs joueurs américains capables de payer des prix beaucoup plus intéressants que les acheteurs québécois», a souligné Mme Ngo.

Selon Investissement Québec, les interventions liées aux transferts d’entreprises ont doublé au cours de la dernière année fiscale. La société travaille notamment à mettre en relation des entreprises et des acheteurs québécois.

Les entrepreneurs présents ont aussi souligné la complexité des plans de succession dans les entreprises familiales, particulièrement dans les PME.

«Ce ne sont jamais des processus très faciles, parce que l’émotion vient souvent embarquer là-dedans. Il faut gérer l’aspect financier, émotionnel, mais aussi des aînés qui sont encore dans l’entreprise. Ça peut être assez intense», a expliqué Michel Robert.

Il estime également qu’il faut bien se préparer à l’avance, notamment en prévision du départ de cadres expérimentés et de la formation de la relève. La création d’une équipe de direction solide est aussi perçue comme essentielle pour guider la transition.

Les investissements technologiques et la modernisation des milieux de travail sont également considérés comme des outils importants pour faciliter la relève et attirer de nouveaux gestionnaires.

«L’importance d’innover, ça attire la relève, et même de jeunes travailleurs», a ajouté Shawn Desmarchais.

L’IA et la relocalisation industrielle

Malgré les incertitudes économiques, Investissement Québec estime que plusieurs occasions demeurent à saisir.

La société d’État observe notamment une volonté de relocaliser certaines activités manufacturières au Québec et de renforcer les chaînes d’approvisionnement dans plusieurs secteurs stratégiques.

L’intelligence artificielle est également identifiée comme un important levier de productivité.

«L’IA va jouer un rôle important pour augmenter la productivité et rehausser certains rôles», a affirmé Bicha Ngo.

Selon elle, les entreprises québécoises devront continuer d’investir afin de demeurer compétitives face aux autres économies.

«Il faut continuer à miser sur la productivité et continuer à investir», a-t-elle conclu.


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