Transport et logistique sur la Rive-Sud de Montréal : entre perturbations persistantes et virage stratégique vers l’intermodalité

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Dans un contexte marqué par les crises successives et les mutations rapides du commerce, le transport et la logistique s’imposent plus que jamais comme des enjeux stratégiques pour les entreprises. Qu’il s’agisse de détaillants internationaux comme IKEA et Cascades ou d’acteurs de la chaîne d’approvisionnement réunis au sein de grappes comme CargoM, tous convergent vers un même constat : la fluidité des réseaux et la capacité d’adaptation sont désormais au cœur de la performance.

C’est ce qui est ressorti d’un panel présenté lors de la Grande rencontre stratégique sur les défis et opportunités du transport dans la Rive-Sud de Montréal, organisée par la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud (CCIRS).

«Le transport est un enjeu super important pour nous», résume Annie Colangelo, directrice de marché chez IKEA pour la région de Boucherville, Brossard et Sherbrooke. Comptant des opérations réparties à l’échelle mondiale et 16 établissements au Canada, l’entreprise dépend d’une logistique efficace, tant pour l’acheminement de ses marchandises que pour l’accessibilité de ses points de vente. Le transport ne concerne pas uniquement les produits, mais aussi les clients et les employés, dont la mobilité peut devenir un facteur limitant.

De gauche à droite, Jean-François Lévesque, PDG du CCIRS, Julie Robert, Louis-Philippe Allard et Annie Colangelo. (Photo : David Simard-Jean)

Naviguer à travers les perturbations

Cette réalité s’inscrit dans un environnement fortement perturbé. Depuis la pandémie, les chaînes d’approvisionnement subissent une succession de chocs : grèves, événements climatiques, tensions géopolitiques et fluctuations tarifaires.

«Il y a toujours des perturbations», constate Julie Robert, directrice corporative logistique et distribution chez Cascades, évoquant un contexte où la stabilité est devenue l’exception plutôt que la norme.

Résultat : les entreprises délaissent progressivement le modèle du «just-in-time» au profit d’une approche «just-in-case» qui privilégie des inventaires plus importants afin de mieux absorber les imprévus.

Dans ce contexte, l’intermodalité s’impose comme une solution incontournable. Louis-Philippe Allard, directeur général de CargoM, souligne l’importance de renforcer la connectivité entre les différents modes de transport.

«Là où on peut faire une différence, c’est dans la fluidité intermodale», affirme-t-il. L’objectif : permettre une meilleure intégration entre le transport maritime, ferroviaire, routier et aérien afin de réduire les délais et d’améliorer la compétitivité.

Cette nécessité de collaboration dépasse les intérêts individuels des entreprises. «La marchandise n’a pas de loyauté. Elle va là où c’est le plus facile», rappelle M. Allard, illustrant la pression exercée sur les réseaux logistiques pour demeurer performants face à la concurrence internationale.

Stratégies innovantes et environnementales

Parallèlement, la transformation du commerce, notamment avec l’essor du commerce en ligne, accentue les défis. La gestion du premier et du dernier kilomètre devient plus complexe, tandis que les flux logistiques se fragmentent. Les attentes des clients, elles, continuent de croître.

«Les Walmart et les Costco de ce monde sont très exigeants», note Mme Robert, soulignant l’importance de respecter les délais et de maintenir un haut niveau de service.

Dans ce contexte, la mesure de la performance évolue également. Si les coûts demeurent un facteur clé, d’autres indicateurs prennent de l’importance, notamment la satisfaction client et l’empreinte environnementale.

Selon Mme Colangelo, l’accessibilité, l’abordabilité et le développement durable figurent parmi les priorités chez IKEA. L’optimisation du transport fait d’ailleurs partie intégrante de l’ADN de l’entreprise, notamment grâce au concept d’emballage à plat (« flat pack »), qui permet de maximiser le chargement des camions et de réduire les coûts. Le centre de distribution automatisé de l’entreprise à Beauharnois s’inscrit également dans cette logique.

La décarbonation s’impose ainsi comme un enjeu central. Plusieurs entreprises maintiennent le cap sur l’électrification de leurs flottes malgré les incertitudes économiques et politiques.

«La mission n’a pas changé», affirme M. Allard, évoquant des objectifs ambitieux à l’horizon 2030.

L’intermodalité est également perçue comme un levier pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, même si son adoption peut se heurter à certaines résistances, notamment en raison de délais de transit parfois plus longs.

La technologie joue par ailleurs un rôle croissant dans cette transformation.

«Tout changement est un moteur d’innovation», souligne M. Allard, rappelant que les crises récentes ont accéléré le développement de nouvelles solutions.

L’intelligence artificielle, l’automatisation et le partage de données permettent d’améliorer la planification et la prise de décision. Certaines entreprises utilisent déjà des outils de simulation pour anticiper différents scénarios, notamment en cas de hausse des tarifs ou de perturbations majeures.

C’est notamment le cas de Cascades, qui a développé l’outil Optimus, basé sur l’intelligence artificielle, afin d’optimiser le transport en réduisant les kilomètres à vide et les coûts.

CargoM propose également des outils technologiques, dont une plateforme de gestion des espaces d’entreposage du Grand Montréal, mise en place pendant la pandémie pour faciliter la mise en relation entre entreprises disposant d’espace et celles en recherche.

Des enjeux territoriaux persistants

Malgré ces avancées, plusieurs obstacles demeurent. Les contraintes réglementaires et municipales peuvent freiner l’optimisation des infrastructures logistiques. La cohabitation avec les zones résidentielles, les limites de hauteur des bâtiments ou encore les différences réglementaires entre provinces compliquent la réalisation de certains projets.

Dans la région métropolitaine de Montréal, les enjeux d’accessibilité sont particulièrement visibles, notamment sur la Rive-Sud, où des axes comme l’autoroute 30 génèrent des problèmes de congestion.

Ces difficultés affectent à la fois les employés et les clients, obligeant les entreprises à adapter leurs stratégies, notamment en multipliant les points de collecte ou en se rapprochant des réseaux de transport collectif.

Malgré tout, le Québec dispose d’atouts importants. Sa position géographique, avec un accès au fleuve Saint-Laurent et aux marchés nord-américains, lui confère un potentiel logistique considérable.

«On a tout ce qu’il faut dans le Grand Montréal», conclut M. Allard, évoquant la possibilité de capter une plus grande part des flux commerciaux.


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