Isaac Horizon 2026 : Rafael Jacob se veut rassurant sur l’avenir des relations canado-américaines

Malgré les menaces de Donald Trump, les tarifs douaniers et les tensions commerciales, les entreprises québécoises ont peut-être moins de raisons de s’inquiéter qu’elles ne le pensent, si on se fie au message livré par l’analyste politique et chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand, Rafael Jacob.

Devant les participants à Isaac Horizon 2026, le réputé analyste a livré une conférence aussi instructive que divertissante, ponctuée d’anecdotes, de pointes d’humour et de prévisions parfois surprenantes, faisant les distinctions entre les provocations de Donald Trump et les décisions qui ont réellement des conséquences sur l’économie.

(Photo: Steve Bouchard)

«Faites hyper attention entre le show médiatique qu’on en fait et que lui-même anime […] et la réalité», a-t-il lancé.

Rafael Jacob ne minimise pas les difficultés auxquelles font face certaines entreprises canadiennes, particulièrement celles touchées par les tarifs douaniers. Il reconnaît également que l’incertitude commerciale complique les décisions d’investissement.

Mais il juge peu probable que les États-Unis mettent fin à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), rappelle que la grande majorité des exportations canadiennes vers les États-Unis demeurent exemptées de droits de douane et estime que les relations entre les deux pays survivront largement à la présidence de Donald Trump.

L’ACEUM est beaucoup moins menacé qu’on le pense

C’est probablement l’une des affirmations les plus rassurantes de sa présentation pour les transporteurs qui font des affaires des deux côtés de la frontière. Malgré les tarifs douaniers imposés par Washington, Rafael Jacob rappelle que plus de 80 % des exportations canadiennes vers les États-Unis demeurent exemptées de droits de douane grâce à l’ACEUM.

«À en croire le battage médiatique incessant, jour après jour, on penserait qu’il n’y a plus de libre-échange», a-til dit.

Il reconnaît néanmoins les conséquences parfois dramatiques des mesures américaines pour certaines entreprises, notamment dans les secteurs de l’aluminium, de l’acier et du bois. Il dit aussi avoir rencontré des entrepreneurs qui craignent de devoir fermer des entreprises familiales exploitées depuis plusieurs générations, entraînant la perte de dizaines, voire de centaines d’emplois.

Mais il invite à distinguer ces situations particulières de la réalité économique générale. Selon lui, une disparition complète de l’ACEUM demeure peu probable.

Il rappelle notamment qu’un pays souhaitant se retirer de l’accord doit donner un préavis d’au moins six mois. Il souligne également que la question des pouvoirs du président américain et du Congrès pourrait faire l’objet de contestations judiciaires.

Surtout, l’accord bénéficie d’un large soutien politique et économique aux États-Unis, tant chez les démocrates que chez les républicains, dans les milieux syndicaux et auprès des associations d’affaires.

Son scénario le plus probable? Le maintien de l’accord, accompagné de tensions périodiques et de tarifs sectoriels susceptibles d’être imposés, modifiés ou retirés. Autrement dit, l’incertitude commerciale pourrait persister sans pour autant entraîner l’effondrement du libre-échange nord-américain.

Les Américains aiment toujours les Canadiens

Autre idée que Rafael Jacob a voulu remettre en question : celle voulant que les Américains soient devenus hostiles envers le Canada.

Un sondage Gallup réalisé au début du deuxième mandat de Trump aurait notamment révélé que 89 % des Américains avaient une opinion favorable du Canada. Une enquête plus récente, qu’il attribue à l’Université Harvard, placerait également le Canada parmi les entités les plus appréciées des Américains.

L’analyste insiste sur la distinction entre les relations politiques des gouvernements et celles des populations. «Ce qu’on a depuis presque deux ans maintenant, c’est un conflit politique entre deux gouvernements.»

Il a indiqué avoir passé une bonne partie de l’été aux États-Unis, visitant une quinzaine d’États, démocrates comme républicains. Contrairement aux Canadiens, qui discutent abondamment de Donald Trump, les Américains, dit-il, parlent très peu du Canada.

Il estime également que la diversification des marchés, bien que souhaitable, ne changera pas rapidement la géographie économique nord-américaine. «Le commerce est hyper intégré Nord-Sud en Amérique du Nord. Ça ne va pas changer en claquant des doigts en l’espace de quelques mois, quelques années.»

Les États-Unis demeureront donc, selon lui, le principal partenaire commercial du Canada bien après le départ de Donald Trump.

Des élections qui pourraient affaiblir Trump

À moins de trois semaines des élections américaines de mi-mandat du 3 novembre, Rafael Jacob prévoit une soirée difficile pour les républicains. Il s’attend à ce que les démocrates reprennent le contrôle de la Chambre des représentants et juge également possible qu’ils remportent le Sénat.

«À moins d’un revirement absolument spectaculaire, le parti du président […] va en manger toute une», a-t-il lancé.

Une telle victoire permettrait aux démocrates de multiplier les enquêtes parlementaires sur l’administration Trump, notamment concernant certaines transactions financières et les activités commerciales de son entourage. Le président pourrait donc se retrouver davantage isolé politiquement.

Mais M. Jacob prévient qu’un changement de majorité au Congrès ne bouleverserait pas nécessairement les grandes orientations économiques américaines. Il cite notamment les tarifs douaniers imposés à la Chine, maintenus sous la présidence de Joe Biden après le premier mandat de Trump.

La rivalité entre Washington et Pékin dépasse désormais les divisions partisanes. Pour le Canada, la situation demeure moins claire : certains tarifs pourraient disparaître, tandis que d’autres pourraient être maintenus.

L’analyste prévoit d’ailleurs que les droits de douane demeureront généralement plus élevés qu’au cours des décennies précédentes, même après le départ de Trump.

Une dette américaine qui inquiète

Rafael Jacob s’est également attardé à un problème qu’il considère comme beaucoup plus fondamental que les résultats des prochaines élections : l’endettement public américain. Il a rappelé que la dette fédérale approche les 40 000 milliards de dollars américains, après avoir augmenté considérablement sous les administrations républicaines comme démocrates.

À son avis, aucun des deux grands partis ne démontre une réelle volonté de s’attaquer sérieusement au problème. Le dollar américain, en raison de son rôle dominant dans l’économie mondiale, procure toutefois aux États-Unis une marge de manœuvre exceptionnelle. Mais pour combien de temps?

L’analyste estime que la véritable pression en faveur d’une discipline budgétaire pourrait éventuellement venir des marchés obligataires, si les investisseurs exigent des taux d’intérêt plus élevés pour financer la dette américaine.

Cette situation complique également la lutte contre l’inflation, puisque des hausses importantes des taux d’intérêt augmenteraient considérablement les coûts de financement du gouvernement.

Le diesel ne redescendra pas rapidement

C’est sur un sujet particulièrement sensible pour l’industrie du camionnage que Rafael Jacob a terminé sa présentation : le prix du carburant. Selon lui, les conflits au Moyen-Orient ont profondément bouleversé les perspectives pétrolières.

Il a notamment évoqué les perturbations dans le détroit d’Ormuz et en mer Rouge, ainsi que l’élargissement des affrontements régionaux. Dans ces circonstances, il juge irréaliste d’espérer un retour rapide du pétrole à 60 $ US le baril.

«Il serait irréaliste de croire que le prix du pétrole pourrait rapidement redescendre à 60 $ le baril», affirme Rafael Jacob.

Il ne prévoit toutefois pas une flambée incontrôlée des prix. Une hausse trop importante finirait par provoquer une diminution de la demande, ce qui limiterait éventuellement la progression du pétrole.

Concernant le diesel, il a cité des prix américains oscillant entre 6,50 $ et 6,70 $ US le gallon, comparativement à environ 3,70 $ un an auparavant. Et malgré les annonces politiques visant à rassurer les consommateurs, il ne s’attend pas à une amélioration rapide. «Je serais très surpris que, dans le très court terme, le prix du diesel baisse de façon appréciable.»

Il estime plutôt que les prix pourraient demeurer élevés pendant un certain temps, sans nécessairement connaître une nouvelle augmentation spectaculaire. Pour les transporteurs, cette perspective signifie que les pressions sur les coûts d’exploitation risquent de persister.

Au terme de sa conférence, Rafael Jacob n’a donc pas présenté un portrait entièrement rassurant. Les tarifs douaniers pourraient demeurer plus élevés qu’avant le retour de Trump, l’inflation risque de persister et les prix du carburant continueront de peser lourdement sur les entreprises.

Mais il refuse de céder aux prédictions apocalyptiques. Les gouvernements changent, les relations diplomatiques évoluent et les tensions actuelles ne signifient pas nécessairement une rupture permanente entre le Canada et les États-Unis.


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