Les crédits carbone émergent comme nouveau levier financier pour électrifier les flottes de camions

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Alors que le coût d’acquisition des camions électriques demeure un frein majeur pour plusieurs transporteurs, un programme fédéral encore trop méconnu pourrait contribuer à accélérer la transition énergétique du secteur.

Il s’agit du Règlement sur les combustibles propres. Mis en place en 2023, ce programme oblige certaines entreprises du secteur pétrolier à compenser une partie de leurs émissions en achetant des unités de conformité, aussi connues sous le nom de crédits carbone, créées par des initiatives réduisant les gaz à effet de serre, dont l’électrification des transports.

Ce programme fait partie du marché réglementé du carbone, qui repose sur une obligation d’achat d’unités de conformité, contrairement au marché volontaire, où l’achat dépend de la décision des entreprises. Les principaux acheteurs sont des producteurs ou distributeurs de carburants fossiles tenus d’atteindre des cibles fixées par Ottawa.

(Photo : Freightliner)

Recharger pour rentabiliser

L’obtention d’unités de conformité se fait à travers des initiatives de durabilité, comme l’électrification des transports et l’utilisation d’infrastructures de recharge.

«Les transporteurs peuvent créer des unités de conformité aussi simplement qu’en rechargeant leur véhicule», affirme David Cantin, vice-président des finances chez Polara.

Le principe est relativement simple : plus une flotte recharge de véhicules électriques admissibles, plus elle peut générer d’unités de conformité et obtenir des revenus additionnels substantiels, réduisant ainsi le temps nécessaire pour rentabiliser ses investissements. Cela vise notamment les camions lourds, les camions de livraison, les véhicules de service, les autobus scolaires et même certains équipements industriels, comme les chariots élévateurs.

La recharge privée des flottes représente d’ailleurs un segment particulièrement prometteur, tout comme les camions électriques lourds, car ils possèdent de grosses batteries et parcourent généralement de longues distances, ce qui augmente considérablement le volume d’énergie consommé, et donc le nombre d’unités pouvant être créées.

Afin de transformer les opérations de recharge en revenus, il faut toutefois documenter rigoureusement chaque session : quantité d’électricité consommée, heure de début et de fin, type de borne utilisée, ainsi que le véhicule concerné. Ces données doivent ensuite être compilées dans un rapport, vérifiées par un auditeur indépendant, puis soumises à Environnement et Changement climatique Canada. Une fois approuvées, les unités deviennent des actifs financiers négociables.

«C’est là que les unités deviennent un bien tangible et un instrument financier qui peut ensuite être transigé sur les marchés», explique M. Cantin.

Le programme est également complémentaire avec d’autres subventions axées sur les véhicules électriques, notamment Écocamionnage ou Écorecharge, permettant une plus grande flexibilité pour des entreprises souhaitant se lancer dans un investissement aussi important que l’électrification du transport.

«Ça devient un levier qui permet de rentabiliser l’investissement beaucoup plus rapidement qu’en temps normal», souligne Samuel Urbain, responsable des communications et du contenu marketing chez Polara.

Un programme à mettre en valeur

Pour plusieurs entreprises, ces revenus s’ajoutent déjà aux économies réalisées sur le carburant et l’entretien mécanique. Avec la hausse persistante du diesel, l’équation financière devient de plus en plus favorable à l’électrification, même si d’autres défis subsistent, notamment l’accès à l’infrastructure de recharge et le financement initial.

Le processus administratif demeure toutefois complexe, avec des audits indépendants, des exigences de conformité et des négociations commerciales avec les acheteurs institutionnels qui peuvent décourager plusieurs petites et moyennes entreprises de se lancer seuls dans le processus. «Tous ces coûts font en sorte que certaines entreprises deviennent découragées de l’ampleur de la tâche à faire soi-même. Ça ne vaut vraiment pas la peine de tout faire seul», avise David Cantin.

C’est pourquoi des agrégateurs spécialisés, notamment Polara, se positionnent sur ce marché. Ces intermédiaires prennent en charge la collecte de données, la certification, les vérifications externes et la vente des unités aux pétrolières assujetties au règlement. En retour, ils concluent une entente de partage des revenus avec les transporteurs.

Ce modèle permet aux plus petites flottes de participer sans devoir bâtir une expertise interne complète. Il offre aussi un meilleur pouvoir de négociation, puisque les acheteurs préfèrent généralement traiter avec des vendeurs capables de regrouper de grands volumes plutôt qu’avec une multitude de petits joueurs.

Malgré ses avantages, le programme demeure encore peu connu dans l’industrie du transport, surtout parce qu’il a été implanté récemment. De plus, les premières opportunités ont surtout concerné les réseaux de recharge publics, avant que les flottes privées commencent à se structurer pour en profiter pleinement.

À mesure que davantage de transporteurs électrifient leurs opérations, la visibilité du programme devrait croître, faisant en sorte que ces unités de conformité pourraient devenir un outil central pour accélérer la transition énergétique du camionnage canadien, à condition qu’il soit maintenu à long terme.


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