Les données et les cycles d’exploitation guident les décisions en matière de camions zéro émission

La planification, les partenariats et une compréhension claire des cycles d’exploitation s’imposent comme des facteurs clés dans l’adoption des camions électriques, ont souligné des panélistes lors d’une discussion au salon Truck World 2026 de Toronto.

Des intervenants représentant des fabricants, des fournisseurs et des exploitants de flottes ont mis en lumière les leçons tirées des premiers déploiements, soulignant que le succès repose moins sur la technologie seule que sur la manière dont les flottes s’y préparent et l’intègrent à leurs opérations.

Roberto Bragagnolo, directeur national pour le Canada chez Orange EV, a indiqué que l’acceptation des flottes et la compréhension des avantages de l’électrification se sont améliorées ces dernières années, en grande partie grâce aux gains en performance et en disponibilité opérationnelle.

De gauche à droite : Anaïssia Franca, Roberto Bragagnolo, Bruce Johnson, Vudakin Lalovic et Martin Blanchet. (Photo : Leo Barros)

Une disponibilité accrue se traduit par un plus grand nombre de mouvements et une meilleure efficacité opérationnelle, a-t-il souligné, ajoutant qu’un taux d’utilisation plus élevé permet, en fin de compte, d’accélérer les délais de retour sur investissement.

Bruce Johnson, vice-président exécutif de Martinrea International/Effenco, a indiqué que les partenariats ont joué un rôle central dans le passage des camions électriques du stade de développement à celui de la commercialisation. Il a souligné que la collaboration entre les fabricants, les municipalités et les partenaires financiers est essentielle pour accroître la production et démontrer la valeur réelle de ces technologies sur le terrain.

Engagement précoce et projets pilotes

Mettre le matériel roulant sur le terrain permet aux flottes et aux autres parties prenantes de constater concrètement les bénéfices, a-t-il expliqué, ajoutant que la force du Canada réside dans sa capacité à combiner expertise technique, opérationnelle et administrative grâce à des efforts coordonnés.

Du point de vue municipal, Vudakin Lalovic, directeur de la gestion de la flotte et des actifs à la Ville de Toronto, a indiqué que l’engagement précoce, les projets pilotes et la collecte de données sont essentiels pour sélectionner les bons véhicules zéro émission en fonction des applications spécifiques.

Il a souligné que les flottes doivent évaluer attentivement leurs cycles d’exploitation, en particulier dans les segments moyens et lourds où les applications varient largement. La Ville de Toronto a ainsi adopté une approche progressive, axée sur la gestion des risques, l’engagement des parties prenantes et la collecte continue de données pour orienter ses décisions.

Toronto exploite actuellement environ 500 véhicules zéro émission, les données montrant des économies importantes en carburant et en entretien par rapport aux équivalents à combustion interne.

Défis et échecs initiaux

Martin Blanchet, directeur national des ventes pour les groupes motopropulseurs alternatifs chez Peterbilt Canada, a indiqué qu’une planification insuffisante a souvent été un facteur clé dans les déploiements infructueux. Les projets menés trop rapidement, souvent motivés par la disponibilité des incitatifs, n’ont parfois pas tenu compte des besoins en recharge, des impacts opérationnels ni de la préparation des conducteurs.

Dans certains cas, des flottes ont acquis des bornes de recharge sans les dimensionner adéquatement ou ont déployé des véhicules sans préparer les conducteurs ni adapter leurs opérations, ce qui a entraîné des défis opérationnels et une perte de confiance envers la technologie.

À l’inverse, les projets appuyés par une planification détaillée, incluant l’analyse des itinéraires et des stratégies de recharge, ont connu davantage de succès. Martin Blanchet a souligné que l’implication des parties prenantes internes et l’alignement des attentes à l’échelle de l’organisation améliorent les résultats d’adoption.

«Tout le temps consacré à la planification est du temps bien investi», a conclu Martin Blanchet.

Coût total de possession

Le coût total de possession demeure un élément central. Roberto Bragagnolo a indiqué que les coûts de carburant représentent la principale composante, soulignant que les véhicules électriques offrent une certaine protection contre la volatilité des prix des carburants fossiles. L’entretien constitue un autre facteur clé, le nombre réduit de pièces mobiles permettant de diminuer les besoins en maintenance.

Bruce Johnson a ajouté que les flottes constatent également des avantages plus larges, au-delà des indicateurs traditionnels du coût total de possession, notamment une réduction des émissions de gaz à effet de serre et des niveaux de bruit, en particulier en milieu urbain. Ces impacts sociaux devraient aussi être pris en compte.

Vudakin Lalovic a indiqué que l’expérience de la Ville de Toronto montre des économies d’environ 75% sur le carburant et d’environ 50% sur l’entretien pour les véhicules électriques légers, avec un retour sur investissement estimé à environ quatre ans. Il a toutefois précisé que des données comparables pour les camions moyens et lourds sont encore en cours de développement.

Coûts initiaux plus élevés

Les coûts initiaux demeurent plus élevés, particulièrement pour les véhicules lourds, ce qui renforce l’importance de disposer de données précises et de prendre des décisions éclairées lors du déploiement à plus grande échelle.

Martin Blanchet a indiqué que l’expiration des incitatifs fédéraux pour les camions électriques lourds à la fin du mois de mars ajoute une pression supplémentaire sur les calculs de coût total de possession. Il a précisé que les subventions ont été un facteur déterminant dans les premières décisions d’adoption et que leur absence rend la planification et l’analyse financière encore plus cruciales.

Parallèlement, Martin Blanchet a souligné que l’électrification peut aussi créer de nouvelles occasions d’affaires. Certaines flottes exploitant des véhicules zéro émission attirent déjà des clients à la recherche de solutions de transport à plus faibles émissions, même si ces avantages ne sont pas toujours pleinement pris en compte dans les modèles traditionnels de coût total de possession.

Les panélistes ont également insisté sur l’importance de commencer tôt, même à petite échelle. Martin Blanchet a encouragé les flottes à amorcer des déploiements limités afin d’acquérir une expérience opérationnelle, notamment en matière de recharge, de performance en conditions hivernales et d’impacts sur les flux de travail.

Aucune solution universelle

Bruce Johnson a abondé dans le même sens, affirmant qu’il n’existe pas de solution universelle et que les flottes doivent adapter la technologie aux applications spécifiques.

«Agissez dès maintenant. Profitez-en immédiatement», a-t-il déclaré, ajoutant que les premiers adoptants acquièrent une expérience précieuse qui peut améliorer leur compétitivité à long terme.

Roberto Bragagnolo a ajouté qu’il n’est pas nécessaire d’attendre une technologie parfaite, soulignant que les avancées se poursuivent et que des bénéfices opérationnels et financiers sont déjà accessibles.

Les intervenants ont convenu que l’électrification dépasse désormais le stade des projets pilotes, mais que son succès dépend d’une exécution rigoureuse.


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