Les droits d’immatriculation coupent le souffle des camionneurs artisans

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Parmi les symptômes connus de la COVID-19, on retrouve des sensations telles que la fièvre ou le souffle court chez les personnes affectées.

En refusant la flexibilité d’un report du paiement des droits d’immatriculation aux camionneurs artisans membres de son association, Gaétan Légaré estime que le gouvernement québécois leur réserve le même traitement.

« On a besoin de souffle », clame le directeur général de l’Association des camionneurs artisans Inc. (ANCAI), des gens qui, souvent propriétaires d’un seul camion, transportent les matières en vrac – pierre, sable, terre, etc. – requises pour les chantiers d’infrastructures comme ceux du ministère des Transports du Québec. Ce sont aussi les camionneurs artisans qui font l’essentiel du transport forestier chez nous.

« On a besoin de souffle », clame le directeur général de l’ANCAI.

Lorsqu’on lui demande comment le refus par Québec de reporter le paiement des droits d’immatriculation de ses membres touche ces derniers, le directeur générale de l’ANCAI semble ne plus savoir à quel saint se vouer.

« Ça fait au-dessus d’une semaine qu’on participe tous les jours à des conférences téléphoniques avec le ministère des Transports, la SAAQ, Contrôle routier, toutes les organisations et toutes les associations », dit-il en entrevue à Transport Routier pour illustrer que l’industrie du camionnage dans son ensemble parle d’une seule voix.

Il s’explique mal que le Québec fasse bande à part dans ce dossier. « Toutes les autres administrations canadiennes l’ont fait [reporter le paiement de l’immatriculation des camionneurs], il ne reste plus que le Québec », se désole M. Légaré, se demandant comment les autorités québécoises vont gérer cette situation et appliquer les règles qui, dit-il, semblent être à double standard selon la province où les camions sont immatriculés.

« Les gens de l’Ontario vont entrer ici même si leur certificat d’immatriculation est passé date, et ils pourront pour voir continuer à circuler sans problème alors que, nous autres, il va falloir qu’on ait nos plaques en bonne et due forme », tonne-t-il.

« Ça va super mal », ajoute le porte-parole de l’ANCAI, selon qui beaucoup de ses membres, faute de revenus en raison de la fermeture de pratiquement tous les chantiers de construction dans la province, n’auront d’autre choix que de remiser leur camion sans immatriculation et d’en faire retirer la couverture d’assurance.

« Ça n’a aucun sens », dit-il. « Ils n’ont pas de revenus mais il faut tout de même tenir la flotte en état au cas où il surviendrait des besoins de réparations d’infrastructures urgentes. »

D’autant plus que, rappelle-t-il, plusieurs membres de l’ANCAI utilisent des tracteurs pouvant être attelés à des semi-remorques, « pour donner un service au transport général, aider les gars de transport général qui vont venir à bout de souffle. »

« On ne comprend pas leur attitude », dit-il au sujet des autorités québécoises. « Il n’y a rien qui bouge, ils attendent une signature de quelque part. Mais ça se discute… », ajoute-t-il sur un ton dont on ne sait trop s’il s’agit d’espoir ou d’ironie.

« Le 31 mars, c’est la dernière journée. Aussi bien déplaquer tout ça, serrer ça. Au moins, mes camionneurs artisans iront chercher le 500 $ par semaine du fédéral », déclare le directeur général de l’ANCAI, se disant qu’au moins en étant inactifs, les camionneurs artisans vont pouvoir épargner les droits d’immatriculation et les primes d’assurances de leurs camions et affecter ces sommes au paiement d’autres nécessités.

Quant à savoir ce qui se passerait si Dame Nature décidait de faire des siennes comme cela se produit souvent au printemps et que les cours d’eau débordants provoquent des inondations menaçant les infrastructures comme l’an dernier à Ste-Marte-sur-le-Lac, M. Légaré estime que le gouvernement du Québec récoltera simplement ce qu’il a semé. « S’il se produit des situations d’urgence, ils vivront avec », dit-il, ajoutant : « Ils prendront leurs “trucks”, le ministère. »

« “Partenaires, partenaires, partenaires, on a besoin de vous” », dit le directeur général de l’ANCAI pour illustrer le discours du gouvernement à leur égard en temps de crise. « Mais quand c’est le temps de dire quelque chose pour nous, ils se foutent bien de nous. »

Tranquillité en forêt

Dans le secteur forestier, la situation n’est guère plus rose, alors que plusieurs activités de sciage ont été interrompues, diminuant les besoins d’approvisionnement en bois de grume.

Par contre, des entreprises de pâtes et papiers roulent toujours selon M. Légaré, bien qu’au ralenti. « Dans le forestier, il y a seulement les camions pour approvisionner les papetières qui font du papier tissu, comme du papier hygiénique, qui travaillent. C’est pour ça qu’ils laissent les moulins ouverts. »

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