Les transporteurs attendent l’ouverture du pont Gordie Howe alors que sa mise en service est reportée
L’Autorité du Pont Windsor-Détroit (APWD) a annoncé le 11 juin que le Canada et les États-Unis avaient convenu de reporter l’ouverture du pont international Gordie Howe afin de «régler certaines questions en suspens», sans toutefois préciser la nature de celles-ci.
Cette annonce survient à la veille de la cérémonie d’inauguration prévue aujourd’hui. Entre-temps, certains transporteurs ontariens ont déjà commencé les démarches d’intégration et les essais opérationnels liés à l’ouverture tant attendue de ce nouveau poste frontalier.
«Alors que nous travaillons à fixer une date d’ouverture, nous adoptons une approche collaborative qui reflète notre ambition commune pour ce corridor commercial», a déclaré Chuck Andary, président-directeur général par intérim et chef des affaires juridiques de l’APWD, dans un communiqué.
Toutefois, les flottes canadiennes attendent avec impatience l’ouverture du pont. L’Association canadienne du camionnage d’entreprise (ACCE), l’Ontario Trucking Association (OTA) et l’Alliance canadienne du camionnage (ACC) ont tous souligné l’importance de mettre rapidement en service ce nouveau passage frontalier.
«Bien que tout retard dans l’ouverture soit une mauvaise nouvelle, tant qu’il demeure de courte durée et que l’ouverture tant attendue du pont Gordie Howe se concrétise très bientôt, nous avons hâte de profiter du soulagement et de la commodité que cette nouvelle liaison offrira à nos membres », a déclaré Mike Millian, président de l’ACCE. «Nous espérons que les considérations politiques au sud de la frontière ne viendront pas nuire au projet et permettront à cette remarquable réalisation issue du partenariat entre nos deux pays d’aller de l’avant sans encombre.»

Le pont, détenu conjointement par le Canada et l’État du Michigan, devait être ouvert à la circulation ce mois-ci. Toutefois, l’échéancier a été remis en question après une publication du président américain Donald Trump sur les réseaux sociaux en février. Celui-ci exigeait que le Canada cède au gouvernement fédéral américain au moins la moitié de la propriété du pont et accepte d’autres demandes non précisées, dans le cadre de ses nombreuses interventions concernant les enjeux commerciaux transfrontaliers.
Le premier ministre du Canada, Mark Carney, a laissé entendre le 10 juin que l’ouverture pourrait être retardée, tout en minimisant l’importance de la situation. «Il n’y a pas de grand drame. Si cela prend un peu plus de temps, cela prendra un peu plus de temps, mais cette infrastructure profitera aux Canadiens, aux Américains, aux entreprises, aux touristes et aux résidents pendant des décennies», a-t-il affirmé.
Près de 400 millions $ de marchandises transitent chaque jour par le corridor Windsor-Détroit, l’une des voies commerciales les plus achalandées entre le Canada et les États-Unis. L’OTA indiquait la semaine dernière que certains transporteurs doivent absorber des coûts supplémentaires mensuels variant de 20 000 $ à plus de 100 000 $ afin de maintenir leurs horaires de livraison habituels dans ce corridor.
«Plus le pont international Gordie Howe demeure inaccessible, plus les entreprises des deux côtés de la frontière doivent absorber des coûts inutiles liés à la congestion, aux retards et à l’allongement des temps de transit», a indiqué Stephen Laskowski, président-directeur général de l’OTA et de l’ACC, dans un communiqué publié le 11 juin. «L’industrie du camionnage est prête. Les transporteurs, les chauffeurs et les partenaires de la chaîne d’approvisionnement se sont préparés à l’ouverture de ce passage frontalier essentiel, et nous sommes prêts à collaborer avec les gouvernements et les partenaires du projet pour contribuer à l’ouverture de cette porte d’entrée stratégique le plus rapidement possible.»
Les transporteurs ontariens se préparent déjà à l’ouverture
Le nouveau pont reliera directement l’autoroute 401 à l’Interstate 75, permettant aux camions d’éviter les rues de la ville de Windsor et de réduire la pression exercée sur le Ambassador Bridge situé à proximité.
Pour les transporteurs, ce projet d’environ 4,4 milliards $ devrait permettre de réduire les délais à la frontière, d’améliorer la flexibilité des itinéraires et d’ajouter une redondance essentielle à un corridor qui dépend depuis des décennies d’un seul principal point de passage commercial.
«Cela va offrir une option supplémentaire», a souligné Yudi Persaud, propriétaire de SK Cornerstone. «Depuis plusieurs années, les embouteillages sont épouvantables au pont Ambassador. J’ai des chauffeurs qui ont déjà passé jusqu’à quatre heures à traverser la frontière. Cela devrait certainement disparaître.»


Yudi Persaud a indiqué que sa flotte a participé, il y a deux mois, aux activités préparatoires précédant l’ouverture du pont. SK Cornerstone a été le premier transporteur frigorifique invité à parcourir les installations complétées dans le cadre du processus de tests et d’intégration du projet. Il a ajouté qu’au moins deux autres transporteurs ontariens ont par la suite pris part à des activités similaires de préparation et de familiarisation à la suite de la visite de SK Cornerstone.
Le processus comprenait un accès contrôlé à la zone commerciale et aux secteurs d’essai, alors que le pont se trouvait encore dans les dernières étapes de sa construction.
Bien qu’aucune marchandise n’ait été transportée et que les camions n’aient pas traversé vers le côté américain, M. Persaud a indiqué que les chauffeurs avaient été préalablement autorisés avant d’être guidés à travers certaines zones d’inspection. Interrogé sur ces essais, il a affirmé que l’opération s’était déroulée sans problème.
Il a ajouté que l’ampleur du nouveau poste frontalier l’a immédiatement impressionné.
«Lorsque le pont Ambassador a été construit, il était conçu pour des camions plus petits. L’échelle du pont Gordie Howe fait donc une énorme différence. Les voies de virage sont plus larges, la zone de radiographie offre beaucoup plus d’espace et la zone hors taxes est plus vaste. Évidemment, les installations étaient encore vides et peu fréquentées, mais elles ont été conçues pour accueillir des camions de plus grande taille, contrairement à il y a 100 ans, où la longueur maximale d’un camion était, je crois, d’environ 40 pieds , a expliqué Yudi Persaud.
Le pont comprend six voies de circulation de 3,75 mètres (12,1 pieds) de largeur, 16 voies de péage permettant le paiement manuel, automatisé ou électronique, ainsi qu’une séparation des flux de circulation entre les véhicules de promenade et les véhicules commerciaux. Les installations prévoient également des aménagements pour les véhicules hors normes, des zones d’inspection élargies, des systèmes avancés d’imagerie des cargaisons et un centre de gestion des opérations et de la circulation fonctionnant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.


La structure tarifaire de lancement du pont devrait également en faire une option attrayante pour les flottes. Les péages pour les véhicules commerciaux seront fixés à 12 $ par essieu, alors qu’un tarif réduit de 9,60 $ par essieu est offert aux transporteurs inscrits au programme de compte Breakaway du pont.
Bien que certaines entreprises, dont la sienne, puissent continuer à utiliser le Ambassador Bridge pour certaines expéditions, notamment lorsque leurs clients sont situés à proximité de ce passage frontalier, Yudi Persaud estime que le nouveau pont améliorera considérablement la fluidité du transport de marchandises dans l’ensemble du corridor.
«Tout le monde va en bénéficier, sans exception», a-t-il affirmé.
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