L’industrie du Québec en mission internationale de recrutement de mécanos

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Le Groupe Mack Volvo Montréal et le concessionnaire Camions BL de Granby (Freightliner et Western Star) ont traversé l’océan pour être à Paris le week-end dernier, en mission internationale de recrutement.

Tout comme les entreprises de camionnage Kepa Transport, Logistics G&H, SGT 2000, Transport S.A.F. et le Groupe Guilbault, ils faisaient partie de la délégation du Québec pilotée par le ministère du Travail afin d’atténuer, ne serait-ce que partiellement, la pénurie de main-d’œuvre qui sévit chez nous.

L’événement, connu sous le nom de Journées Québec à Paris et dont nous avons annoncé la tenue il y a un peu plus d’une semaine, a semble-t-il été un succès sur toute la ligne selon les intervenants à qui nous avons eu l’occasion de parler.

En entrevue à Transport Routier, Ronald Henry, directeur du service chez Groupe Mack Volvo Montréal, explique que des arrangements préliminaires avaient permis de préparer le terrain avant la rencontre des candidats mécaniciens à Paris. « Nous avons rencontré environ 25 candidats », dit-il. « Notre profil était affiché sur le site de Québec International là-bas », ajoute-t-il pour expliquer l’engouement dont le concessionnaire Volvo-Mack a bénéficié en France.

M. Henry (avec la chemise blanche sur la photo ci-dessous) et son patron, le directeur des opérations Luc Rivard (avec la chemise bleue), ont pris le temps de présenter l’environnement de vie auquel les nouveaux venus pouvaient s’attendre, ainsi que le milieu de travail où ils pourraient être appelés à œuvrer. « Il ne faut pas seulement vendre l’entreprise, il faut vendre la ville, il faut vendre tout ce qui vient alentour et ce qu’il est possible de faire pour leurs familles qui les accompagneront. Ça demande beaucoup de logistique », explique M. Henry.

Selon ce dernier, c’est beaucoup la qualité de vie au Québec qui attire les travailleurs français, alors que la situation économique et le pouvoir d’achat là-bas sont loin d’être idéaux. Il suffit de voir les manifestations répétées des « gilets jaunes » pour en comprendre l’ampleur.

Selon les standards du Québec, la main-d’œuvre intéressée était jeune, souvent dans la trentaine et de moins de 45 ans.

L’aspect des camions nord-américains, plus flamboyants que ce l’on retrouve habituellement en Europe, a également joué en la faveur des recruteurs. D’autre part, la plupart des grands fabricants de camions étant intégrés à l’échelle internationale, les mécaniciens français sont déjà pour la plupart familiers avec les systèmes de traitement d’émissions d’ici.

Quant à savoir combien d’embauches concrètes découleront de ces rencontres, M. Henry préfère afficher des attentes modestes, conscient des aléas possible du processus d’immigration. « Si ça se termine avec deux mécaniciens, on sera contents et, si on en a quatre, ça aura été un grand succès », dit-il. Il se dit confiant de l’accueil que les nouveaux venus recevront de leurs collègues mécaniciens de Groupe Mack Volvo Montréal, puisque la concession emploie déjà avec succès des travailleurs issus de l’immigration.

Si tout se passe bien, les cousins français mécanos pourraient servir des clients Mack ou Volvo de la région de Montréal d’ici environ six mois, tut juste avant la fin de l’année 2019.

Également de retour de la Ville-Lumière en compagnie du directeur du service Vincent Morin, Kim Desroches, directrice des ressources humaines chez Camions BL de Granby, un concessionnaire Freightliner et Western Star, affiche elle aussi un bel enthousiasme.

Trois mécaniciens ont déjà signé avec Camions BL, indique-t-elle. Le travail est loin d’être terminé pour Mme Desroches puisqu’elle poursuit les échanges avec deux autres candidats français via Skype.

« On était vraiment fiers de nous parce ce qu’on pensait peut-être revenir avec un nouvel employé et on aurait été contents. Alors là d’en avoir cinq…»

Puisque que quelques-uns des candidats recrutés par Camions BL sont âgés de moins de 35 ans, le processus d’immigration pourrait être plus rapide et les nouveaux arrivants être à la tâche dès la fin de l’été.

« C’est beaucoup la qualité de vie », répond-elle spontanément lorsqu’on lui demande ce qui semblait motiver les Français à venir travailler chez nous. Il y a des cas en France où même des employés gouvernementaux se retrouvent en situation d’itinérance tellement les logements sont inabordables dans la région de Paris. Pas étonnant que le Québec leur apparaisse comme un Eldorado.

La directrice des ressources humaines ne s’inquiète pas outre-mesure de l’adaptation technique de ses protégés puisque Daimler – la maison-mère de Freightliner et Western Star – provient d’Europe et que les camions Mercedes sont légion en France. « La base du moteur reste pas mal la même. Il y a de petites différences mais ils devraient s’adapter rapidement et facilement », dit-elle, ajoutant que la formation qui leur sera prodiguée à Granby viendra parfaire cette intégration.

Les transporteurs aussi

Comme nous l’indiquions en ouverture, plusieurs transporteurs ont également fait le voyage en France à la recherche de sang neuf. C’est le cas de Transport S.A.F., de St-Célestin près de Drummondville. La directrice des ressources humaines Marie-Andrée Jutras y est allée avec le directeur de division Serge Houle.

Eux aussi étaient à la recherche de mécaniciens mais ont évidemment gardé l’œil ouvert pour de potentiels candidats chauffeurs.

« C’est au-delà de nos espérances », commente Mme Jutras au sujet du périple de recrutement. « Nous avons eu beaucoup de candidatures, beaucoup de gens intéressés. »

Elle précise que la qualité des candidats était favorisée par la pré-selection effectuée par les organisateurs. Ce n’était pas monsieur et madame Tout-le-Monde qui avaient accès aux rencontres d’emploi.

« Je voudrais intégrer quatre à cinq mécaniciens dans l’équipe, en deux étapes, dans un espace d’environ six mois », explique Mme Jutras.

Des démarches sont aussi en cours avec des chauffeurs français, notamment grâce au bouche à oreille qui se propage dans la région parisienne à la suite des rencontres avec les mécaniciens de véhicules lourds. « C’est vraiment magique », s’exclame la directrice des ressources humaines.

Pour ce qui est des chauffeurs, le traditionnel attrait des grands espaces exerce toujours la même fascination chez les Français. « Pour eux de la longue distance, c’est partir le matin et revenir le soir. Ils rêvent des grands espaces et de partir à la semaine », explique Mme Jutras pour mettre en perspective les différences géographiques entre la France et les itinéraires de la côte Est américaine que couvre son entreprise, membre de TFI International.

S.A.F dispose déjà de bons outils d’intégration des nouveaux arrivants puisqu’elle compte déjà deux routiers européens (un Suisse et un Français) parmi les rangs de ses routiers.

À St-Augustin-De-Desmaures dans la région de Québec, le vice-président de G&H Logistics, Guy Sanfaçon, se dit lui aussi ravi de l’expérience parisienne, à laquelle il a participé avec le président de la firme de transport, Horace Dufour.

Guy Sanfaçon et Horace Dufour.

Selon M. Sanfaçon, l’équipe a mené environ 80 entrevues sur place, ce qui devrait mener à une dizaine d’embauches.

Deux ententes sont déjà signées, confie-t-il à Transport Routier. « Un chauffeur et un mécanicien, père et fils », précise-t-il.

À la lumière des succès de recrutement obtenus par l’emble des participants à la délégation, l’investissement en billets d’avion et chambres d’hôtel semble avoir rapporté des dividendes plus que probants.

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