Un camion pour Simon

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Devenu paraplégique à la suite d’un accident en 2012, Simon Desmeules s’apprête à devenir camionneur – une première au Québec.

Natif de Montréal, Simon Desmeules a grandi et passé son adolescence à Salaberry-de-Valleyfield. À l’âge de 23 ans, alors qu’il suit une formation professionnelle en aménagement de la forêt à La Tuque, sa vie bascule. Après un grave accident de véhicule tout-terrain ayant entraîné des lésions de la moelle épinière, le jeune homme se retrouve paraplégique. Il passera un mois à l’hôpital avant d’entreprendre un long processus de réadaptation. À ce stade, son avenir est incertain mais une chose est sûre : il ne baissera pas les bras.

Confiné à un fauteuil roulant, Simon retourne ensuite aux études, cette fois en logistique du transport. Incapable de trouver un travail dans ce domaine, il décide de prendre des cours de conduite et obtient son permis de conduire automobile (classe 5) en 2016. «À ce moment-là j’ai fait beaucoup de route et de covoiturage», nous a dit Simon. «J’ai grassement abusé de mon auto et je me suis beaucoup promené, au point de me demander si le métier de camionneur était une option pour moi.»

Or, la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) interdit à une personne handicapée de conduire un ensemble de véhicules routiers, à moins d’être accompagnée d’une autre personne. Simon a donc eu l’idée de faire du transport en équipe.

Simon Desmeules
(Photo tirée de Facebook)

Face à la réticence de la SAAQ, le jeune homme commence à apprendre le métier par lui-même, aidé par son père camionneur et par quelques amis qui travaillent dans l’industrie. Après avoir essuyé plusieurs refus, Simon trouve un ergothérapeute en pratique privée qui croit en son projet et accepte de l’aider à trouver des solutions. Car les défis à relever s’avèrent nombreux : concevoir les modifications qui doivent être apportées au camion, trouver un fournisseur pour les pièces, faire approuver le budget par le centre de formation, obtenir le feu vert de la SAAQ, etc. «C’était comme la maison des fous dans Astérix, on a besoin du ok de tout le monde mais personne ne se parle», se rappelle Simon. «C’est une première, alors personne ne savait sur quel pied danser.»

L’entreprise TVR Technologies, située à l’Assomption, a été chargée d’adapter le camion International qui lui est assigné. Le tout doit se faire conformément aux devis des ingénieurs. Et c’est le Centre de formation du transport routier (CFTR) de Saint-Jérôme, une école publique approuvée par la SAAQ, qui en assume les coûts.

Les modifications se résument essentiellement à deux choses : ajouter une commande manuelle sous le volant pour contrôler l’accélération et le freinage du véhicule, et remplacer l’un des trois points d’appui par un dispositif en forme de tube pour entrer et sortir de la cabine plus facilement. «Pas besoin d’énormes investissements», de dire Simon. «En plus les accessoires sont faciles à installer et à enlever. Ce n’est pas trop contraignant pour les propriétaires de camions.»

Après avoir complété ses cours théoriques, le jeune homme a passé toute l’année 2019 à attendre que les engrenages de la machine administrative se mettent en marche. Aujourd’hui âgé de 30 ans, il vient d’entamer ses cours pratiques au CFTR à Saint-Jean-sur-Richelieu, où un professeur personnel lui est attribué. Répartiteur pour la compagnie Remorquage 4000 de jour, il va compléter sa formation en cours du soir.

Tout au long de son parcours, Simon devra démontrer qu’il est aussi efficace qu’un camionneur ordinaire – et il le sait. «J’ai pratiqué mon arrimage», explique-t-il, précisant qu’il ne peut pas arrimer tous les types de marchandises, ni faire de transport surdimensionné ou par fardier. «J’ai eu chaud mais j’ai eu beaucoup de fun. Je me suis aussi pratiqué à déplacer les essieux et je peux faire toute la vérification avant départ.» Le seul hic : certains types de capots sont plus difficiles à ouvrir et à fermer que d’autres. «Mais la plupart des autres étudiants ont de la difficulté aussi», relativise-t-il. Pour arriver à ses fins, Simon utilise une corde attachée au capot.

Une solution doit donc être trouvée pour chaque problème à coup d’essai-erreur. Pour l’apprenti camionneur, cela fait simplement partie d’une nouvelle réalité. «Par exemple, je n’ai pas encore trouvé comment brancher les câbles entre le tracteur et la remorque mais je cherche toujours des solutions», poursuit-il. «Et je cherche toujours à améliorer ma rapidité et mon efficacité.»

Même s’il admet que sa nouvelle carrière ne sera pas de tout repos, Simon Desmeules voit l’avenir d’un bon œil.

D’ailleurs, il est déjà en contact avec diverses entreprises pour lesquelles il aimerait travailler.

-Cet article a été rédigé avant la pandémie de COVID-19. 

 

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